Sunday, February 5, 2012

RDC: Mystère : L’«absence» de «Joseph Kabila» : Mende n’a pas convaincu

    


"Joseph Kabila" lors d’une interview avec la presse britannique. Image TV
Où est passé le président «mal réélu» «Joseph Kabila»? En parcourrant les dépêches de l’Agence congolaise de presse, la dernière activité officielle de ce dernier daterait de la journée du jeudi 5 janvier. Ce jour là, l’homme – aurait ? – reçu l’ambassadeur de l’Union européenne venu lui faire ses adieux. Le lieu de l’audience n’est pas précisé. L’Agence officielle note simplement «à Kinshasa». Depuis lors, mystère. «Kabila» n’a plus été vu en public. Ni à son bureau au Palais de la Nation. Ni dans sa Ferme de Kingakati. Fin janvier, un journal en ligne français – Politics inside – annonçait une «information exclusive» selon laquelle «Kabila de la RDC serait actuellement soigné au service neuro-chirurgie dans un hôpital en Allemagne». «Plus de précisions à venir», ajoutait cette publication. La nouvelle n’a été ni démentie ni confirmée par les sources officielles congolaises. Au cours d’un point de presse tenu vendredi 3 février, le ministre de la Communication et presse, porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a été interrogé sur l’invisibilité sans précédent de «Joseph Kabila».
Pour les juristes, l’absence «est l’état d’une personne dont on ignore si elle est décédée ou encore en vie». Depuis un mois, «Joseph Kabila» est invisible. Il n’a plus été vu au Palais de la Nation où se trouve le siège de la Présidence de la République. Le convoi présidentiel qui attirait la curiosité des Kinois n’est plus visible sur les routes conduisant vers la Ferme de Kingakati. Où est passé le «raïs»? C’est la question qui taraudent les Congolais en général et les Kinois en particulier. Il s’agit de savoir qui se trouve à la barre du "navire Congo".

Avec son aplomb devenu légendaire, Lambert Mende Omalanga a répondu à cette interrogation. Sans toutefois convaincre. Selon lui, "Joseph Kabila" a opté pour le mutisme pour ne pas "influencer le traitement du contentieux électoral". «Le président est obligé d’attendre les derniers arrêts de la cour suprême de justice concernant la composition définitive de l’Assemblée nationale», a-t-il ajouté. A en croire Mende, «Kabila» s’est astreint à une «attitude de réserve» jusqu’à ce que la Cour suprême de Justice ait fini d’examiner le contentieux électoral sur les élections législatives.

"Neuro-chirurgie"

Fin janvier, un journal en ligne français - Politics inside - annonçait une «information exclusive» selon laquelle «Kabila de la RDC serait actuellement soigné au service neuro-chirurgie dans un hôpital en Allemagne». Contacté, vendredi 3 février, par la rédaction de Congo Indépendant, le confrère français s’est dit confiant sur la «fiabilité» de sa source. Ajoutant que celle-ci «n’est pas encore revenue vers la rédaction» pour donner les «précisions» promises.

Les déclarations de Mende peinent à convaincre. La prétendue «attitude de réserve» adoptée par "Kabila" est, en effet, loin d’être inconciliable avec l’accomplissement de certaines obligations officielles au plan tant national qu’international. Or, depuis un mois, l’homme qui trône, par la ruse et la force des armes, au sommet de l’Etat congolais, ressemble de plus en plus au personnage de la série américaine "L’homme invisible". Flashback.

Le vendredi 20 décembre dernier, «Joseph Kabila» prêtait serment au Mont Ngaliema en présence de son vieil ami et mentor, le président zimbabwéen Robert Mugabe, l’unique chef d’Etat étranger présent à cette cérémonie. «Joseph Kabila avait l’air «absent» lors de cette manifestation», disent des témoins. Mercredi 25 décembre, la télévision nationale (RTNC) diffusait une bande passante annonçant avec fracas que le "couple présidentiel" a passé la fête de la Nativité à Boma. Dans une dépêche datée du mardi 27 décembre, l’Agence congolaise de presse (ACP) de préciser : "Le président de la République, Joseph Kabila, accompagné de son épouse et de ses enfants, a choisi de passer la Noël dans l’ile de Mateba, située aux larges de la ville de Boma, dans la province du Bas-Congo. (...)." "Le chef de l’Etat (...) est arrivé à Boma par route, au volant de sa jeep, (...), ajoute la dépêche. Le Bas-Congo constitue la première sortie du président Joseph Kabila depuis sa réélection à la magistrature suprême au terme du scrutin du 28 novembre dernier".

LD Kabila et P.E Lumumba

Après Boma, l’activité suivante du "raïs" date de jeudi 5 janvier. Selon le bulletin de l’ACP du 6 janvier, l’ambassadeur Richard Zink, représentant de l’Union européenne en RD Congo, est allé faire ses adieux au locataire du Palais de la Nation. La dépêche indique que l’audience a eu lieu "à Kinshasa". Sans précision de lieu. Le diplomate européen a confié à la presse avoir évoqué avec son interlocuteur "des questions en rapport avec la paix en RDC, dans la région et en Afrique et la nécessité de renforcer la coopération et les contacts à haut niveau entre la RDC et l’UE". Il a par ailleurs "rappelé au chef de l’Etat que pour le développement de tout pays, il faut l’intervention des secteurs privés, grâce aux investissements tant des Congolais que des étrangers." Quelle a été la réplique de "Kabila"? Pas un mot.

Le 16 janvier dernier marquait le onzième anniversaire de la disparition (?) du président Laurent-Désiré Kabila. La date officielle de l’assassinat du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba intervenant le lendemain, le 17 janvier de chaque année est devenu le jour de célébration de ces deux tragiques événements. Absent, "Joseph Kabila" y a été représenté à ces deux manifestations par le président de l’Assemblée nationale, le PPRD Evariste Boshab. Jaynet et Zoé, eux, étaient présents. Sans oublier la mystérieuse Mama Sifa Mahanya.

C’est à partir de ce moment que les rumeurs les plus folles ont commencé à courir sur la "santé" de "Joseph". "Son état psychologique n’est pas normal pour le moment", confiait un habitué du Palais de la Nation. Une source aéroportuaire à Ndjili assure pour sa part avoir vu plusieurs personnalités de premier plan, de la mouvance kabiliste, littéralement "chassées" de l’avion présidentiel à quelques minutes du décollage. Destination : Lubumbashi. Au Katanga, le couple "Kabila" a été "signalé" au Parc de Kundelungu. On le sait, la rumeur est "la maladie de la communication". Les rumeurs fleurissent généralement là où les pouvoirs publics tentent de dissimuler la bonne information. Bref, la vérité. D’aucuns auraient aperçu "Joseph" dans un centre hospitalier en Inde. D’autres le disent souffrant de «gonflement de ventre», et serait hospitalisé en Chine.

Addis-Abéba

Le mystère ambiant n’a pas laissé insensible certains organes de presse proches de la mouvance kabiliste. Pour "rassurer" l’opinion, un confrère s’est cru en droit d’annoncer le retour "imminent" du "raïs" à Kinshasa. Date : le mercredi 25 janvier. Faux. Le "raïs", disait-on, était attendu pour présider la cérémonie d’échange de voeux de nouvel an avec le corps diplomatique accrédité à Kinshasa. La manifestation n’a pas eu lieu. Aucune justification n’a été donnée dans ce pays où la population est traitée plus en "mineur d’âge" qu’en tant que citoyen, digne de respect.

Absent à Kinshasa, "Joseph Kabila" a brillé aussi par son absence au sommet de l’Union Africaine qui s’est tenu du 28 au 30 janvier à Addis Abeba en Ethiopie. Un sommet pourtant crucial pour le continent. L’élection du prochain président de la Commission de l’Union africaine était à l’ordre du jour. Proche du chef d’Etat sud africain Jacob Zuma, "Kabila" était cité parmi les potentats africains qui allaient voter pour la candidate "sudaf" Nkosazana Zuma.

En séjour au Congo-Kinshasa, le tout nouveau secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, le Francais Hervé Ladsous, n’a pas vu l’ombre du "raïs". Il n’a été reçu "que" par le Premier ministre Adolphe Muzito. Pendant que le reste du monde se trouve au "chevet" de l’instabilité prévalant dans la partie orientale du Congo, l’homme qui tient à rester à tout prix à la tête du pays se comporte en "raïs fainéant". Et si "Joseph Kabila" était devenu, en réalité, impotent et donc "empêché" d’assumer ses responsabilités? Les Congolais ont le droit de savoir la vérité...
Author: Baudouin Amba Wetshi        
Source: Congoindépendant 2003-2012, du 5 Janvier 2012

Saturday, February 4, 2012

Génocide des Tutsi du Rwanda:un juge français contre un autre (et les Africains dans tout ça?)

