Et si nous n’avions rien compris aux massacres qui ont ravagé le Rwanda ? Pour Edward S. Herman et David Peterson, il ne serait pas agi d’un génocide des tutsis par le Hutu Power, mais d’une guerre secrète des Etats-Unis ayant coûté la vie tout autant à des hutus qu’à des tutsis. Au centre de ce jeu sanglant : l’impénétrable Paul Kagamé.
En 1995, un haut responsable de l’Administration Clinton utilisa au sujet du Président indonésien Suharto, alors en visite officielle à Washington, l’expression « Our kind of guy » [1] [2]. Il parlait d’un dictateur avide et brutal, auteur de deux génocides —un premier en Indonésie même, le second au Timor Oriental— mais dont les exactions avaient en l’occurrence débarrassé le pays de la menace gauchiste, qui avait aussi fait de l’Indonésie un État client et un allié aligné militairement sur l’Occident, et qui avait ouvert la porte aux investisseurs étrangers —si élevée qu’ait pu être sa commission prélevée sur toutes leurs transactions—. La première phase de ce double génocide (1965-1966) [3] servant merveilleusement les intérêts états-uniens dans la région, elle fut naturellement saluée par l’establishment politique et médiatique US. Au lendemain même du bain de sang, Robert McNamara appela cette transformation drastique du pays « les dividendes » de l’investissement militaire US dans la région [4]. James Reston, du New York Times, salua pour sa part dans l’ascension de Suharto « une aura radieuse se levant sur l’Asie » [5].
Manifestement, le président rwandais Paul Kagamé est lui aussi « Our kind of guy » : également auteur d’un double génocide, à l’instar de Suharto, Kagamé a débarrassé le Rwanda de toute menace sociale ou démocratique avant de l’aligner fermement sur l’Occident, livrant lui aussi le pays aux investisseurs étrangers. Plus tard, et pour plus de profits encore, Kagamé a facilité le pillage des ressources du Zaïre voisin et ouvert des opportunités d’investissement pour ses propres associés et les investisseurs nord-américains ou européens, dans cet immense réservoir de ressources minières d’Afrique centrale rebaptisé République Démocratique du Congo (RDC), en 1979, lors de la Première Guerre du Congo (1996-1998).
Pendant des années, les médias occidentaux ont fait de Kagamé le sauveur du Rwanda, celui qui aurait soi disant mis fin au génocide de 1994 perpétré contre sa propre minorité ethnique, les tutsis, par les hutus, majoritaires dans le pays [6]. Ses supporters et lui-même n’ont dès lors eu de cesse de présenter l’invasion du Zaïre-RDC par les troupes du Front Patriotique Rwandais (FPR) comme la légitime volonté de traquer sans relâche les génocidaires Hutus qui avaient fui le Rwanda pendant le conflit, puis suite à la prise de pouvoir de Kagamé. Depuis longtemps considérée comme fallacieuse par des dissidents marginalisés, cette excuse est enfin publiquement mise en cause et jusqu’au sein même de l’establishment, à la suite d’une fuite dans la presse [7], puis de la vaste mise en circulation d’un pré rapport de l’ONU à l’attention du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme [8].
Non seulement ce pré rapport dresse l’inventaire des exactions massives commises en RDC sur une période de dix ans, mais c’est précisément au FPR qu’il attribue la responsabilité des plus graves d’entre elles. « Nul ne saurait nier que des massacres ethniques aient effectivement été perpétrés et que la majorité des victimes aient été des hutus du Burundi, du Rwanda et du Zaïre » explique ce rapport, citant les résultats d’une enquête de l’ONU de 1997 (parag. 510). Et lorsqu’on en fait le décompte, « l’échelle à laquelle ces crimes ont été commis et le grand nombre des victimes », de même que « la nature systématique des attaques contre les hutus qui ont été inventoriées… en particulier dans le Nord Kivu et le Sud Kivu… suggèrent qu’il y a eu préméditation et qu’on y a suivi une méthodologie précise » (parag. 514). Dans la section consacrée au crime de génocide, le rapport conclut : « Les attaques systématiques dans presque tout le pays… lesquelles visaient un très grand nombre de réfugiés hutus du Rwanda et de membres des populations civiles hutues, se traduisant par leur extermination, révèlent un grand nombre de circonstances aggravantes qui, si elles devaient être prouvées devant une cour compétente, pourraient alors être qualifiées de crimes de génocide » (parag. 517) [9]. Comme l’expliquait Luc Cote, ancien investigateur et directeur du bureau légal au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) : « Pour moi, c’était ahurissant, je voyais au Congo une manière de procéder que j’avais déjà observée au Rwanda. C’était la même chose. Il y a des dizaines et des dizaines d’incidents où on retrouve la même manière de procéder. C’était fait de façon systématique » [10].
Mais ce n’était pas la première fois qu’on dénonçait à l’ONU les opérations génocidaires de Kagamé au Rwanda et en RDC. Bien avant l’enquête de 1997 évoquée ci-dessus, l’exposé de Robert Gersony devant l’ONU, en 1994 —dont la version écrite a pu être conservée— faisait déjà état de « massacres systématiques sur de longues périodes et de persécutions de populations civiles Hutues par le [FPR] », dans le Sud du Rwanda entre avril et août 1994, ainsi que de « massacres indiscriminés à grande échelle, d’hommes, de femmes et d’enfants, malades et vieillards compris… ». Dans ce rapport, Gersony estimait entre 5 000 et 10 000 le nombre de hutus exterminés chaque mois depuis avril 1994. « Il apparaissait que la grande majorité des hommes, des femmes et des enfants qui étaient tués dans ces opérations, ne l’étaient que parce que le hasard les avait fait tomber entre les mains du [FPR.] » [11]. Il est important de souligner qu’à l’époque, les membres de cette commission décidèrent de classer « Confidentiel » le témoignage et les preuves qu’apportait le rapport Gersony, et ordonnèrent « qu’il ne puisse être accessible qu’aux seuls membres de la Commission », lesquels s’empressèrent d’ailleurs d’en enterrer immédiatement les conclusions [12] —comme en témoigne la lettre de M. François Fouinat sur le HCR à l’attention de Mme B. Molina-Abram de la Commission d’experts, 11 octobre 1994—.
Parmi les nombreux rapports de l’ONU sur la RDC, le second de la série de rapports du Panel d’Experts des Nations Unies sur L’Exploitation illégale des ressources naturelles et autres types de richesses en République Démocratique du Congo est particulièrement intéressant. Les experts de l’ONU y estimaient que, jusqu’à septembre 2002, on pouvait dénombrer quelque 3 millions et demi de morts en excès [par rapport à la normale en temps de paix] dans les cinq provinces de l’Est du Congo, « conséquence directe de l’occupation de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda » (parag. 96). Ce rapport rejetait en outre l’excuse du régime de Kagamé selon laquelle le maintien d’une partie de ses troupes à l’Est du Congo se trouvait justifié par la nécessité de défendre le Rwanda contre des forces hutues qui terrorisaient les régions frontalières et menaçaient de les envahir. En réalité, « l’objectif réel à long terme est… d’y "sécuriser leurs conquêtes" », rétorquait le rapport (parag 66) [13]. Malgré cela, et bien que personne n’ait jamais ordonné la suppression de ce rapport, contrairement à celui de Gersony, les médias occidentaux l’occultèrent totalement. Pourtant, ces 3 millions et demi de morts en trop dépassaient très largement le nombre maximum de victimes imputables aux auteurs présumés du « génocide du Rwanda » de 1994.