L'Auteur

Abdourahman Waberi

L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop revient sur les circonstances de l’attentat qui serait, selon certains, à l’origine du génocide qui a secoué le Rwanda en 1994 et fait plus de huit cent mille morts exterminés à la machette en 100 jours. Le 10 janvier 2012, il y eut, côté français, un nouveau développement juridique de très grande importance. Après une longue enquête, les juges français anti-terroristes Nathalie Poux et Marc Trévidic ont attribué la responsabilité de l’attentat qui a couté la vie au Président rwandais Juvénal Habyarimana à son propos camp. Boubacar Boris Diop en tire toutes les conclusions. Les masques tombent. Le troublant juge Brugière, les journalistes Pierre Pean et Stephen Smith, les universitaires André Guichaoua, Claudine Vidal, Filip Reyntjens (et bien d’autres voix) perdent toute ou partie de leur crédibilité. Et ce n’est que justice.

Mercredi 6 avril 1994. La nuit tombe sur Kigali. Au-dessus de la piste de l’aéroport Grégoire Kayibanda, un petit avion débute ses manœuvres d’approche. C’est le Falcon 50 de Juvénal Habyarimana, cadeau personnel de François Mitterrand, qui a également mis à sa disposition un équipage français composé des pilotes Jacky Héraud et Jean-Pierre Minaberry et du mécanicien navigant Jean-Michel Perrine. Le président rwandais revient de Dar es Salam. Il y a participé à un sommet régional lors duquel ses homologues l’ont pressé de mettre en œuvre les accords de paix conclus avec le Front patriotique rwandais (FPR) huit mois plus tôt. Cela fait longtemps qu’il tergiverse, en effet, car il a bien conscience de la farouche hostilité des ultras de son camp à tout partage du pouvoir avec ceux qu’ils appellent haineusement les Inyenzi, les cafards, à savoir les Tutsi du mouvement politico-militaire de Paul Kagamé.
Persuadé en outre de ne pouvoir contrôler la nouvelle Assemblée nationale de transition de 70 membres, il craint de devoir répondre devant elle des nombreux assassinats politiques ciblés et massacres de masse commis pendant son règne, sous ses ordres ou avec son aval, en particulier depuis le déclenchement de la guerre le 1er octobre 1990. Habyarimana, à la tête de son pays depuis le Coup d’Etat de juillet 1973, sait donc au moment où son appareil s’apprête à atterrir au Rwanda quels gros risques il a pris en Tanzanie et quel climat pourri l’attend chez lui. Il est toutefois loin de se douter qu’il lui reste quelques minutes à vivre. Un premier tir de missile rate l’avion, immédiatement suivi par un second, qui le transforme en une immense boule de feu. Ses flammes, qui engloutissent le président du Rwanda, son homologue du Burundi Cyprien Ntaryamira et tous les autres passagers, ne s’éteindront pas avant le 4 juillet, jour de la prise de Kigali par les forces du général Kagamé. C’est le signal de ce qu’on va bientôt appeler les Cent-Jours du Rwanda. Le macabre calcul est vite fait : du 6 avril au 4 juillet 1994, entre chaque aube et chaque crépuscule, dix mille innocents ont été décapités, jetés dans le Nyabarongo, offerts en pâture à des chiens devenus soudain aussi féroces et assoiffés de sang que leurs maîtres, mitraillés, dépecés, violés, brûlés vifs, enterrés vivants ou précipités dans des fosses septiques, le tout au milieu des ricanements de mères de famille, de pères de famille et de gamins hilares. Même si, comme on dit, comparaison n’est pas raison – dans ce domaine en particulier – on ne peut s’empêcher de noter que le coût humain du génocide des Tutsi équivaut à onze mois d’attaques ininterrompues contre le World Trade Center de New York, c’est-à-dire à un attentat par jour entre octobre 2000 et septembre 2001… A en juger par les réactions bien différentes suscitées dans le monde par le génocide des Tutsi et les 3000 morts du « Nine eleven » américain, la vie humaine n’a pas du tout la même valeur selon qu’on est d’un pays pauvre ou puissant. Il n’est pas étonnant, dès lors, que l’ONU, plutôt que de renforcer sa présence militaire au début des tueries, ait au contraire choisi ce moment précis, le pire assurément, pour retirer du Rwanda les neuf dixièmes de ses 2500 Casques Bleus. Elle a ainsi facilité la mise en œuvre d’une « Solution finale » planifiée dans les moindres détails par des politiciens à l’intelligence limitée et aux méthodes brutales. Ces gens ont été assez sots pour dire à leurs administrés : « Allez par les rues, allez par les collines, entrez dans les maisons et découpez à la machette tous ceux que vous jugerez différents de vous ! »
Voilà pourquoi les historiens qui se sont intéressés au drame rwandais sans a priori idéologique n’ont jamais pu leur trouver la moindre excuse. Mais cette courageuse lucidité n’est pas la chose du monde la mieux partagée, loin s’en faut. Le fait est que nombre de journalistes, écrivains ou hommes politiques, surtout français, n’écoutent que leur négrophobie, diffuse ou militante, quand ils en viennent à parler du Rwanda. Le plus curieux, c’est que les vues de ces spécialistes d’occasion sur le génocide des Tutsi sont souvent d’autant plus tranchées qu’ils ignorent presque tout du sujet. Je me souviens par exemple d’un accrochage en 2007 dans un café de Guadalajara avec un romancier français du nom de Patrick Deville, très choqué, indigné même, de m’entendre contester la thèse de l’assassinat de Juvénal Habyarimana par l’actuel régime de Kigali. Au fil des échanges, je me suis aperçu sans réelle surprise que le bonhomme ne savait rien du Rwanda, qu’au fond ce pays où il n’avait jamais mis les pieds ne l’intéressait en aucune façon mais qu’il n’y avait pas dans son esprit l’ombre d’un doute quant à la culpabilité de Kagamé. Et pourquoi donc ? On est désolé de le dire : parce que l’accusateur est un juge français, blanc, et l’accusé un chef d’Etat africain, noir. Ce racisme primaire est très clairement au cœur de la négation du génocide des Tutsi par certains Occidentaux. Quid des Africains eux-mêmes. alors ? Il en sera question plus loin. En vérité, racisme et négationnisme marchent depuis toujours d’un même pas. Ainsi ne peut-on nier l’existence des chambres à gaz qu’à partir de fortes convictions antisémites. Dans le cas du Rwanda aussi, on a affaire à un déni spontané d’humanité mais qui reste presque toujours honteux de lui-même et niché dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine. Ils sont légion, les intellectuels occidentaux qui tiennent à ce que leur Afrique, une Afrique fantasmée, reste une terre de paradoxes et d’énigmes, à la fois glauque et gorgée de lumière, exaltée et somnolente, partagée entre une joie de vivre débridée et les plus sombres passions. Dans cet espace ouvert à des émotions si diverses et variées, chacun fait son marché et l’on se lasse vite de dénombrer les inepties doctement distillées, entre soupirs entendus et sourires en coin, par les uns et les autres.
Stephen Smith fait de l’Afrique « le paradis naturel de la cruauté » ; l’impayable Pierre Péan, se réfugiant derrière tel auteur colonial, voit dans les Tutsi une race gangrénée par « la culture du mensonge » et si contagieuse qu’à son contact les Hutu ont fini par devenir des « menteurs par imprégnation » (sic !). Plutôt que d’être mis au ban de leur corporation après des propos aussi scandaleux, les deux journalistes ont au contraire gardé intact leur statut d’experts du génocide des Tutsi du Rwanda. Le rapport commandité par Trévidic – qui crédibilise fortement la thèse selon laquelle le Hutu Power a liquidé Habyarimana afin de rendre possible le génocide – a visiblement mis KO debout Smith, Péan et leurs semblables mais cela ne doit pas faire oublier toutes les souffrances qu’ils ont infligées aux rescapés pendant si longtemps. « Le négationnisme à la française » – l’expression est de Mehdi Bâ – existe aussi en version «light», comme chez le discret et insidieux Jean Hatzfeld. L’auteur de Dans le nu de la vie décrit, impassible, d’effroyables atrocités puis réalise soudain qu’il lui faut tout de même dire, avant de boucler sa trilogie, un mot des causes d’une telle orgie de haine. Et voilà Hatzfeld qui glisse au milieu de La stratégie des antilopes un chapitre intitulé « Visions noires de l’Afrique », chapitre truffé des mêmes préjugés sur le continent, qu’il n’a même pas le courage de prendre à son compte.
Il est également beaucoup question ces jours-ci dans les medias de Claudine Vidal et d’André Guichaoua, qui font rire sous cape leurs collègues malgré l’extrême gravité du sujet. Il est désormais établi que ces deux universitaires ont fait bénéficier le juge Jean-Louis Bruguière de leurs « lumières » et le second, Guichaoua, s’est fendu d’un gros ouvrage (Rwanda, de la guerre au génocide) au ton ostensiblement neutre mais qui a surtout été écrit pour faire porter au FPR la responsabilité de l’attentat du 6 avril 1994. Malheureusement pour lui, c’est la partie la plus faible d’un livre où il se contente de répéter les extravagances de Ruzibiza, d’ailleurs revenu entre temps sur ses déclarations à Bruguière. On découvre enfin que le magistrat français, décidément bien encadré, a eu tout au long de son enquête ce qu’on pourrait appeler un troisième « conseiller scientifique » secret, l’historien belge Filip Reyntjens. Le rôle de ce dernier a été mis en exergue en termes très virulents par Me Bernard Maingain, un des avocats de l’Etat rwandais, qui n’a pas hésité à s’écrier lors d’une conférence de presse : « Comment le juge Bruguière et son équipe ont-ils négligé de vérifier le passé et les intérêts de M. Filip Reyntjens au Rwanda ? Comment pouvaient-ils ignorer que M. Filip Reyntjens a participé à l’élaboration de la Constitution qui a avalisé le système d’apartheid au Rwanda durant la période du régime Habyarimana ? » Il y a plus grave, car Me Maingain va jusqu’à tenir Reyntjens pour indirectement responsable de l’élimination physique par Habyarimana d’hommes politiques rwandais de bonne volonté engagés dans de discrètes négociations en Belgique pour ramener la paix dans leur pays.
Il est à peine besoin de mentionner ici tel avocat du Minnesota ou les « travaux » du Camerounais Onana et du Canadien Robin Philpot.

Chacun de ces auteurs a apporté, d’une façon ou d’une autre, sa petite pierre à l’édifice négationniste. Cependant celui-ci aurait eu bien du mal à tenir debout sans le juge Bruguière. Lui, mérite que l’on s’arrête sur son profil et sur ses agissements. S’il est vrai que personne n’a jamais cru en son infaillibilité, il passait au moins pour un professionnel intègre. Eh bien, ce juge cloué au banc d’infamie par des révélations de plus en plus accablantes, nous apparaît désormais sous les traits d’un individu falot, indigne et aux ambitions incroyablement dérisoires au regard des enjeux politiques et moraux de son enquête. Refusant de se rendre au Rwanda ou de faire expertiser les débris du Falcon 50, Bruguière a systématiquement instruit à charge dans cette affaire. Il s’est notamment attaché les services d’un interprète-traducteur rwandais fourni par le tristement célèbre ex-capitaine de gendarmerie Paul Barril, un autre de ses « coachs» occultes. Barril, expert en coups tordus en tous genres, est signalé à Kigali deux jours avant l’attentat du 6 avril ; on le voit ensuite rôder autour de l’épave de l’avion en plein génocide et exhiber fin juin dans Le Monde et sur France 2, comme en un tour de magie, une fausse boîte noire. Quel genre d’interprète un individu aussi douteux, par ailleurs officiellement au service de la veuve Habyarimana, pouvait-il bien proposer à Bruguière ? Eh bien, celui qu’il lui fourgue, un certain Fabien Singaye, est un ex-informateur d’Habyarimana mais aussi l’ami et l’associé en affaires de Jean-Luc, fils du défunt dictateur et partie civile à la procédure ; Singaye, diplomate expulsé de Suisse dès 1994 à cause de ses liens avec le régime génocidaire, est en outre le gendre de Félicien Kabuga, surnommé à juste titre « le financier du génocide » et réfugié au Kenya depuis la débâcle. On imagine très bien de quelle manière Singaye a traduit pour Bruguière, qui ne comprend pas le kinyarwanda, les dépositions de son compère Abdul Ruzibiza.
De toute façon, ces témoins de Bruguière, contradictoires et fantaisistes, se sont presque tous rétractés. J’ai mentionné dans un de mes livres (L’Afrique au-delà du miroir) le récit fait par Libération d’une audition de Ruzibiza. Bruguière menace de le faire expulser s’il ne dit pas ce que, lui, veut à tout prix entendre. Il est aussi question dans le même article d’un droit d’asile en Norvège que lui avaient arrangé les services spéciaux français, également organisateurs de son exfiltration de Kampala. De là à penser qu’ils lui ont dicté chaque phrase de son témoignage…
En résumé, la partialité de Jean-Louis Bruguière ne fait pas l’ombre d’un doute. Il reste à connaître ses motivations. La lecture des câbles de WikiLeaks permet de s’en faire au moins une petite idée. On y découvre, entre autres informations intéressantes, le récit de ses entretiens avec des diplomates de l’ambassade américaine à Paris. Il leur dit notamment qu’il a conduit toute son enquête sur le Rwanda en concertation avec l’Élysée – du temps de Chirac – et ajoute qu’il est bien déterminé à châtier Paul Kagamé, un peu trop pro-américain à son goût. Le juge, qui est un patriote, ne supporte pas que l’on accuse la France d’avoir été si résolument du côté des génocidaires. Décidément en veine de confidences ce jour-là, avenue Gabriel, dans le huitième arrondissement, il avoue être tenté par un siège au Palais-Bourbon et précise que, tout bien considéré, son rêve ultime est de devenir ministre français de la Justice. Tout cela est incroyable mais on peut le trouver écrit noir sur blanc, de source on ne peut plus fiable…
La lecture de ces rapports ultra confidentiels de diplomates a du reste le mérite de nous rafraîchir la mémoire. Ainsi se souvient-on brusquement des promesses ministérielles de Chirac au juge mais aussi des ambitions politiques clairement affichées de ce dernier. Bruguière ne s’est-il pas en effet présenté aux législatives de juin 2007 sur la liste UMP, dans le Lot-et-Garonne ? Sans succès, bien entendu. Drôle de bonhomme que ce Bruguière. Méprisé par tous, il n’a réussi à devenir ni député ni ministre et encore moins à faire de Paul Kagamé un paria. Que peut bien penser un tel homme de lui-même au soir de sa vie ? Mais il est fort probable que Bruguière, habitué des dossiers sensibles, n’a cure de ces petites blessures d’amour-propre. Il a eu en charge l’affaire des moines de Tibérine et celle de l’attentat de Karachi qui a coûté la vie à 11 Français en 2002. Il semble s’y être illustré de manière peu flatteuse puisque, à en croire le quotidien Libération du 16 juin 2010 il avait été « accusé par les familles des victimes, représentées par Me Olivier Morice, de faux témoignage et d’entrave à l’exercice de la justice. » Bruguière aurait purement et simplement fait disparaître le rapport d’autopsie tendant à infirmer la thèse officielle de l’Etat français. Il risquait 5 ans de prison pour le premier chef d’accusation et 3 ans pour le second mais selon certaines sources la plainte vient d’être classée sans suite en raison de son immunité juridictionnelle.

Voilà donc le personnage qui a bafoué, avec une approbation quasi universelle, l’honneur d’un pays et réussi à peser si lourdement sur la lecture du dernier génocide du vingtième siècle. Cependant Bruguière a surtout insulté la mémoire des suppliciés du Rwanda en accréditant l’idée que, responsables de leur propre destruction, ils ne sont pas réellement dignes de compassion. Après deux décennies de mensonges, le travail du deuil peut enfin débuter en toute sérénité pour les survivants. Ce n’est pas trop tôt mais ce n’est pas rien non plus.
Quand on en vient au fameux Plus jamais ça, le devoir de vigilance doit s’étendre, au-delà du crime lui-même, à tous les éléments constitutifs du cycle génocidaire. Il est donc essentiel de savoir comment une aussi grossière manipulation a pu prospérer pendant presque vingt ans.
Tout reposait jusqu’ici sur la thèse de la colère spontanée des masses hutu après la mort de leur leader mais la situation a radicalement changé. Plus personne n’osera utiliser un tel argument après la publication du rapport d’expertise remis à Trevidic. Il a plongé dans un grand désarroi certains analystes de pacotille qui en sont réduits aujourd’hui à suggérer, comme Christophe Boisbouvier de RFI, qu’un commando du FPR a pu, après tout, s’infiltrer au camp Kanombe, y guetter pendant des heures le Falcon 50 puis faire le job et disparaître, ni vu connu, dans la nature ! Personne ne s’est naturellement donné la peine de réfuter des propos d’une si affligeante puérilité.