De toute évidence, cette occultation tient au fait que le régime de Kagamé est avant tout un régime client des USA, dont les sanglantes opérations au Congo s’accordaient parfaitement à la politique états-unienne d’ouverture en force du pays aux appétits des affairistes et du secteur minier US et occidental. Interrogé sur les fuites de ce rapport, Philip Crowley, assistant du secrétaire d’État US alla jusqu’à reconnaître : « Nous avons effectivement un lien particulier avec le Rwanda, en dehors de la tragique histoire du génocide et d’autres événements des années 1990. Le Rwanda a joué un rôle constructif dans la région récemment. Il a joué un rôle important dans un grand nombre de missions de l’ONU. Il est dans notre intérêt d’aider les forces armées à se professionnaliser. Et nous y mettons le paquet dans différentes régions du monde. Nous y avons donc engagé le Rwanda » [14]. A l’époque, Crowley et compagnie n’avaient pas vraiment pris la peine de chercher à jeter un œil sur ce pré rapport de l’ONU. Mais d’un autre côté, il y avait tous les autres rapports de l’ONU concernant les massacres de civils par Kagamé, au Rwanda comme en RDC, dont aucun n’avait jamais donné lieu à la moindre réaction discernable de la part des USA ou de l’ONU (en dehors du réflexe d’occultation évoqué ci-dessus). Se pourrait-il qu’on ait salué dans ces massacres la conduite honorable de ces « forces armées professionnalisées », comme cela avait été le cas pour les forces professionnalisées de Suharto en Indonésie ou pour tant d’autres troupes d’Amérique du Sud, formées aux USA et fraîchement sorties de l’Ecole des Amériques ? Se pourrait-il que ces horreurs aussi n’aient été que des « dividendes » et « une aura radieuse » —en Afrique— ?
Il n’est pas inintéressant de souligner ici que le premier article paru dans le New York Times au sujet du pré rapport de l’ONU —signé Howard French— traitait principalement de la difficulté qu’on rencontrait à le rendre public. Les premières fuites avaient paru en France, dans Le Monde, et provenaient de personnels de l’ONU qui craignaient que ses parties les plus critiques ne soient supprimées avant sa parution. L’ONU avait déjà jugé nécessaire de soumettre ledit pré rapport au gouvernement de Kagamé, afin qu’il donne son point de vue [15], et sa virulente dénonciation de ce document « outrageant » tenait bien évidemment un paragraphe entier de l’article du New York Times. Comme l’expliquait French, depuis sept mois, des difficultés empêchaient la publication de ce rapport, du fait d’objections d’un gouvernement « qui bénéficie depuis longtemps du puissant soutien diplomatique des USA et de la Grande-Bretagne » [16].
Sans doute les médias et le personnel de l’ONU furent-ils aiguillonnés par le remarquable score de 93 % des votes qui couronna la réélection de Kagamé le 9 août 2010, fort du soutien unanime des hutus rwandais, dont il exterminait massivement les compatriotes ethniques et cousins en RDC. Cette réélection bénéficia d’assez de battage médiatique pour replacer le Rwanda à la une de la presse internationale, ne fut-ce que brièvement. Même l’administration US se dit assez « préoccupée » par « ce qui semble dénoter de la part du gouvernement rwandais, une volonté de limiter la liberté d’expression » [17] , insistant sur l’urgence de réformes volontaires. Supposons qu’on découvre aux Nations Unies quelque preuve tangible que le président du Venezuela, Hugo Chavez, a fait massacrer dans un pays voisin des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, sans épargner les vieillards et les blessés. Peut-on imaginer l’ONU demandant alors à Chavez son opinion sur un pré-rapport dénonçant ses activités, non sans l’assurer de son soutien pendant au moins sept mois, avant qu’une fuite ne soit finalement publiée dans la presse ?
Soulignons au passage que Howard French et les journalistes du Monde ou d’autres grands médias occidentaux n’abordent jamais ce probable génocide en RDC sans le justifier tant soit peu en l’inscrivant systématiquement dans le contexte du génocide rwandais de 1994, où le prétendu sauveur providentiel, Kagamé, aurait mis fin aux hécatombes de tutsis organisées par les hutus. Comme l’écrit French —conformément à la ligne du parti occidental— « en 1994, plus de 800 000 personnes, pour la plupart membres du groupe ethnique tutsi, avaient été massacrés par les hutus » [18]. Ici, comme dans la plupart des reportages des grands médias occidentaux, il y a au départ un premier génocide, celui des tutsis par les hutus, auquel semble désormais avoir répondu ensuite un second génocide perpétré cette fois par les tutsis contre les hutus.
Mais ce prétendu contexte repose entièrement sur un mensonge monumental de l’establishment au sujet du premier génocide, et à y regarder de près, la prodigieuse difficulté qu’il y a aujourd’hui à faire passer l’information concernant les massacres de masse qui ont ensanglanté la RDC, n’est manifestement pas sans rapport avec ce mensonge. En d’autres termes : dès lors que Kagamé est au service des intérêts des USA et d’autres puissances impériales occidentales, pour les responsables occidentaux et les médias, la documentation concernant les crimes qui lui sont imputables ne mérite absolument pas qu’on s’y attarde. La vérité qu’Howard French et consorts ne peuvent reconnaître, c’est que le véritable génocide de 1994 était, lui aussi, fondamentalement l’œuvre de Paul Kagamé, fort du soutien de Bill Clinton, des Britanniques, des Belges, de l’ONU et des médias [19].
Bien qu’il se maintienne au pouvoir principalement par la force, l’hégémonie régionale de Kagamé dépend fondamentalement du mythe qui l’institue en sauveur du Rwanda [20]. Or il a d’ailleurs fait de la « négation de génocide » un crime majeur. La version officielle du « génocide rwandais » n’étant pas contestable au Rwanda, tous ceux qui mettent en cause son pouvoir peuvent être aussitôt accusés de « négation de génocide » et de « divisionnisme », et être poursuivis pour crimes contre l’Etat du Rwanda. C’est sur cette base que l’avocat états-unien Peter Erlinder, principal avocat de la défense au TPIR a été arrêté en mai 2010, dès son arrivée au Rwanda où il venait défendre Victoire Ingabire Umuhoza, candidate d’un parti d’opposition Hutu, elle aussi écrouée et interdite de se présenter aux élections. Bien qu’Erlinder ait été libéré sous caution en juin, son arrestation et la répression systématique des partis d’opposition et de leurs candidats à la veille des élections du mois d’août étaient plutôt embarrassantes pour les défenseurs de l’image consacrée du sauveur du Rwanda [21].
Concernant le caractère mythique de cette version officielle :
• Il est communément admis que ‘l’élément déclencheur’ du premier génocide fut l’attentat qui détruisit en vol l’appareil qui ramenait à Kigali les présidents hutus du Rwanda et du Burundi, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira. Il y a pléthore de preuves attestant que cet attentat a été organisé par Paul Kagamé. C’est précisément ce qu’en avait conclu Michel Hourigan, investigateur commandité par le TPIR et qui enquêtait sur le sujet en 1996 [22]. Mais le rapport d’enquête qu’il présenta à Louise Arbour fut laissé de côté après consultation avec des émissaires des Etats-Unis, et pendant les treize années qui suivirent, le TPIR se dispensa d’enquêter davantage sur cet ‘élément déclencheur’. Pourquoi donc le TPIR, instance créée par un Conseil de Sécurité largement dominé par les USA, aurait-il ainsi laissé tomber une telle affaire si les preuves qu’apportait le dossier n’avaient directement mis en cause le FPR et son leader, Paul Kagamé, client et serviteur des USA ?
• La conclusion d’une autre enquête, encore plus détaillée et dirigée par le juge français Jean-Louis Bruguière sur ce même ‘élément déclencheur’, est que Kagamé avait besoin de « l’élimination physique » d’Habyarimana, pour s’emparer du pouvoir au Rwanda avant les élections présidentielles qu’exigeaient les Accords d’Arusha. Ces élections, Kagamé n’avait littéralement aucune chance de les remporter car son groupe ethnique d’origine, les tutsis, était numériquement de très loin inférieur à celui des hutus [23]. Bruguière souligna aussi qu’au Rwanda, en 1994, la seule force parfaitement organisée et prête à frapper était le FPR. Politiquement faible mais militairement fort, le FPR de Kagamé frappa d’ailleurs effectivement et, dans les deux heures qui suivirent l’assassinat d’Habyarimana, son attaque générale contre le gouvernement du Rwanda fut déclenchée dans tout le pays. On peut donc en déduire que les dirigeants du FPR savaient d’avance ce qui allait se passer et se tenaient prêts à agir, leur réaction ayant été planifiée et organisée à l’avance. Inversement, il semble que les planificateurs hutus de la version mythique que l’establishment donne de ces événements étaient plutôt désorganisés, dépassés et furent rapidement surpassés. En moins de cent jours, Kagamé et le RPF avaient pris le contrôle du Rwanda. A supposer que l’attentat fut effectivement la pièce maîtresse du vaste plan de conquête et de génocide du Hutu Power, la suite des événements aurait demandé aux hutus un prodige d’incompétence. Tout devient en revanche infiniment plus logique si l’attentat a été perpétré par les hommes de Kagamé dans le cadre de leur stratégie de prise du pouvoir.