L’explication du génocide par un simple attentat est de toute façon un aveu en bonne et due forme, qui se passe de commentaire. Il est vrai que le crime a été si spectaculaire qu’il eût été vain de chercher à en nier la réalité. Alors, on a fait feu de tout bois. Mais il faut être totalement à court d’arguments ou presque fou pour oser déclarer à la face du monde : « Désolé, nous avons tué un million de Tutsi parce que leur chef nous a provoqués en assassinant notre président.»
Le plus inquiétant, toutefois, c’est le fait que tant d’intellectuels africains aient cautionné ce discours, de manière ouverte ou tacite. Nous vivons une époque assez bizarre : de nos jours, il suffit au premier venu d’imputer les pires monstruosités à n’importe quel leader politique africain pour qu’aussitôt, de Dakar à Maputo, moult éditorialistes et autres « penseurs » se mettent à crier haro sur le dictateur assoiffé de sang. Pourquoi cette réticence à évaluer, au cas par cas, les données politiques disponibles avant de se faire une religion ? Une telle absence d’esprit d’examen, sur un sujet aussi grave que le génocide des Tutsi du Rwanda, a beaucoup à voir avec ce qu’on peut appeler la haine de soi. Sans la ténacité et la force de caractère de Paul Kagamé, on en serait encore à l’accuser d’être l’organisateur du génocide alors que c’est bien lui qui y a mis un terme, sans l’aide de personne et surtout pas des donneurs de leçons, dont certains étaient les complices des tueurs. La partie n’était cependant pas gagnée pour Kagamé car les fables de ses ennemis étaient validées d’avance par la mauvaise réputation des hommes politiques africains, jugés par définition cruels, insignifiants et folkloriques. Ainsi a-t-il suffi d’esquisser du chef du Front patriotique rwandais, par petites touches, le portrait du tyran africain typique pour que la cause soit entendue : on ne se bat avec des mots contre une image. La négrophobie évoquée plus haut et l’afro-pessimisme dorment pour ainsi dire dans le même lit et se confortent mutuellement. S’il est si important de prendre en compte les faits, c’est que nul ne peut être déclaré coupable ou innocent a priori. Ce sont les évènements réels, du moins ce que nous pouvons en savoir, qui doivent éclairer notre jugement.

Le Rwanda est, à cet égard, un cas d’école. Paul Kagamé avait d’autant moins de chances d’être jugé équitablement par ses frères africains que l’accusation contre lui était amplifiée par des intellectuels occidentaux dont la parole, même délirante, est toujours sacralisée. On n’aurait pourtant jamais entendu parler de Bruguière si, en Afrique même, son dossier avait été passé au peigne fin par les juges, les journalistes et les historiens. Il est d’un vide sidéral et, le sachant fort bien, le juge ne se serait pas risqué à des magouilles aussi choquantes. Il aurait sûrement compris tout seul la nécessité de se calmer.
Quels sont donc, dans cette enquête, les faits historiquement établis qui méritaient d’être pris en considération ?

Tout d’abord, les extrémistes hutu se sont si souvent trahis qu’il n’était nul besoin d’une commission d’experts pour conclure à leur responsabilité dans l’assassinat de Juvénal Habyarimana. Il faut dire aussi qu’ils ont joué de malchance dès la toute première seconde : l’avion du président rwandais s’est écrasé dans les jardins de sa propre résidence, forcément protégée par sa Garde présidentielle. Ce simple caprice du hasard rend vaines toutes les supputations sur la boîte noire du Falcon 50, que l’on fait toujours semblant de chercher dix huit ans après. A qui veut-on donc faire croire qu’il est plus facile de trouver la boîte noire du vol AF 447 Rio de Janeiro-Paris dans l’immensité de l’Océan Atlantique que de mettre la main sur celle d’un avion tombé dans un petit jardin de Kigali ? Selon toute probabilité, les planificateurs du génocide et leurs alliés ont détruit ou cachent encore cet instrument qui les aurait vite confondus. Pour mémoire, l’un des premiers arrivés sur le site du crash a été un certain commandant Grégoire de Saint-Quentin. Devenu général, il est aujourd’hui le patron des forces françaises basées à Dakar. Au Sénégal, seul le Parti de l’indépendance et du Travail (PIT) s’est ému de la présence sur notre sol d’un officier fortement soupçonné de collusion avec les génocidaires rwandais.
En situation normale, les dépositions farfelues, déjà mentionnées, des témoins de Bruguière, auraient suffi à elles seules à ruiner sa thèse. L’un d’eux a par exemple prétendu que Rose Kabuye avait hébergé trois membres du commando dans sa chambre au CND, l’ancien Parlement de Transition. Le juge Bruguière n’a même pas cru devoir vérifier si la chambre en question était assez grande pour cela, ce que les juges Trévidic et Poux feront en 2010. Un autre témoin, Ruzibiza, auteur de l’ouvrage agrémenté d’une préface de l’universitaire Claudine Vidal (CNRS/EHESS) et d’une postface de Guichaoua – on excusera du peu ! – décrit en détail le déroulement de l’attentat pour bien convaincre le juge qu’il y a directement participé. Quand quelqu’un s’accuse ainsi, spontanément, d’avoir contribué à la mort de douze personnes dont deux chefs d’Etat en exercice et trois citoyens français, la moindre des choses n’est-elle pas de lui demander au moins de rester à la disposition de la justice ? Eh bien, ce n’est pas l’avis de Bruguière qui le laisse repartir totalement libre vers la Norvège.
S’il est un génocide dont les architectes et exécutants ont agi à visage découvert, c’est bien celui des Tutsi du Rwanda en 1994. Des articles d’Hassan Ngeze dans Kangura aux sorties enflammées de la Radio-Télévision libre des Mille Collines (RTLM) les bourreaux ont toujours formulé très clairement leur projet d’anéantissement des Tutsi. Le 22 novembre 1992, soit dix sept mois avant l’attentat du 6 avril, Léon Mugesera demande à la foule, qu’il suspecte de tiédeur : «Pourquoi n’arrête-t-on pas ces parents qui ont envoyé leurs enfants et pourquoi ne les extermine-t-on pas ? Pourquoi n’arrête-t-on pas ceux qui les amènent et pourquoi ne les extermine-t-on pas tous ? Attendons-nous que ce soit réellement eux qui viennent nous exterminer ?» Et d’ajouter : «Celui à qui vous ne couperez pas le cou, c’est lui qui vous le coupera.» Mugesera, extradé la semaine dernière du Canada vers le Rwanda, a été encore plus précis à l’occasion de cette harangue en invitant ses partisans à jeter les cadavres des Tutsi dans les eaux du Nyabarongo. Cela a été fait, car personne n’a oublié les images abominables de dizaines de milliers de corps emportés par le même fleuve.

Une autre preuve du caractère planifié du génocide est la défection du fameux « Jean-Pierre », chargé d’entraîner les milices de tueurs du parti présidentiel, les Interahamwe. Se rendant compte que ce qui se prépare est totalement fou, il décide d’avertir en secret le général canadien Roméo Dallaire, commandant de la Minuar (« Mission des Nations unies pour l’Assistance au Rwanda »). En janvier 1994, il lui révèle en particulier que ses hommes ont été spécifiquement entraînés pour éliminer le moment venu 1000 Tutsi toutes les 20 minutes et indique avec exactitude les lieux où sont entreposées les armes destinées à être distribuées à la population le Jour J. Le général Dallaire envisage aussitôt de monter une opération pour démanteler les caches d’armes : il est stoppé net par ses chefs de l’ONU, dont Koffi Annan, qui lui donnent au contraire l’ordre, carrément surréaliste, de partager ses informations avec le Président rwandais.
On sait également que les massacres ont démarré, selon un agenda précis, par l’élimination de milliers de politiciens hutu modérés. Entre 1990 et 1994, ceux-ci avaient d’ailleurs déjà payé un lourd tribut à la volonté des durs du régime Habyarimana, le Hutu Power, de se débarrasser des Tutsi et de leurs supposés complices hutu, les Ibiyitso.
Le génocide n’a assurément pas éclaté d’une minute à l’autre et son image emblématique que voici parle d’elle-même : un paysan qui tient sa machette de la main droite, le transistor collé à son oreille gauche. Il écoute attentivement les instructions de ceux qui coordonnent les tueries, la musique raciste de Simon Bikindi que l’on passe en boucle lui donne du cœur à l’ouvrage, il entend les animateurs de la RTLM lui indiquer les endroits où il y a la plus forte concentration de Tutsi à éliminer mais aussi les zones où il doit se hâter d’aller se « mettre au travail » parce que beaucoup de victimes potentielles sont en train de chercher à y traverser la frontière, vers le Burundi ou la Tanzanie par exemple.
Et, last but not least, ceci qui me semble absolument fondamental : le génocide des Tutsi du Rwanda n’a pas commencé quelques heures après l’attentat du 6 avril 1994 mais trente cinq ans plus tôt, très exactement le 1er novembre 1959. Ce massacre initial est appelé la « Toussaint rwandaise », en parallèle avec la « Toussaint algérienne », le FLN ayant déclenché sa lutte armée le 1er novembre 1954. Il faut bien savoir qu’au Rwanda, à partir de cette date fatidique, les Tutsi n’ont jamais eu droit au moindre répit. Systématiquement marginalisés en raison de leur prétendue appartenance ethnique, ils ont été tués par milliers ou par dizaines de milliers au moindre prétexte. C’est à ce point que dès 1964, Bertrand Russell, mathématicien et philosophe, prix Nobel de littérature en 1950, initiateur des « Tribunaux contre la guerre du Vietnam » et immense autorité morale en son temps, tire la sonnette d’alarme et qualifie sans ambiguïté les évènements survenus au Rwanda comme « les massacres les plus horribles et systématiques d’êtres humains auxquels on ait assisté depuis l’extermination des Juifs par les Nazis. » De même, malgré la participation avérée de tant de religieux dans le génocide de 1994, on ne doit pas oublier que dans les mêmes années soixante, Radio Vatican utilise le même vocable – génocide – pour caractériser les tueries anti Tutsi du Rwanda. Les pogroms dans le Bugesera et chez les Bagogwe, entre 1990 et 1994, étaient très visiblement les signes annonciateurs de la détermination des extrémistes hutu à aller jusqu’au bout de leur logique d’extermination d’une partie de leurs compatriotes.
Il est encore une fois incompréhensible, au vu de tout ce qui précède, que le Rwanda ait dû faire face dans une si grande solitude à la puissante machine négationniste.
Le manque de solidarité des autres pays africains était déjà patent lorsque, à l’occasion de son sommet de juin 1994 à Tunis, en plein génocide, l’Organisation de l’Unité africaine n’a même pas cru devoir inscrire la question à son ordre du jour. Et aujourd‘hui le constat ne peut que remplir d’amertume : c’est un juge français, Jean-Louis Bruguière, qui a injustement sali la réputation du régime de Kigali et ce sont deux autres juges français, Marc Trévidic et Nathalie Poux, plus honnêtes et plus rigoureux, qui ont remis les choses en ordre.

En a-t-on tiré les conséquences sur le continent ? Rien n’est moins sûr. A Dakar, une « Union des Ressortissants rwandais au Sénégal » (URRS) distille, sous prétexte d’œuvrer à la réconciliation, le poison de la négation et de la division lors de ses conférences de presse régulièrement abritées par la Rencontre africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO). Il n’est pas facile d’expliquer pareille complaisance. On pourrait arguer que les locaux de cette structure sont ouverts à tous les sans-voix. Ce serait une excuse trop facile, car les propos que l’on y a entendus il y a quelques jours ont une tonalité plutôt militante. Accueillant le 25 janvier 2012 la énième conférence de presse de l’URRS, la RADHO a en effet repris à son compte, de manière encore plus radicale et caricaturale que ses hôtes, la réécriture de l’histoire politique récente du Rwanda. On a notamment entendu son représentant encenser l’enquête Bruguière et affirmer péremptoirement que le rapport d’experts remis aux juges Trévidic et Poux avait certainement été rédigé à l’Élysée, au nom du rapprochement diplomatique franco-rwandais. Quant à l’opposante Victoire Ingabire, en cours de jugement au Rwanda pour négationnisme, divisionnisme et soutien aux Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) – une rébellion armée sans foi ni loi, héritière des sinistres Interahamwe – le même orateur l’a présentée avec candeur comme une courageuse opposante détenue « arbitrairement », autrement dit sans motif.
Tout cela laisse rêveur…
La RADDHO sait bien que Victoire Ingabire n’est que la figure politique destinée à donner un vernis de respectabilité aux FDLR, dont le Secrétaire exécutif Callixte Mbarushimana, bien que relâché par la Cour pénale internationale, reste accusé de génocide en France où il est sous contrôle judiciaire.
On aurait préféré entendre la RADDHO s’exprimer sur l’affaire Léon Mugesera qui est encore au cœur de l’actualité ou sur le fait qu’un nombre croissant de génocidaires fuient désormais l’Amérique et l’Europe, par crainte d’être extradés vers le Rwanda, et viennent chercher refuge dans les pays africains, de préférence francophones. Ils s’y sentent plus en sécurité que partout ailleurs sur terre et ce n’est certainement pas un hasard. C’est là un tournant majeur qui rend impératif un débat public, serein et rationnel, sur l’attitude de la RADDHO. Les sujets à discuter sont très sérieux et leurs enjeux sont de taille. C’est bien ici, au Sénégal, qu’a été arrêté le 27 novembre 2001 Aloys Simba, alias « le boucher de Murambi ». Il est devenu un des personnages de mon roman parce que j’ai souvent retrouvé son nom au cours de mes recherches sur le fameux massacre de l’Ecole technique de Murambi ayant causé en quelques jours la mort d’au moins 45.000 Tutsi. Eh bien, je ne me doutais pas que Simba était paisiblement installé à Thiès où il bénéficiait par ailleurs de la protection d’une association de défense des droits de l’homme, autre que la RADDHO il est vrai. Sans la requête expresse de Carla del Ponte, ancienne Procureure de la Cour Pénale Internationale, il y coulerait encore de beaux jours… Cela ne devrait-il pas nous donner à réfléchir ?
Au-delà de ses atrocités et de son ampleur, le génocide des Tutsi du Rwanda a été pour l’Afrique l’événement politique le plus significatif du vingtième siècle, une véritable « fracture historique », et il est tout simplement inconcevable qu’on la traite avec une si insoutenable légèreté. C’est encore moins acceptable à l’heure où le négationnisme est littéralement aux abois. S’il est vrai, comme viennent de le rappeler l’historienne Hélène Dumas et le politologue Etienne Smith, que les juges n’écrivent pas l’histoire, les nouveaux développements juridiques changent du tout au tout la lecture des Cent-Jours du Rwanda. Il est du devoir
de tous d’en tenir compte pour ôter aux bourreaux, si habiles à se déguiser en victimes, toute tentation de reprendre du service ou à d’autres politiciens, ailleurs sur le continent, de s’inspirer de leur funeste exemple.

Author: Boubacar Boris Diop
(Texte publié à Dakar, Thiesvision.com, samedi 28 janvier 2012 et repris avec l’aimable autorisation de l’auteur).


Source:  SlateAfrique

RDC: Erreurs et irrégularités dans l’organisation du scrutin

Lambert Mende : «Il est rétrograde de vouloir imposer un retour à des négociations» Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des négociations à la suite des erreurs ou irrégularités enregistrées lors du scrutin du 28 novembre 2011. Pour couper court, le gouvernement, par la bouche de son porte-parole, rejette toute proposition de vouloir imposer un retour à des négociations. «Tout dialogue doit respecter la Constitution et les lois de la République».
Situation sécuritaire, proclamation des résultats provisoires des élections législatives, négociations politiques, mise en œuvre de la Taxe sur la valeur ajoutée, invisibilité du président de la République, mise en résidence surveillée d’Etienne Tshisekedi, affaire Chalupa… autant de points qui ont figuré au menu de la conférence de presse tenue, le vendredi 3 janvier 2012, par le ministre des Communications et des Médias, Lambert Mende Omalanga.

Sur le plan sécuritaire, le ministre s’est voulu rassurant. «Hormis les conséquences de l’agitation frénétique de certains acteurs politiques autour des résultats des élections législatives dont la proclamation provisoire est intervenue récemment, la situation sécuritaire de notre pays se caractérise par une accalmie relative», a-t-il dit.

Quant à la suite de la proclamation des résultats provisoires des élections législatives, le gouvernement s’en félicite, malgré de nombreuses réclamations électorales enregistrées ici et là. «Notre système démocratique n’est sans doute pas encore parfait. Nos élections non plus (…) mais nous devons être conscients que c’est tout ce dont dispose le peuple congolais pour faire entendre sa voix», a déclaré le porte-parole du gouvernement. Pour lui, il n’y a ni crise politique et institutionnelle ni débâcle ni apocalypse.

«Aussi imparfaites qu’elles aient pu paraître, les élections de novembre 2011 et à venir sont nos élections. Ce sont les élections faites par des Congolais pour des Congolais», a prévenu Lambert Mende à tous les partenaires qui remettent en cause le scrutin, voulant ainsi imposer leurs points de vue.

Pas de négociations

«Il est donc déplacé et rétrograde de vouloir imposer un retour à des négociations comme solutions face aux cas d’erreurs ou d’irrégularités constatées dans l’organisation de ce scrutin», a dit Mende. «La Constitution et les lois de la République nous font obligation de gérer de tels cas par des voies du contentieux juridictionnelles», a-t-il poursuivi. Le ministre a été tranchant : «dialoguer ? oui, pour améliorer et perfectionner notre démocratie naissante. Mais pas de négociation du type de partage du pouvoir».

A cet égard, le ministre Mende a indiqué que tout en affichant sa pleine disponibilité à collaborer avec tous les Congolais soucieux du devenir de notre pays sans discrimination idéologique, le président de la République a sifflé «la fin, dans notre pays, d’une époque où l’alternance au pouvoir ne répondait à aucune norme démocratique, et où le financement du processus électoral était essentiellement assuré par la communauté internationale».