Après avoir chassé le clergé catholique accusé de soutien au génocide, Paul Kagamé a installé 2 000 missionnaires évangéliques formés par le pasteur Rick Warren, et proclamé le Rwanda « nation conduite par Dieu ». — Barack Obama a choisi le pasteur Warren pour présider la partie religieuse de sa cérémonie d’investiture.• Kagamé a été formé à Fort Leavenworth, au Kansas [24]. Il a ensuite constamment bénéficié d’un soutien diplomatique et matériel des USA, depuis le jour où il a pris le commandement du FPR, au lendemain de l’invasion du Rwanda par l’Ouganda et le FPR, en octobre 1990 [25] —un acte d’agression caractérisée qui resta néanmoins un incident mineur aux yeux du Conseil de Sécurité de l’ONU— jusqu’à l’assaut final contre l’Etat Rwandais, qui commença le 6 avril 1994. Au cours de cet assaut, alors que le « génocide » était supposé avoir commencé depuis longtemps, les membres restants du gouvernement rwandais pressèrent l’ONU d’envoyer davantage de Casques Bleus au Rwanda pour contenir les violences. Mais Paul Kagamé, voyant sa victoire assurée, ne tenait pas spécialement à voir davantage de Casques Bleus au Rwanda et —Surprise !— les Etats-Unis s’opposèrent fermement à l’envoi de troupes onusiennes supplémentaires. Le Conseil de Sécurité réduisit même drastiquement le contingent de Casques Bleus au Rwanda —ce qui, en fait, ne colle pas vraiment avec la version officielle, selon laquelle la principale responsabilité de ces 100 jours de massacres est imputable au Hutu Power et à son extermination planifiée—. Les excuses de Bill Clinton, en 1998, au nom de la « communauté internationale » pour « n’avoir pas agi assez rapidement après le début des massacres » [26] sont d’une hypocrisie absolument inqualifiable. Loin d’avoir failli à un prétendu objectif humanitaire, qu’elle n’a jamais eu, l’administration Clinton a au contraire facilité la conquête du Rwanda par Kagamé, et partage pleinement avec lui la responsabilité des exactions commises au Rwanda et de celles dont le FPR s’est si férocement couvert en RDC pendant tant d’années.
• Pour ce qui est des preuves des massacres, il n’y a bien sûr pas le moindre doute que de très nombreux tutsis ont été tués, quoique manifestement dans des poussées de violence sporadiques, localisées et vengeresses, plutôt que dans l’exécution méthodique d’une opération planifiée par les dirigeants hutus. En réalité, seules les forces de Kagamé semblent avoir exterminé de façon systématique et planifiée. Mais l’ONU et les Etats-Unis ont tout fait pour minorer ces tueries. Non seulement le rapport Gersony, de 1994, sur les massacres de Hutus fut envoyé aux oubliettes par l’ONU, mais un mémorandum interne du secrétariat d’Etat US daté de septembre 1994, et qui faisait clairement état de « quelque 10 000 civils hutus par mois, voire davantage » exterminés par les forces tutsies, serait lui aussi définitivement passé à la trappe si Peter Erlinder ne l’avait exhumé et produit comme pièce à conviction devant le TPIR [27]. Lorsque les universitaires américains Christian Davenport et Allan Stam, initialement chargés par le TPIR de documenter les massacres commis au Rwanda en 1994, arrivèrent à la conclusion que « la majorité des victimes étaient hutues et non tutsies », on s’empressa de les congédier. « Les massacres dans les zones contrôlées par les FAR [Forces Armées Rwandaises] semblaient augmenter à mesure que le [FPR] s’enfonçait dans le pays et annexait davantage de territoires », écrivent-ils, résumant ce qu’ils considèrent comme « les résultats les plus choquants » de leur recherche. « Lorsque [le FPR] avançait, les massacres de masse augmentaient. Lorsqu’il s’arrêtait, les massacres de masse diminuaient considérablement » [28].
N’aurait-il pas été invraisemblable que les forces tutsies de Kagamé, les seules forces armées réellement organisées à l’intérieur du Rwanda en 1994, dont les avancées s’accompagnaient systématiquement de vagues de massacres et qui furent capables de conquérir le Rwanda en une centaine de jours à peine, aient été incapables d’empêcher que le nombre de tutsis massacrés ne dépasse très largement le nombre de hutus tués, comme le revendique la version officielle du « génocide rwandais » ? C’est effectivement incroyable et ce devrait d’ailleurs être clairement reconnu comme un pur mythe de propagande.
• D’ailleurs, ce mythe n’est pas compatible non plus avec les proportions réelles de la population rwandaise. Nous nous bornerons à reprendre ici textuellement ce que nous avons déjà démontré ailleurs [29] (voir tableau 1 ci-dessous), selon le recensement national officiel de 1991, peu avant le génocide la population du Rwanda était composée à 91 % de Hutus, à 8,4 % de tutsis, à 0,4 % de twa et à 0,1 % de représentants d’autres groupes ethniques. De sorte que sur un total de 7 099 844 habitants en 1991, la minorité tutsie ne représentait au Rwanda que 596 387 personnes, pour une population hutue de 6 467 958 habitants. En outre, comme le soulignent Davenport et Stam dans leur article du Miller-McCune, l’organisation IBUKA des survivants tutsis du génocide estime à environ 300 000 le nombre de tutsis ayant survécu aux massacres de 1994. Ce qui signifie que « sur 800 000 à un million de victimes supposées du génocide, plus de la moitié étaient hutus ». Et il semble même extrêmement probable que ce soit largement plus de la moitié des personnes massacrées au Rwanda entre avril et juillet 1994, qui étaient en réalité des hutus [30]. Et bien évidemment, après la prise de pouvoir du FPR, en juillet 1994, les massacres de hutus à l’intérieur même du Rwanda comme en RDC continuèrent de plus belle pour une décennie et demi de plus.
Conclusion
Les politiques états-uniennes dans le Tiers-monde font montre d’une remarquable continuité, hélas ! De sorte qu’un représentant de l’administration Clinton pouvait bien appeler « Our kind of guy » un véritable boucher comme Suharto, qui n’en bénéficia pas moins d’un soutien indéfectible des USA pendant 33 longues années, sous les présidences successives de Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan et Clinton, jusqu’à la chute de son régime, en 1998, en pleine crise asiatique. Dans un contexte plus récent et qui s’étend de 1990 à nos jours, Paul Kagamé, un criminel de guerre bien plus impitoyable encore, fut assuré du soutien de George Bush 1er, de Bill Clinton, de George Bush II, puis à présent de Barack Obama (dont le secrétaire d’Etat adjoint n’a même pas pris la peine de jeter un œil au pré-rapport de l’ONU mettant en cause Kagamé pour les massacres de masse commis en RDC). De même, il n’est pas inintéressant d’observer le traitement si aimable que les médias occidentaux continuent de réserver à cet autre « Our kind of guy ». Réputé de gauche, Philip Gourevitch, du New Yorker, allait même jusqu’à le comparer à Abraham Lincoln (dans son ouvrage de 1998 : Nous souhaitons vous informer que demain nous serons tués avec nos familles.), et Stephen Kinzer publia, lui, une véritable hagiographie de cet épouvantable agent de la puissance américaine (Les Mille Collines : La renaissance du Rwanda et l’homme qui l’a rêvée [2008]).
Cette affaire de fuite d’un rapport de l’ONU et la très mauvaise publicité qu’aura valu à Kagamé son simulacre de réélection, en août 2010, imposeront-ils aux médias occidentaux de se montrer un peu plus honnêtement critiques à l’égard de cet exterminateur made in USA ? Rien n’est moins sûr, vu les précieux services qu’il rend à la super-puissance US en Afrique, et vu combien l’establishment US semble profondément attaché à une version officielle qui pendant tant d’années a protégé et même sanctifié l’homme qui rêvait..
Edward Herman et David Peterson ont récemment publié The Politics of Genocide, [Monthly Review Press, avril 2010], dont la version française cherche un éditeur francophone.