La question que soulève le ministre Mende est celle de savoir pourquoi avoir organisé de si coûteuses élections pour ensuite faire fi de leurs résultats au profit de négociations de type «Dialogue inter congolais» entre acteurs politique ? «Le choix du peuple doit être impérativement respecté par tous», a insisté le ministre de la Communication et des Médias.

Il a aussi été question des «rumeurs de mise en résidence surveillée et de déportation» du président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, vers l’intérieur du pays. «Je suis en mesure de démentir de manière catégorique ces informations qui procèdent manifestement de la radicalisation de la stratégie de la tension mise en œuvre depuis la période préélectorale par le parti de M. Tshisekedi», a dit Lambert Mende, avant d’ajouter que personne n’interdit à M. Tshisekedi de sortir si sa sortie ne trouble pas l’ordre public.

Le porte-parole du gouvernement n’a pas oublié de parler de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ces derniers temps en RD Congo. Selon lui, la mise en œuvre de la TVA depuis le 1er janvier dernier vise l’atteinte de deux objectifs, à savoir répondre à l’appel du chef de l’Etat à améliorer la vie sociale des Congolais par la collecte des revenus additionnels consistants à y affecter et disposer de moyens suffisants pour financer la reconstruction du pays. En cela, le président a proposé un projet intitulé «La révolution de la modernité».



Author: RICH NGAPI



Source:  Le Potentiel, du 04/02/2012

Thursday, February 2, 2012

RDC: La dynastie maffieuse des «Kabila»


Jaynet et Zoé encadrent leur "mère" Sifa Mahanya.
Le «raïs mal réélu» et son gourou, Daniel Mulunda Ngoy, sont diaboliquement malins. Après avoir tripatouillé les résultats de l’élection présidentielle en bourrant les urnes, ils ont fait «perdre» au parti présidentiel (PPRD) plusieurs sièges aux législatives tout en «élevant» l’UDPS de «Mukulumpa» au rang de premier parti de l’opposition. Par un coup de baguette magique digne d’un prestidigitateur, le duo diabolique a fait en sorte que les sièges «perdus» par le PPRD soient aussitôt «récupérés» par une flopée de partis alimentaires et autres candidats pseudo-indépendants se réclamant... de la mouvance kabiliste. C’est le cas notamment d’une mystérieuse formation politique à l’acronyme pittoresque : le «PPPD». Cette toute nouvelle association sortie du néant a réussi l’exploit de rafler une trentaine de sièges coiffant au poteau certains organisations politiques «traditionnelles». Le leader s’appelerait Zoé "Kabila". Au-delà de toutes ces péripéties, l’événement de ces législatives reste sans conteste l’arrivée à l’Assemblée nationale congolaise de deux députés assez singuliers. Il s’agit de Jaynet et de Zoé «Kabila» «élus» respectivement à Kalemie et à Manono dans l’ex-Shaba. Les Citoyens de la République très très démocratique du Congo assistent donc à la naissance d’une «dynastie». Celle des «Kabila». Une dynastie fondée sur l’imposture.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur les potins de Kinshasa-Lez-Immondices, l’arrivée de Jaynet et Zoé à la Représentation nationale ne pourrait que relancer la controverse sur les origines et le parcours personnel des membres de cette mystérieuse fratrie. Parlant du «raïs mal réélu», mon ami de se rappeler que celui-ci soutient avoir vu le jour à «Hewa Bora», une localité qui n’a jamais existé en République très très démocratique du Congo. «Quel document a-t-il pu administrer en guise d’attestation de naissance lors du dépôt de son dossier de candidature ?», s’est-il interrogé. Mon ami de se souvenir que lors de l’entrée des troupes de l’AFDL à Kisangani en mars 1997, l’actuel «raïs» se présentait sous le nom de «commandant Hyppolite», officier des renseignements de l’Armée patriotique rwandaise. Des officiers ex-Faz assurent avoir été interrogés en avril 1997 à Lubumbashi par le «commandant Hyppo» qui passait pour un officier de renseignement rwandais. Mon ami de se souvenir également que ce n’est que cinq années après la mort de Mzee - et non du vivant de celui-ci - que le successeur du "soldat du peuple" a été proclamé «MulubaKat à cent pour cent» par le Grand chef Kasongo Nyembo. C’était à l’issue d’une audience auprès du vice-président Yerodia Ndombasi en juin 2006. «Des Balubakats savent que le raïs n’a jamais été un des leurs. C’est un agent double au service du Rwanda de Paul Kagame», tonne mon ami.

«Que sait-on finalement sur le parcours respectif de Jaynet et Zoé?», ai-je demandé avec ma candeur habituelle. A en croire mon ami, le public congolais a découvert l’existence de Jaynet en janvier 2001 lors des obsèques de Mzee. C’est le cas également de la dame Sifa Mahanya, présentée comme étant la «maman» de ce beau monde. A l’époque, dit mon ami, Jaynet ne causait qu’en anglais et en swahili bora. Depuis 2001, la «vénérable Jaynet», comme l’appellent tous les flagorneurs de la Kabilie, s’est autoproclamée présidente de la très juteuse Fondation Mzee LD Kabila qu’elle gère en toute opacité. A en croire mon ami, Zoé n’a été vu pour la première fois en public qu’en 2006 à la veille du premier tour de l’élection présidentielle.

Mon ami qui sait décidément tout se souvient que Zoé a défrayé la chronique dans plusieurs affaires. En avril 2010, il a fait déguerpir manu-militari l’ancien ministre Dominique Sakombi-Inongo de sa villa à Ma Campagne sous prétexte qu’il en était le nouvel acquéreur. Lors de l’attaque de la résidence du général Faustin Munene, au mois de septembre de la même année, dans la commune de la Gombe, des témoins soutiennent avoir aperçu Jaynet et Zoé diriger les éléments de la garde prétorienne du «raïs» chargés d’accomplir le «travail». Ils auraient même réquisitionné le gardien de nuit – un certain Papa Antoine – afin qu’il leur indique les adresses des autres résidences de l’officier dissident. Le bouquet a eu lieu le 19 octobre 2010, lorsque le fameux Zoé donna l’ordre aux éléments de sa garde rapprochée ( ?) de tabasser deux policiers chargés de régler la circulation. L’incident eut lieu sur le boulevard du 30 juin.

«Si nous étions dans un pays normal, Zoé aurait été traité comme un minable voyou qui abuse de son état de frère de ...», tempête mon ami qui conclut : «Les mauvaises langues murmurent qu’en dépit de son comportement très peu exemplatif encore moins vertueux, Zoé se préparerait à occuper le poste de gouverneur de la province du Katanga. Les «Kabila» et l‘association des malfaiteurs qui se dissimulent derrière le «raïs» pourrait faire définitivement main basse sur les ressources minières du pays avec la complicité des Babalukats». La dynastie maffieuse des «Kabila» pourrait ainsi renforcer ses tentacules sur le pays.
Author: Issa Djema          
Source:  Congoindépendant 2003-2012, du 30 Jan 2012
 

RDC/ Kinshasa : Affaire Chalupa


Le député provincial de Kinshasa Pierre Jacques Chalupa.
Accusé d’"usurpation de la nationalité congolaise", le député provincial de Kinshasa et candidat à la députation nationale (Lukunga), Pierre Jacques Chalupa, a été appréhendé mardi 31 janvier dans la capitale congolaise. Il a subi un long interrogatoire au Parquet général de la République. L’homme est réputé proche de l’opposition tshisekediste.
Qui est Pierre Jacques Chalupa? Né en 1948 à Uvira, province du Sud-Kivu, d’une mère grecque et d’un père d’origine portugaise, Chalupa est ce qu’on pourrait appeler un "Congolais de race blanche". Il a vécu toute sa vie au pays. Il manie à merveille plusieurs langues locales dont le lingala et le swahili.

Marié à une Congolaise de souche, Chalupa n’a jamais fait mystère de ses ambitions politiques. Lors des élections provinciales de 2006, il se présente en candidat indépendant dans sa circonscription de Lukunga. Il est élu député provincial.

Le premier alinéa de l’article 10 de la Constitution du Congo-Kinshasa stipule : "La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre". L’article 9 de la loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections telle que modifiée par la loi n°11/003 du 25 juin 2011 énonce, elle, notamment que "nul n’est éligible" s’il n’est "de nationalité congolaise".

Que reproche-t-on à Chalupa? Le député provincial est accusé d’"usurpation de la nationalité congolaise". Une accusation sans précédent qui prête plutôt à sourire. Depuis la "libération" du 17 mai 1997, Dieu seul sait le nombre des politiciens congolais qui détiennent concuremment la nationalité congolaise et celle de leur ancien pays d’accueil. Le gouvernement national compte ainsi plusieurs Belges, Français et Américains. Pour ne citer que ces quelques nationalités. C’est le cas également de l’Assemblée nationale. Plusieurs députés nationaux seraient titulaires des nationalités étrangères.

A Kinshasa, on raconte l’histoire de cet ancien ministre de l’Agriculture qui conduisait une délégation congolaise à Washington. Au moment de se présenter à l’immigration, le ministre s’est aligné dans le couloir réservé aux "citoyens américains". Le reste de la délégation s’est présenté aux guichets réservés aux "étrangers". Est-il besoin de relever que "Joseph Kabila" est - était?- titulaire de la nationalité tanzanienne. C’est le cas également de Jaynet et Zoé, "élus" députés lors des dernières législatives. A quand date leur naturalisation en tant que citoyen congolais?

Revenons à Chalupa. Celui-ci a-t-il pu faire enregistrer sa candidature en 2006 et en 2011 sans avoir administré dans son dossier le document attestant sa citoyenneté congolaise? Les archives de la défunte CEI (Commission électorale indépendante) et celles de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) devraient fournir des éclaircissements. Le moment est venu de mettre fin à l’hypocrisie entretenue autour de cette épineuse question de la double nationalité.

La justice congolaise est discrétée par son inféodation au pouvoir politique. Cette justice est loin de servir la vérité. Il faut espérer que Chalupa est poursuivi pour avoir enfreint la loi et non du fait de ses opinions politiques. A Lubumbashi, à Mbuji Mayi et à Mbandaka, plusieurs militants de l’opposition pro-Tshisekedi se plaignent ces derniers temps d’être harcelés par les sbires de l’ANR (Agence nationale de renseignements. C’est une honte pour un Etat qui s’est affublé de l’épithète "démocratique". Et dire que le pluralisme politique est consacré par la loi fondamentale en vigueur.

Il est plus que temps que les gouvernants congolais prêchent par l’exemplarité en assurant aux citoyens de ce pays une égale protection devant la loi comme l’a fait remarquer un éminent constitutionnaliste congolais joint au téléphone jeudi à Kinshasa : "Ceux qui ont violé la loi, ne peuvent en aucun cas obliger les autres à respecter cette même loi". On ne pourrait qu’espérer que l’affaire Chalupa relève de la justice - la vraie - et non d’une pitoyable cabale politique.
Author: B.A.W (avec Xhinua)        
Source: Congoindépendant 2003-2012 du 2-2-2012

RWANDA: Branle-bas de combat contre un rapport qui dérange

La communication aux parties par les juges Trévidic et Poux des résultats de l’expertise balistique sur l’attentat du 6 avril 1994 a réveillé les défenseurs de la politique menée par la France au Rwanda entre 1990 et 1994.

Furieux que la piste d’un assassinat commis par le FPR soit désormais improbable et que les soupçons de la justice française se tournent enfin vers les extrémistes hutu, plusieurs journalistes, universitaires et responsables politiques ont depuis déversé dans les médias des tombereaux de mensonges soigneusement affûtés.

Leurs thèses sont connues. Leurs noms aussi. Pour eux, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame a abattu l’avion du président Habyarimana et « déclenché » ainsi le génocide rwandais (ils ont beaucoup de mal à dire « génocide des Tutsi »). Pour eux, Kagame, mu par une soif inextinguible de pouvoir, peut être considéré comme le responsable du génocide des siens. Pour eux, il est également coupable d’un génocide des Hutu. C’est le même discours qui est ainsi tenu en boucle à l’opinion publique française depuis bientôt dix-huit ans. Et qui a resurgi avec une force inattendue pour tenter de relativiser le rapport des experts et l’interprétation que l’on peut raisonnablement en donner.

Jeter le doute sur le travail des experts

Faire feu de tout bois pour atténuer la portée du rapport balistique sur l’attentat, tel semble être le mot d’ordre. Le premier contrefeu consiste à affirmer que les conclusions du rapport reposeraient sur l’expert acoustique, qui ne s’est pas rendu au Rwanda (Hubert Védrine, Le monde selon Hubert Védrine, France Culture, 13 janvier 2012 ; Bernard Lugan, sur le site de l’association France- Turquoise ; Alma Rodinson, Politis du 26 janvier 2012).

Rappelons les faits : quand les cinq experts français ont demandé l’aide d’un acousticien, les constatations matérielles faites sur la carcasse de l’avion incitaient déjà à exclure que le site de Masaka puisse être le lieu du tir des missiles. Elles montraient en effet que le missile avait atteint le dessous de l’aile gauche. Or, depuis Masaka, le missile ne pouvait pas percuter l’avion à cet endroit. Il ne pouvait que percuter un des réacteurs, alors qu’ils n’onta pas été touchés. L’expertise acoustique a d’abord confirmé que Masaka était trop loin pour que les témoins aient pu entendre le souffle de départ des tirs depuis le camp de Kanombe où ils se trouvaient. Elle a servi ensuite à préciser les lieux de tir possible à Kanombe. Fondée sur la différence entre la vitesse du son et la vitesse de la lumière ­ – les témoins avaient-ils d’abord vu la trajectoire du missile ou entendu le souffle de son départ ? – qui est la même à Paris et à Kigali, elle ne nécessitait pas de se rendre sur place, des relevés topographiques très précis ayant été réalisés au Rwanda par les cinq autres experts.

Concernant les témoins, il est presque comique de lire sous la plume d’Alma Rodinson qu’ils ont été « fournis par le régime rwandais, les témoins d’autres pistes [Masaka] ayant été écartés ». Parmi les témoins « fournis par le régime rwandais » figurent en effet trois médecins militaires belges et un officier français, le commandant de Saint-Quentin, qui logeait au camp de Kanombe avec sa famille ! Quant aux « témoins de Masaka », dont le juge Bruguière avait fait grand usage, l’un d’entre eux a protesté qu’on avait détourné ses propos, d’autres ont été convaincus de mensonge et le principal, Abdul Joshua Ruzibiza, a reconnu sur procès-verbal qu’il n’était pas présent sur les lieux de l’attentat.

Le FPR s’infiltre partout...

Une fois admis que les tirs sont bien partis de Kanombe, la deuxième ligne de défense consiste à suggérer que le camp était en quelque sorte ouvert à tous vents et qu’il était possible pour le FPR de s’infiltrer dans la zone, « à l’intérieur ou à l’extérieur du camp » (Stephen Smith, Libération du 23 janvier 2012 ; Alma Rodinson). Rappelons, même si tout est possible avec un peu d’imagination, que nous parlons d’un camp militaire abritant le cantonnement d’une des unités d’élite des Forces armées rwandaises (FAR), le bataillon para-commando, et un détachement de la garde présidentielle affecté à la sécurité de la résidence du chef de l’Etat jouxtant le camp...

Et revoilà les missiles venus d’Ouganda !

Balayant ces objections, l’un de nos braves polémistes s’interroge : « Est-ce que c’est central que les missiles soient partis d’un camp hutu ? Ce qui est central, ce n’est pas l’affirmation, peut-être inexacte [admirons l’artiste !], sur l’origine du tir. C’est l’origine du missile. C’est un missile numéroté dont on a retrouvé la trace et qui est un missile soviétique qui est arrivé en Ouganda et qui est passé de l’Ouganda au FPR » (Hubert Védrine). L’adjectif « numéroté » est là pour impressionner le chaland.

En exclusivité pour ses lecteurs, Billets d’Afrique va donner le numéro de série de ce missile, ou plus précisément de son lanceur : 9 M 322. La rédaction tient cette information ultra-secrète d’une source confidentielle : le rapport de la Mission d’information parlementaire de 1998... Les députés se sont en effet penchés sur l’attentat du 6 avril en étudiant les différentes pistes.

Ils ont été opportunément éclairés par des photographies fournies par la Direction du renseignement militaire (DRM), présentées comme des photographies du lanceur d’un des deux missiles SA 16 ayant servi à abattre l’avion. Le lanceur photographié portait le même numéro que l’un des deux lanceurs évoqués par Filip Reyntjens en 1995. Après avoir longuement examiné la question, les députés concluent : « La probabilité étant forte que le missile photographié n’ait pas été tiré, ce missile ne peut en aucune manière être considéré de façon fiable comme l’arme ayant abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana ».

Alors de deux choses l’une : soit M. Védrine parle d’un autre missile et il doit dans ce cas prendre rapidement rendez-vous avec les juges Trévidic et Poux pour leur communiquer ses informations ; soit il parle du missile étudié par la MIP, et il est alors étonnant que l’ancien secrétaire général de l’Elysée et ancien ministre des Affaires étrangères ait si mal lu le rapport de la Mission d’information parlementaire présidée par son ami Paul Quilès, autre gardien intransigeant de l’héritage mitterrandien. Ajoutons que les députés avaient eu un fort sentiment d’avoir été « enfumés » avec ces documents apportés pendant le génocide au général Huchon, chef de la Mission militaire de coopération, par le lieutenant-colonel Rwabalinda, de l’Etat-major des FAR. Ils écrivent en termes peu diplomatiques : « L’intervention des FAR en exil dans cette tentative de désinformation ne les désigne-t-elle pas comme possibles protagonistes d’une tentative de dissi­mulation ? A moins que sincères, les FAR en exil aient elles-mêmes été manipulées mais, dans ce cas, par qui ? ».