Edward S. Herman
Professeur Emérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Economiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media : an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability : The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002
David Peterson
Journaliste indépendant et chercheur, basé à Chicago. Il a écrit de nombreux articles en collaboration avec Edward Herman.
Traduction Dominique Arias
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Source Z Magazine (Etats-Unis)
La population Rwanda en 1991. Mise en évidence de ses deux principales composantes ethniques
[31]
Prefectures Hutus Tutsis Total [32]
Butare 618 172 (82,0 %) 130 419 (17,3 %) 753 868
Byumba 761 966 (98,2 %) 11 639 (1,5 %) 775 933
Cyangugu 489 238 (88,7 %) 57 914 (10,5 %) 551 565
Gikongoro 401 997 (86,3 %) 59 624 (12,8 %) 465 814
Gisenyi 708 572 (96,8 %) 21 228 (2,9 %) 731 996
Gitara 764 920 (90,2 %) 78 018 (9,2 %) 848 027
Kibungo 596 999 (92,0 %) 49 966 (7,7 %) 648 912
Kibuye 398 131 (84,8 %) 69 485 (14,8 %) 469 494
Kigali 822 314 (90,8 %) 79 696 (8,8 %) 905 632
Kigali City [33] 180 550 (81,4 %) 39 703 (17,9 %) 221 806
Ruhengeri 760 661 (99,2 %) 3 834 (0,5 %) 766 795
TOTAL 6 467 958 (91,1 %) 596 387 (8,4 %) 7 099 844
Urbains 313 586 (83,9 %) 57 186 (15,3 %) 373 762
Ruraux 6 154 365 (91,5 %) 558 265 (8,3 %) 6 726 082
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[1] Ndt : le genre de type qu’on apprécie, notre genre de type.
[2] « Real Politics : Why Suharto Is In and Castro Is Out », par David E. Sanger, New York Times, 31 octobre 1995. Sanger décrivait le soutien de l’administration Clinton à Suharto de la façon suivante : … Lorsque [Suharto] est arrivé à la Maison Blanche, le vendredi [27 octobre] en visite privée chez le président, le cabinet présidentiel était archi-comble. S’y bousculaient tous les plus hauts représentants venus lui souhaiter la bienvenue. S’y trouvaient notamment le vice-président Al Gore, le secrétaire d’Etat Warren Christopher, le général John Shalikashvili, chef de l’état-major interarmes, Ronald H. Brown, secrétaire d’Etat au Commerce, Mickey Kantor, représentant de la Chambre de Commerce des USA, Anthony Lake, conseiller à la Sécurité Nationale, et bien d’autres. « Il ne restait pas une seule chaise de libre dans la salle », raconta l’un des participants. « Personne au monde ne traitait les Indonésiens ainsi et ça en disait long sur la manière dont nos priorités dans le monde avaient évolué. […] [L’Indonésie est] le dernier marché émergeant : quelque 13 000 îles, une population de 193 millions d’habitants et un taux de croissance de plus de 7 % par an. Le pays reste archi-corrompu, la famille de M. Suharto contrôle toutes les plus importantes entreprises du pays et leurs compétiteurs de Jakarta pourraient payer très cher de leur faire concurrence ou de leur porter ombrage. Mais M. Suharto, contrairement aux Chinois, s’est montré perspicace en comblant Washington de satisfaction. Il a dérégulé l’économie, ouvert l’Indonésie aux investisseurs étrangers et empêché les Japonais, principaux pourvoyeurs d’aide extérieure en Indonésie, de s’accaparer plus d’un quart des marchés d’importations dans l’alimentaire. […]. C’est un type comme on les aime (our kind of guy), déclarait un haut responsable de l’Administration, qui intervient fréquemment sur les politiques asiatiques des USA ».
[3] « 1965 : Indonésie, laboratoire de la contre-insurrection », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 25 mai 2004.
[4] Concernant Robert McNamara, voir Noam Chomsky, Year 501 : The Conquest Continues (Boston : South End Press, 1993), p. 126. [Noam Chomsky, La Conquête Continue, rééd., Paris, L’Herne, 2007] « Particulièrement rentable », note Chomsky –ce qui pourrait tout à fait faire référence à l’histoire de la montée au pouvoir de Paul Kagamé — « était le programme consistant à envoyer les militaires indonésiens en formation dans les écoles de guerre américaines où on leur enseignait ce qu’ils allaient si magnifiquement mettre en application par la suite. C’étaient là des facteurs extrêmement significatifs pour déterminer l’orientation favorable de la nouvelle élite politique indonésienne (à savoir l’armée), insista McNamara » (p. 126).
[5] « A Gleam of Light in Asia », par James Reston, New York Times, 19 juin 1966.
[6] L’ouvrage le plus systématiquement choisi comme référence pour étayer la version officielle du « Génocide du Rwanda » est Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda (Allison Des Forges et al., New York : Human Rights Watch, 1999).
[7] La première fuite concernant l’existence de ce pré rapport de l’ONU fut publiée en France dans le journal Le Monde, par Christophe Châtelot, « L’acte d’accusation de dix ans de crimes au Congo RDC », Le Monde, 26 août 2010.
[8] « Evaluation des crimes commis au Congo entre 1993 et 2003 », Réseau Voltaire, 5 octobre 2010. Il est possible de télécharger le document intégral en français à la fin de l’article : République Démocratique du Congo, 1993-2003. Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo.
[9] Nous tenons à souligner ici que, en dépit des fuites de ce pré rapport dans les medias et de la très large circulation dont elles ont fait l’objet, nous ignorons totalement si son contenu subira des modifications avant sa publication officielle (prévue pour le 1er octobre 2010), et dans ce cas, quels pourront être l’ordre et l’ampleur de ces modifications.
[10] « Congo butchery resembled Rwandan genocide : UN lawyer », par Judi Rever, Agence France Presse, 27 août 2010.
[11] « Résumé de l’exposé du UNHCR [Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU] devant la Commission d’Experts », 11 octobre 1994.
[12] Voir les parties concernant l’intervention de Robert Gersony, Haut Commissariat aux Réfugiés, ainsi que l’ordre de la Commission d’experts sur le Rwanda, exigeant par écrit de censurer les conclusions de Gersony, dans : « The Rwandan Patriotic Front’s Bloody Record and the History of UN Cover-Ups », de Christopher Black, MRZine, 12 septembre 2010.
[13] Mahmoud Kassem et al., Rapport du Panel d’Experts sur l’Exploitation Illégale des Ressources Naturelles et Autres Formes de Richesses en République Démocratique du Congo (S/2002/1146), Conseil de Sécurité des Nations Unies, octobre 2002.
[14] Assistant de la secrétaire d’Etat US, Philip J. Crowley, « Daily Press Briefing », Département d’Etat US, 30 août 2010.
[15] « Rwanda Pushes Back Against UN Genocide Charges », par Philip Gourevitch, The New Yorker Blog, 27 août 2010.
[16] « U.N. Report on Congo Offers New View of Genocide Era », par Howard French, New York Times, 28 août 2010.
[17] « Dailly Press Breifing », par Philip Crowley, 9 août 2010.
[18] Howard French, op. cit.
[19] The Politics of Genocide, par Edward S. Herman et David Peterson (New York : Monthly Review Press, 2010), p. 51-68. Pour une version électronique de cette section de notre ouvrage, Cf. « Rwanda and the Democratic Republic of Congo in the Propaganda System », Monthly Review n°62, 1er mai 2010.
[20] Le mythe du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagamé mettant fin aux atrocités de masse de 1994 dites « Génocide du Rwanda » plutôt que donnant le coup d’envoi des massacres et y prenant part —voire les perpétrant lui-même— fut principalement propagé par l’ouvrage d’Alison Des Forges et al. : Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda. « Le Front Patriotique Rwandais mit fin au génocide de 1994 en combattant victorieusement les autorités militaires et civiles responsables de la campagne de massacres » explique-t-elle dans le chapitre consacré au FPR. « Ses troupes rencontrèrent peu de résistance, sauf à Kigali, et elles écrasèrent les forces gouvernementales dans une série d’actions qui commencèrent début avril pour s’achever en juillet » (p. 692). Du début à la fin, le chapitre que Des Forges et al. dédient spécifiquement au “Front Patriotique Rwandais” (pp. 692-735) n’a manifestement pas d’autre objectif que la propagation du mythe qui a permis à Kagamé de justifier et maintenir sa dictature par la violence depuis 1994, et de blanchir d’office les pillages et autres exactions qui ont suivi.
[21] « Peter Erlinder Jailed by One of the Major Genocidaires of Our Era—Update », Edward S. Herman et David Peterson, MRZine, 17 juin 2010.
[22] Affidavit of Michael Andrew Hourigan, Tribunal Pénal International pour le Rwanda, 27 novembre 2006. Pour d’autres sources traitant de la censure du mémorandum de Hourigan, Cf. Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, par Robin Philpot (Les Intouchables éd.), en particulier le chapitre 6, « On doit appeler ça un attentat planifié » ; voir aussi « ’Explosive’ Leak on Rwanda Genocide », par Steven Edwards, National Post, 1er mars 2000 ; « Questions unanswered 10 years after Rwandan genocide », par Mark Colvin, Australian Broadcasting Corporation, 30 mars 2004 ; « Rwanda ’plane crash probe halted’ », par Mark Doyle, BBC News, 9 février 2007 ; « UN ’shut down’ Rwanda probe », par Nick McKenzie, The Age, 10 février 2007 ; ainsi que « Rwanda’s Deadliest Secret : Who Shot Down President Habyarimana’s Plane ? », par Tiphaine Dickson, Global Research.com, 24 novembre 2008.
[23] Request for the Issuance of International Arrest Warrants, [Demande d’émission de mandats d’arrêts internationaux] Tribunal de Grande Instance de Paris, 17 novembre 2006, p. 12.
[24] Ndt : Académie militaire qui forme au commandement et à la planification tactique les futurs stratèges des forces états-uniennes et alliées des USA.
[25] Deux rapports antérieurs traitant de la manière dont les derniers représentants du gouvernement légitime d’Habiarimana furent renversés par le FPR de Paul Kagamé, en 1994, méritent d’être cités ici : "Student of War Graduates on Battlefields of Rwanda," [« Un élève des écoles de guerre avalise ses diplômes sur les champs de bataille du Rwanda »], de Steve Vogel, Washington Post, 25 août 1994 ; et "How Minority Tutsi Won the War" [Comment la minorité tutsie a gagné la guerre] de Raymond Bonner, New York Times, 6 septembre 1994.
[26] « Clinton’s Painful Words Of Sorrow and Chagrin », New York Times, 26 mars 1998.
[27] Human Rights Abuses in Rwanda, par George E. Moose, Mémorandum d’Information au secrétaire d’Etat US, non daté, mais manifestement rédigé entre le 17 et le 20 septembre 1994. Ce document nous a été signalé par Peter Erlinder lui-même, directeur du Rwanda Documents Project au William Mitchell College of Law, St. Paul, Minnesota, ICTR Military-1 Exhibit, DNT 264.
[28] « What Really Happened in Rwanda ? », par Christian Davenport et Allan C. Stam, Miller-McCune, 6 octobre 2009.
[29] « Adam Jones on Rwanda and Genocide : A Reply », par Edward S. Herman et David Peterson, MRZine, 14 août 2010, en particulier le tableau reproduit sur cette page.
[30] Davenport et Stam, op. cit.
[31] Sur la base du tableau 4.2 : « Répartition (en %) de la population de nationalité rwandaise selon l’ethnie, la préfecture ou le milieu de résidence », publié à la p. 124 du Recensement général de la population et de l’habitat au 15 août 1991, Service National de Recensement, République Rwandaise. Le tableau 4.2 décomposait par groupe ethnique la population nationale du Rwanda en 1991 et exprimait les résultats en pourcentages (présentés ici entre parenthèses). Partant de la population totale du Rwanda à l’époque (7 099 844 habitants) nous avons simplement calculé le total approximatif dans la seconde et la troisième colonne, pour les hutus et les tutsis. (ex : 7 099 844 x 8,4 % = 596 387 pour la population totale tutsie du Rwanda à l’époque du recensement de 1991). Ces chiffres restent bien évidemment des approximations.
[32] Bien que nous ayons négligé de séparer en colonnes distinctes les twa et les autres groupes ethniques du tableau 4.2 de 1991, notre colonne des totaux inclut (sans les faire apparaître à part) les twa et les autres groupes ethniques.
[33] La population totale de Kigali est distincte du total de la Préfecture de Kigali.
Website: http://www.voltairenet.org/article167964.html
Author: Edward S. Herman, David Peterson
Source: Alterinfo, du Lundi 3 Janvier 2011
Welcome to the Rwanda-Drc-Burundi-Ouganda Blog. Well, this blog will gather daily, all interesting news related to some countries of the greatlakes region. Our attention will focus primarily on the DRC and Rwanda. I believe these two countries have come a long way and proceeding in the right direction (provided that they build, from now on stronger institutions!). In addition, some interesting news from Africa and other parts of the world will be posted from time to time.
Monday, January 3, 2011
RWANDA: La prison recommandée pour quatre ex-proches de Paul Kagame
La justice militaire rwandaise a requis lundi à Kigali de lourdes peines d'emprisonnement à l'encontre de quatre anciens proches du président Paul Kagame, jugés par contumace notamment pour «atteinte à la sécurité de l'État», a-t-on appris de sources concordantes.
Le ministère public a demandé 35 ans de prison contre l'ex-chef d'état-major de l'armée, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, exilé en Afrique du Sud, et le major Théogène Rudasingwa, lui aussi en exil et ancien directeur de cabinet du chef de l'État, ont indiqué à l'AFP deux membres de la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l'homme (LIPRODHOR).
Trente ans de réclusion ont été requis contre l'ancien patron des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, vivant également en Afrique du Sud, et l'ancien procureur général Gérald Gahima, frère du major Rudasingwa, selon les deux militants des droits de l'homme.
Le verdict de la Haute cour militaire sera rendu le 14 janvier, ont ajouté ces sources, confirmant les informations obtenues auprès d'autres témoins par l'AFP.
Les accusés sont inculpés de «trouble à l'ordre public, atteinte à la sécurité de l'État, injures et diffamation, sectarisme et association de malfaiteurs».
Ces quatre anciens proches du chef de l'État avaient, dans un document publié début septembre, dressé un bilan très négatif des libertés dans leur pays depuis l'arrivée au pouvoir de M. Kagame en 1994.
Ils avaient dénoncé «un gouvernement minoritaire aussi répressif qu'irresponsable» et exigé la mise en place d'«un gouvernement de coalition qui inclurait l'opposition actuellement exclue du jeu politique».
«Aucun des quatre n'a le minimum d'intégrité ou l'autorité morale requise pour critiquer l'actuel gouvernement», avaient rétorqué en octobre le porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jill Rutaremera et le conseiller du président Kagame pour les questions de défense, le brigadier général Richard Rutatina
Les deux officiels avaient accusé Nyamwasa d'avoir fait preuve de «favoritisme et irresponsabilité» à la tête de l'armée, traité Rudasingwa d'«escroc notoire» et affirmé que Gahima était recherché pour fraude par la justice australienne.
Ils avaient enfin accusé Karegeya d'avoir «saboté les efforts nationaux et internationaux en vue de localiser et arrêter» Félicien Kabuga, le milliardaire recherché par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour son rôle présumé dans le génocide de 1994.
Agence France-Presse
Kigali
Source: Cyberpresse, du 03/01/2011
Le ministère public a demandé 35 ans de prison contre l'ex-chef d'état-major de l'armée, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, exilé en Afrique du Sud, et le major Théogène Rudasingwa, lui aussi en exil et ancien directeur de cabinet du chef de l'État, ont indiqué à l'AFP deux membres de la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l'homme (LIPRODHOR).
Trente ans de réclusion ont été requis contre l'ancien patron des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, vivant également en Afrique du Sud, et l'ancien procureur général Gérald Gahima, frère du major Rudasingwa, selon les deux militants des droits de l'homme.
Le verdict de la Haute cour militaire sera rendu le 14 janvier, ont ajouté ces sources, confirmant les informations obtenues auprès d'autres témoins par l'AFP.