Les FAR n’avaient pas de missiles SA 16

Hubert Védrine et Bernard Lugan le proclament, Alma Rodinson et Stephen Smith le laissent entendre : les missiles provenaient d’un stock de l’armée ougandaise, très proche du FPR. Les FAR n’auraient pas été en possession de tels missiles. Là encore, on nous ressert une vieille histoire réfutée par les députés de la MIP en 1998 : « Nous savons de sources concordantes, que les forces armées rwandaises avaient récupéré, en 1990 et 1991, sur le théâtre des opérations militaires et sur le FPR, des missiles soviétiques, qu’elles auraient pu utiliser pour perpétrer l’attentat ».

Les FAR ne savaient pas tirer

S’il faut bien admettre que les missiles ayant servi à abattre l’avion n’ont pas été retrouvés et que les FAR disposaient de missiles SA 16, comment, dans ces conditions, continuer à soutenir que seul le FPR a pu faire le coup ? En arguant que les FAR n’avaient pas de personnel formé et compétent pour tirer ces missiles (Stephen Smith). Tout le monde en convient, effectivement. Reste alors une seule possibilité : celle d’une aide extérieure. Militaires ? Mercenaires en service commandé ? Ou agissant au bénéfice de certains extrémistes hutu ? Des tireurs français ? Formés par des Français ? Et Paul Barril dans tout ça ?

Ce qui est certain, c’est que cette piste d’une main française dans l’attentat n’a pour le moment pas été examinée à fond, ni par les députés, qui l’ont au moins envisagée grâce aux documents fournis par Patrick de Saint-Exupéry, ni, évidemment, par le juge Bruguière.

Le rapport des experts ne dit pas qui a tiré

C’est la dernière trouvaille, l’argument définitif : le rapport balistique ne révèle pas l’identité des tueurs (Alma Rodinson). Il s’agit de « preuves sans conclusions » (Stephen Smith). Que répondre à tant de bêtise ? Que puisque tous les autres mensonges de l’instruction Bruguière se sont dissipés, le fait que les tirs soient partis d’une zone étroitement contrôlée par des soldats d’élite de l’armée rwandaise permet de conclure que ce sont très probablement, les extrémistes hutu (et parmi eux des officiers supérieurs) qui ont assassiné Habyarimama, avant de perpétrer un coup d’Etat dès la nuit du 6 au 7 avril 1994, et de s’emparer du pouvoir.

La formation du Gouvernement intérimaire rwandais, dans les locaux de l’ambassade de France, marquant le 9 avril la réussite du putsch.

La suite au prochain numéro

Après cette réfutation, bien lassante pour le lecteur, mais indispensable, des falsifications
répandues dans les médias ces dernières se­maines à propos du rapport d’expertise, la question qui se pose est celle-ci : pourquoi un ancien ministre – Hubert Védrine -, un ancien spécialiste de l’Afrique à Libération et au Monde, aujourd’hui professeur d’université aux Etats-Unis – Stephen Smith
, un historien – Bernard Lugan -, un inconnu sous pseudo aux débuts prometteurs dans le domaine de la désinformation – Alma Rodinson (dans Politis), ne peuvent-ils pas accepter l’idée que ce n’est pas le FPR qui a abattu l’avion du président Habyarimana ?

Réponse à cette question dans la deuxième partie de cet article, à paraître dans Billets d’Afrique de mars sous le titre « Un négationnisme d’Etat ».


 Groupe Rwanda


Source:  Survie, du 02/02/2012

AFRICA: A rich Africa?

photo
Sam Kebongo
Africa, the cradle of mankind, is full of contrasts. With a population of just over 1 billion, that is about one sixth of world population, it’s share of world trade is less than 4%. The respectable figure would be about 20%.

It is blessed with every conceivable mineral wealth yet half of its inhabitants live on less than a dollar a day. It is the continent with the highest number of countries (54) yet 32 of these are squarely at the bottom tier world poverty. These 32 are among 48 of the world’s poorest.

In the face of these distressing statistics, one must ask; why is Africa so poor? What does Africa need to change/ embrace to harness its many resources and grow rich? Let us look at a few;

Attitude: As the founding father of Tanzania, Mwalimu Nyerere put it; the worst form of poverty is that of the mind. Africans suffer this ‘poverty and slavery mentality’. We lack a ‘can do’ spirit (chutzpah). At best we need for external help/aid to do even the simplest of things.

Look at any social welfare commercial in an African country e.g. on prevention of Malaria, road accidents, HIV- AIDS, there will be a caption that the announcement has been made courtesy of the generous help of USAID or some western organization. At worst this is manifested in corruption.

Why would someone use a public office to improve his/her private circumstance? It is because s/he does not think they can make it on their own. And this is despite having had the best education and opportunities in life!

We must, through education and practice, change this attitude among our elite. We must also fight lethargy, sloppiness and time wasting that has become our lot through the malaise called ‘African’ time.

Dependency syndrome:


Trade: Who’s Africa? We produce goods for export to the west at unfavorable terms when we could use the same effort more productively trading with each other.

The East African countries are each other’s largest trading partners. The potential for growth on trade is even high with a little more focus. The trade

We must also fight lethargy, sloppiness and time wasting that has become our lot through the malaise called ‘African’ time
Africa, the cradle of mankind, is full of contrasts. With a population of just over 1 billion, that is about one sixth of world population, it’s share of world trade is less than 4%. The respectable figure would be about 20%.

It is blessed with every conceivable mineral wealth yet half of its inhabitants live on less than a dollar a day. It is the continent with the highest number of countries (54) yet 32 of these are squarely at the bottom tier world poverty. These 32 are among 48 of the world’s poorest.

In the face of these distressing statistics, one must ask; why is Africa so poor? What does Africa need to change/ embrace to harness its many resources and grow rich? Let us look at a few;

Attitude: As the founding father of Tanzania, Mwalimu Nyerere put it; the worst form of poverty is that of the mind. Africans suffer this ‘poverty and slavery mentality’. We lack a ‘can do’ spirit (chutzpah). At best we need for external help/aid to do even the simplest of things.

Look at any social welfare commercial in an African country e.g. on prevention of Malaria, road accidents, HIV- AIDS, there will be a caption that the announcement has been made courtesy of the generous help of USAID or some western organization. At worst this is manifested in corruption.

Why would someone use a public office to improve his/her private circumstance? It is because s/he does not think they can make it on their own. And this is despite having had the best education and opportunities in life!

We must, through education and practice, change this attitude among our elite. We must also fight lethargy, sloppiness and time wasting that has become our lot through the malaise called ‘African’ time.

Dependency syndrome:


Trade: Who’s Africa? We produce goods for export to the west at unfavorable terms when we could use the same effort more productively trading with each other.

The East African countries are each other’s largest trading partners. The potential for growth on trade is even high with a little more focus. The trade is often done in much fairer terms than with the West.

Population- Africa is eleven times the size of India yet it has just about the same population as the latter. With India’s stellar economic growth, the argument that high population is the cause of Africa’s underdevelopment is a farce. The question is; how engaged is the population? Herein is the paradox. It is presumed that the low levels of education lead to lack of skills and then low productivity etcetera. That is only a third of the truth.

The other two thirds lie in the elites. First, we do not engage professionally with our communities and second we do not keep engagement and growth n our professions. Our professions are more of means to easy life than of service.

This has led to lethargy and mediocrity that has stopped professionals from taking a leading and creative role in the continent’s development.

The youth:
Africa is a youthful continent. More than 40% of Africans are below 15 years. The best resources any country has is its people. In Kiswahili we say ‘samaki mkunje kama angali mbichi’ (if you want to bend a fish do it while it is still raw). Now that we have a good idea where we want to go, we need by instilling the right attitudes in the group, from now on. We need to train them to be entrepreneurial as opposed o being consumerist.
Integration:
Countries in Africa should integrate into economic and political blocs. This is the key to Africa’s growth. According to experts, a ‘critical mass’ population of 150 million is necessary for as country to ‘take off’ economically. A large market stimulates and sustains economic growth.

Perhaps Mo Ibrahim had this in mind when he quipped that ‘some African countries are not feasible’?

Kenya’s independence leader, Tom Mboya said that no society can grow without the efforts of its own citizens. This holds true to date.

Sam Kebongo teaches entrepreneurship at Rwanda Tourism University College. He also is a Director at Serian Ltd that provides skills and business advisory services consultancy.


Source: Newtimes, Thursday, 2nd February, 2012
Author: Sam Kebongo
Contact email: sam.kebongo@gmail.com