Les accusés sont inculpés de «trouble à l'ordre public, atteinte à la sécurité de l'État, injures et diffamation, sectarisme et association de malfaiteurs».
Ces quatre anciens proches du chef de l'État avaient, dans un document publié début septembre, dressé un bilan très négatif des libertés dans leur pays depuis l'arrivée au pouvoir de M. Kagame en 1994.
Ils avaient dénoncé «un gouvernement minoritaire aussi répressif qu'irresponsable» et exigé la mise en place d'«un gouvernement de coalition qui inclurait l'opposition actuellement exclue du jeu politique».
«Aucun des quatre n'a le minimum d'intégrité ou l'autorité morale requise pour critiquer l'actuel gouvernement», avaient rétorqué en octobre le porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jill Rutaremera et le conseiller du président Kagame pour les questions de défense, le brigadier général Richard Rutatina
Les deux officiels avaient accusé Nyamwasa d'avoir fait preuve de «favoritisme et irresponsabilité» à la tête de l'armée, traité Rudasingwa d'«escroc notoire» et affirmé que Gahima était recherché pour fraude par la justice australienne.
Ils avaient enfin accusé Karegeya d'avoir «saboté les efforts nationaux et internationaux en vue de localiser et arrêter» Félicien Kabuga, le milliardaire recherché par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour son rôle présumé dans le génocide de 1994.
Agence France-Presse
Kigali
Source: Cyberpresse, du 03/01/2011
COTE D' IVOIRE: Gbagbo n’est ni Sankara, ni Lumumba et encore moins Mugabe
Insupporter Sarkozy implique-t-il de voir en Laurent Gbagbo un "révolutionnaire progressiste", un "libérateur" de l’Afrique ?
Depuis le début de la crise politique engendrée par l’obstination de Laurent Gbagbo à s’accrocher au pouvoir, certaines voix s’élèvent pour le défendre, non pas tant d’un point de vue formel quant aux résultats réels de l’élection présidentielle, mais parce que Gbagbo serait l’un des derniers ou bien le tout nouveau "résistant" à la domination du monde occidental. Ce sont la plupart du temps des hommes de gauche voire des " révolutionnaires anti-capitalistes " et autres altermondialistes qui montent au créneau pour défendre le présumé "socialiste", avec des arguments qui puisent dans les coups tordus des 50 années de la "Françafrique" ou qui piochent dans l’histoire du continent africain.
Maître Vergès frappe à la tombe du général Bigeard en invoquant Diên Biên Phú. Le Suisse tiers-mondiste Jean Ziegler se joint à un "appel" d’autoproclamés "intellectuels" qui osent la comparaison avec le destin tragique de Patrice Lumumba en 1960, comparant même les forces de l’Ecomog aux tirailleurs sénégalais de l’époque coloniale.
Le Sénégalais Amath Dansokho, leader du Parti de l’Indépendance et du travail (PIT) invoque lui les immenses richesses minières de l’Afrique et estime que « c’est là qu’il faut rechercher les causes des guerres ».
La détestation du fait colonial et les cris de révolte naturels qu’engendrent les coups tordus du néocolonialisme font-ils de Gbagbo un leader "progressiste" comme le furent des Lumumba ou des Sankara ?
Honnir le sarkozisme et Sarkozy lui-même n’implique pas de détester le vélo parce que Sarkozy aime enfourcher sa bicyclette de temps à autres.
Hélas, mille fois hélas, Gbagbo n’est ni Sankara, ni Lumumba et encore moins Mugabe ! Et il y a fort à parier que les révolutionnaires des années 60, panafricanistes dans l’âme, auraient vomi le Gbagbo ultranationaliste des années 2000, un Gbagbo qui a usé, abusé et exacerbé la xénophobie malheureusement solidement incrustée dans l’esprit de beaucoup.
Sur le fond comme sur la forme, Gbagbo n’est en rien révolutionnaire et encore moins l’un des derniers remparts contre la voracité du capitalisme.
Sur la forme d’abord. Et en premier lieu, sur ses prestations électorales. Amath Dansokho tient pour argument que « Laurent Gbagbo avait été élu en 2000 et reconnu par la communauté internationale. Jusqu’au coup d’État manqué de 2002, fomenté par des officiers travaillant pour Ouattara, qui n’en était pas à son premier coup. » « Tout cela, on l’oublie », ajoute ce monsieur au demeurant très respectable comme le sont Vergès, Ziegler et d’autres.
Gbagbo n’a jamais été élu président de la République, ou du moins n’a jamais été élu à l’occasion d’une élection normale, et monsieur Dansokho le sait bien, lui qui n’a jamais cessé de se battre pour la transparence et la régularité des élections dans son pays le Sénégal. Les défenseurs de Gbagbo d’aujourd’hui oublient eux aussi bien vite dans quelles conditions, à la fois scandaleuses, puis ignobles, Gbagbo a gravi les marches du palais présidentiel en octobre 2000. Un petit rappel bien nécessaire s’impose.
Quand Houphouët-Boigny décède en 1993, personne n’a jamais remis en cause la nationalité d’Alassane Ouattara, et personne n’a jamais évoqué le fumeux concept d’Ivoirité. Le problème électoral dénoncé par Gbagbo sous le régime d’Houphouët était celui du vote des étrangers. C’est Henri Konan Bédié qui mit ce concept d’Ivoirité sur la table pour une simple et unique raison : sa faiblesse électorale à venir.
La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la règle qui prévaut quasiment dans toute l’Afrique, règle qui veut que les populations ne votent pas sur un programme mais pour un leader, et en premier lieu parce que ce leader est le représentant d’une ethnie ou d’une région, voire d’une religion. Les Fons du Bénin ont toujours voté les yeux fermés et voteront toujours même la tête recouverte d’un sac en toile de jute pour Nicéphore Soglo ; les côtiers et autres Ewe du Togo ont toujours voté les yeux bandés pour Gilchrist Olympio ; Savimbi et l’UNITA angolaise ont forgé leur base au sein des populations Ovimbundu. Point barre.
Et quand l’importance de l’ethnie est réduite comme au Sénégal, alors c’est la caste ou la confrérie religieuse qui prend le dessus. Qui n’a pas l’onction de l’une ou l’autre des deux grandes confréries religieuses, Mourides ou Tidjane, peut rester chez lui le jour d’un scrutin. Qu’a fait Abdoulaye dès le lendemain de sa première élection à la présidence en l’an 2000 ? Il a foncé à Touba, siège de la confrérie Mouride, pour y préparer les législatives à venir.
Et si d’aucuns contestent cette analyse, qu’ils aillent assister à une campagne électorale à Conakry, où la division ethnique des quartiers de la capitale de Guinée entre Peuls, Susu et Malinkés offrent de visu ce qui sortira des urnes à chaque élection.
Les rares exceptions - il y en a - ont lieu quand le phénomène de rejet du président sortant est plus fort que le lien créé par l’appartenance ethnique. Ainsi, l’opposant John Fru Ndi au Cameroun, quand il créa son parti le Social Democratic Front (SDF) en 1990, eut le privilège d’élargir sa base électorale bien au-delà de sa région d’origine (l’Ouest anglophone en l’occurrence pour Fru Ndi), tant le rejet de Paul Biya, un francophone, était fort dans ce pays.
Pour le reste, il suffit de connaître les statistiques sur les composantes ethniques d’un pays pour connaître les grandes tendances des résultats qui sortiront des urnes.
Aussi, quand Bédié va devoir passer par le suffrage universel en 1995 pour légitimer son pouvoir, il a toutes les raisons du monde d’être inquiet : Alassane Ouattara, qui a créé son parti le Rassemblement des Républicains (RDR), a toutes les chances de remporter la présidentielle à venir, son électorat potentiel étant essentiellement composé des populations issues du Nord de la Côte d’Ivoire et à majorité musulmane. Et ces populations sont - qu’on le veuille ou non - majoritaires dans le pays.
Des statistiques des années 95-98 estimaient les populations Akan (supposé favorable à Bédié) à 42,1 %, les Krou (avec entre autres les Bété, l’ethnie de Gbagbo) à 12,7 %, les Mandé du Nord (supposé pro-Ouattara) à 16,5 %, les Voltaïques (aussi supposés pro-Ouattara) à 17,6 %, et les Dan du Sud (proches du Liberia) à 10 %. Une calculette en main, Ouattara pouvait espérer rafler près de 45 % de l’électorat en incluant les naturalisés qui totalisait à l’époque environ 85 000 personnes.
D’autres statistiques faisaient état de la prédominance des Musulmans avec environ 38 %, suivis des chrétiens (32 %) et des animistes (12 %).
Le concept d’Ivoirité créé par Bédié n’avait qu’une visée électorale : écarter Ouattara de toute compétition et entraîner dans la foulée l’abstinence forcée de son électorat. Le résultat de cette politique est connu : boycott de la présidentielle de 1995 par le Front républicain dans lequel se battaient côte à côte le RDR de Ouattara et le FPI (Front populaire ivoirien) de Gbagbo. Puis le coup d’Etat de Noël 1999 qui aurait pu ou qui aurait dû replacer Ouattara dans le jeu électoral. Il n’en fut rien. L’apprenti putschiste que fut le général Gueï a cru un temps lui aussi en son "destin national" et, de concert avec Gbagbo, il fit voter une réforme constitutionnelle en juillet 2000 qui écartait de nouveau Ouattara de toute élection.
Ce denier a pourtant appelé à voter "oui" à ce référendum constitutionnel, nous dira-t-on ! Oui, et c’est là sans doute une faute majeure qu’il a commise, croyant que l’article 35 du projet de constitution imposant à tout candidat d’être né de père "ou" de mère ivoirienne ne s’appliquerait pas à sa personne, étant persuadé que la justice reconnaîtrait in fine sa nationalité d’Ivoirien.
Mieux encore, car on oublie aussi un peu vite la grosse entourloupe commise par le général Gueï, qui modifia le 17 juillet et par décret cet article 35, alors que la campagne électorale pour ce référendum était déjà lancée. Gueï prit sa plume ce jour-là pour tout simplement rayer le "ou" et le remplacer par un "et", histoire de mettre quelques bâtons supplémentaires dans les roues de Ouattara.
Gbagbo le "légaliste pointilleux" d’aujourd’hui ne pipa mot, guère scandalisé de voir un projet constitutionnel modifié à la va-vite par le stylo présidentiel, alors que la campagne électorale était déjà lancée et que les leaders politiques s’étaient déjà prononcés pour un projet qui fut modifié en cours de route. Le droit, rien que le droit répète aujourd’hui à l’envi Laurent Gbagbo qui s’accommoda fort bien en ce mois de juillet 2000 d’un droit allégrement bafoué. On ne peut pas être légaliste tout le temps.
Et puisque l’objet de cet article porte sur les convictions de Gbagbo, rappelons aussi qu’à l’époque des voix - réellement internationalistes et de gauche - s’élevaient contre cette réforme constitutionnelle.
En juillet 2000, quand Gbagbo, "l’homme de gauche", n’avait rien à redire sur cette réforme constitutionnelle xénophobe, d’autres s’indignaient comme le professeur Samba Diarra, auteur des "Faux complots d'Houphouët-Boigny", qui écrivit, dans le quotidien Le Jour, que d’avoir remplacé le "ou" par le "et", maudite conjonction de coordination, « constitutionnalise l'exclusion de millions de métis ivoiro-étrangers que compte la population ivoirienne, en ces temps d'union africaine et de mondialisation ».
D’autres voix s’élevèrent comme ce collectif d'ONG opposées à l'exclusion - "Tous ivoiriens", "Génération" et "SOS exclusion" - qui estimèrent qu'avec ce projet de constitution « les Ivoiriens ne sont plus égaux, des millions d'entre eux seront désormais considérés comme des sous-citoyens, exactement comme l'étaient les noirs face aux blancs sous le régime d'apartheid de l'Afrique du Sud ».
Une autre organisation dénommée "Sang pour sang" qui regroupait des métis de Côte d'Ivoire appela à voter non, estimant que « dire non à ce texte c'est dire oui à l'égalité des droits et devoirs pour tous les Ivoiriens ». Ces Ong révoltées par ce concept d’Ivoirité étaient-elles les suppôts du capitalisme ? La cinquième colonne de la Françafrique ? Permettez d’en douter.
Un autre rappel s’impose. En ce mois de juillet 2000, quand on entérinait par référendum constitutionnel la ségrégation ethnique dans son pays, où était-il passé le Gbagbo qui, le 11 décembre 1994 précisément, déclarait à propos de Ouattara que « Cet homme est donc né de père et de mère ivoiriens. » ?
En ce dimanche de décembre 1994 et pour la première fois depuis l'avènement du multipartisme en Côte d'Ivoire en 1990, l'ensemble des leaders de l'opposition se retrouvaient côte à côte à la tribune du stade Champroux à Abidjan lors d’un meeting devant dix mille personnes. A la tribune, Bamba Moriféré, président de l'Union des Forces démocratiques (UFD), Djény Kobina du Rassemblement des Républicains (RDR) et un certain Laurent Gbagbo, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI).
Un Gbagbo qui clama à la foule : « S'ils ne veulent pas tricher, pourquoi ont-ils peur d'une commission électorale indépendante ? (…) Si c'est ADO qu'ils visent, ils se trompent car l'histoire viendra au secours du droit. »
Un Gbagbo précis comme un clerc de notaire qui lança à la foule : « ADO est né en 1942 à Dimbokro. Sa mère vient d'Odienné, en Côte d'Ivoire et son père est né dans la région de Banfora (au sud de l'actuel Burkina Faso). Mais, à ce que je sache, jusqu'en 1960, la Côte d'Ivoire partait d'Abidjan jusqu'à Ouagadougou. Cet homme est donc né de père et de mère ivoiriens. »
Bamba Moriféré, qui applaudissait des deux mains ce jour-là à la tribune, homme de gauche s’il en est et qu’Amath Dansokho doit bien connaître, était-il lui aussi déjà une marionnette de la Françafrique ?
Au lendemain des résultats de ce référendum constitutionnel de juillet 2000 (86,53 % de "oui"), le quotidien Notre Voie, l’organe du FPI de Laurent Gbagbo, titra en Une : « Oui massif pour la 2ème République. Les Ivoiriens désavouent Dramane Ouattara. » On ne pouvait être plus clair quant à la finalité de cet amendement constitutionnel qui ne visait qu’une seule personne, en l’occurrence Ouattara et lui seul.
A l’inverse, le journal Le Patriote, proche d’ADO, titra : « Fin de course pour Dramane. A présent le RDR peut faire son deuil de l'ambition présidentielle. »
C’est en ce mois de juillet 2000 que Gbagbo a enfourché le cheval de l’Ivoirité, et sans aucun scrupule, uniquement pour arriver au pouvoir, appliquant à la lettre la méthode Bédié de 1995. Ouattara, futur écarté de l’élection présidentielle à venir, Bédié l’était déjà, la junte ayant lancé contre lui un mandat d'arrêt international pour "détournement de fonds publics".
La suite, on la connaît. Octobre 2000, se tient donc une élection présidentielle avec seulement deux candidats car l’on n’oserait faire injure à Francis Wodié, Théodore Mel Eg et Nicolas Dioulo, en faisant mine de croire qu’ils prirent au sérieux leur candidature. Gueï contre Gbagbo, rien d’autres. Que monsieur Dansokho nous dise ce qu’il penserait d’une élection présidentielle au Sénégal où ne seraient en lice qu’Abdoulaye Wade et Idrissa Seck ?
Avant le scrutin, Gbagbo avait prévenu : « Je ne suis pas candidat au poste de Premier ministre. Je suis candidat au poste de président de la République. »
Il avait aussi tenu à préciser en quoi il était "socialiste" : A la veille du scrutin du 22 octobre, il déclara : « Au FPI, nous avons estimé que le poste de président de la République n'est pas un poste pour des retraités hauts fonctionnaires d'autres pays ... Ce n'est pas une prise de position contre un musulman, contre un homme du nord. Les socialistes ne sont pas laxistes, ils sont aussi patriotes. »
Le socialisme se résumant pour Gbagbo au patriotisme, la chasse aux Mossis put donc passer pour un acte d’engagement politique …
Après la mobilisation populaire lancée par le FPI de Gbagbo pour empêcher Robert Gueï de se proclamer vainqueur de cette présidentielle, Ouattara décida le 25 octobre de lancer lui aussi ses partisans dans la rue pour réclamer un nouveau scrutin. L'affaire tourna vite à l'affrontement, à une guerre inter ethnique avec des relents religieux, plusieurs mosquées étant la cible d'attaques.
« Qu'un sang impur abreuve nos sillons » semblait donc être le mot d’ordre des nervis lancés dans la rue par le FPI pour asseoir Gbagbo au pouvoir. Dans les rues d’Abidjan, ce n’est pas l’Internationale que l’on chantait mais « Alassane, Burkinabé, va dans ton pays » ou encore : « Burkinabé, on veut pas ! ». Rien d’étonnant. Avant le scrutin et après le référendum, un éditorialiste de Notre Voie, le quotidien du FPI, avait appelé à « faire rendre gorge à ce dangereux faussaire » de Ouattara.
Les massacres commis lors de ces maudites journées d’octobre 2000 ne furent pas le fait de tirailleurs sénégalais ni de la bande de débiles du général Bigeard mais ils furent commis bel et bien par des gendarmes ou des jeunes "patriotes" qui ne faisaient qu’exécuter une ligne politique prônée au sommet.
Gbagbo "élu" ? Gbagbo "majoritaire" dans cette Côte d’Ivoire d’octobre 2000 ? Encore un autre rappel s’impose pour les historiens d’aujourd’hui. Les résultats du scrutin furent à l’image de cette parodie d’élection.
Laurent Gbagbo a été proclamé président de la République ivoirienne le 26 octobre par le président de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, Tia Koné, un Tia Koné qui validait les résultats publiés par la Commission nationale électorale (CNE). Selon ces résultats, Gbagbo obtint 59,36 % des suffrages au premier tour (1.065.597 voix), contre 32,72 % au général Gueï (587.267 voix). Rien à redire. Sauf que les "majoritaries" furent en fait les abstentionnistes.
La participation ne fut que de 37,42 %, avec 2.049.018 votants sur 5.475.143 inscrits. 254.013 bulletins nuls furent comptabilisés. 63 % d’abstention !
Qui pourrait aujourd’hui admettre avec sincérité que la présidentielle de l’an 2000 qui a porté au pouvoir Laurent Gbagbo fut une élection légitime, "ouverte" et démocratique ?
Laurent Gbagbo peut se targuer d’avoir été "élu" avec 59,36 % des suffrages exprimés, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 5.475.143 d’électeurs inscrits, il n’a obtenu que 1.065.597 voix. A peine 20 % des électeurs inscrits !
Gbagbo, "président légitime" comme aimaient à le rappeler certains, ou Gbagbo "président gagne-petit" ?
Mal élu, Laurent Gbagbo aurait pu profiter de son mandat pour réconcilier les Ivoiriens en pratiquant une franche politique d’ouverture et en associant réellement les frères ennemis du passé à la gestion du pays. Il s’est plutôt acharné dès les premiers mois de son régime à tenter d’enraciner définitivement l’exclusion d’Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne et de réduire à la portion congrue l’électorat potentiel de l’ancien Premier ministre.
La suite, on la connaît aussi. Des législatives de décembre 2000 tronquées, avec une nouvelle fois Ouattara sur la touche, des régionales perdues par le FPI en 2002. Le RDR obtint 27 % des suffrages et se positionna comme le premier parti politique du pays devant le FPI (22 %), et le PDCI (21,31 %).
Mais ces élections donnèrent toute la mesure de ce que peut être le discours d’un "socialiste" en campagne électorale du côté d’Abidjan où l’on a pu entendre le Premier ministre de Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, déclarer : « On évoque des questions de certificat de nationalité. Si vraiment ce sont des problèmes de papiers qui préoccupent certains partis politiques, qu'ils laissent tomber la politique pour créer une ONG de défense des sans papiers, un Rassemblement des sans papiers. » Un discours "fort", avec des arguments électoraux bouleversants à n’en point douter.
La suite et la fin, ce furent la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Et ce coup de force métrite lui aussi que l’on s’y attarde. Dans nombre d’argumentaires avancés aujourd’hui pour soutenir Laurent Gbagbo, on peut entendre que ce coup fut monté par la France de Jacques Chirac pour installer Ouattara au pouvoir. 2010 ne serait qu’un bis repetita de 2002.
Permettez encore une fois d’en douter. Quand les rebelles du MPCI de Guillaume Soro se sont emparés des préfectures et autres sous-préfectures du Nord de la Côte d’Ivoire en septembre 2002, ils y ont découvert des milliers de papiers d’identité qui pourrissaient dans des cartons car jamais distribués aux intéressés. Qui étaient les heureux bénéficiaires de ces papiers retenus en préfectures ? Des Koné, des Coulibaly, avec ou sans "y" à la fin, avec ou sans "k" au début, des Bamba, des Moussa, tous des supposés pro-Ouattara, car l’exclusion du leader entraîna aussi celle de ses supporters. Des centaines de milliers d’Ivoiriens n’étaient plus rien grâce à ce fumeux concept d’Ivoirité applaudi des deux mains par Gbagbo. Plus rien. Sans nationalité et donc sans droit. Pas seulement sans le droit de la voter, sans "droits" tout court. Nous avions rencontré à l’époque un conseiller diplomatique du président du Toumani Touré du Mali, dont l’épouse était Ivoirienne, et par malchance originaire de la ville d’Odiénné. Sans avoir pu faire renouveler ses papiers d’identité, cette femme ne pouvait même plus faire valoir ses simples droits de propriétés en Côte d’Ivoire. L’exclusion, c’était aussi cela. Des milliers de personnes, originaires du Nord de la Côte d’Ivoire ou dont les parents ou grands-parents étaient orginaires des pays limitrophes comme le Mali ou le Burkina Faso, se sont ainsi retrouvés apatrides sans le vouloir. Aussi, ne fallait-il pas s’étonner de voir la formidable symbiose qui prévalait à l’époque entre les rebelles en armes et les populations du Nord de la Côte d’Ivoire. Pas un moustique qui ne soutienne la rébellion, même si cela déplaît à certains. Les motivations des milliers de manifestants dans les rues de Korhogo ou de Bouaké à l’époque étaient à mille lieux de celles supposées de la Françafrique. Ces gens qui soutenaient la rébellion retrouvaient tout simplement leur dignité et leurs sourires retrouvés qui illuminaient leurs visages n’étaient pas motivés par des futurs contrats juteux qu’auraient ourdis à leur insu les mafieux de la Françafrique. Les rebelles du MPCI leur permettaient de ne plus se sentir à l’écart dans un pays où ils vivaient, où ils travaillaient et où ils mourraient sans doute, mais un pays dans lequel ils n’avaient mot à dire dès qu’il s’agissait de politique. En sillonnant le Nord de la Côte d’Ivoire à cette époque, on ne pouvait que s’émouvoir à la vue de ces hommes et de ces femmes redressés parce qu’enfin reconnus comme citoyens à part entière.
Ne pas prendre en compte cet aspect primordial qui a permis à la rébellion de tenir aussi longtemps, et vouloir faire croire que les rebelles du MPCI de Soro furent manipulés par les réseaux chiraquiens pour installer Ouattara au pouvoir est pour le moins réducteur, si ce n’est à mille lieux de la réalité. Quand les vieux des villages du côté de Korhogo ou Ferkessedougou accompagnaient leurs fils qui s’en allaient au combat en montant dans les "bâchés" siglés MPCI pour aller pour défendre Bouaké ou Man, ce n’étaient sûrement pas pour faire plaisir à Martin Bouygues.
Il aura fallu cette guerre, puis dix ans de tractations de réunions, de concertations, de pressions et de médiations pour qu’enfin Gbagbo accepte que Ouattara puisse se présenter aux élections, et dix ans pour qu’une grande partie de la population retrouve ses droits en obtenant des papiers d’identité et une carte d’électeurs.
L’Ivoirité a commencé en 1994 et s’est achevée en 2010. Elle a débuté parce que, arithmétiquement parlant, tout un chacun savait que Ouattara avait toutes les chances d’être président, et elle s’est achevée en 2010 parce que l’arithmétique a démontré à Guy Labertit, l’ancien monsieur Afrique du parti socialiste français, soutien inconditionnel de Laurent Gbagbo, que 2+2 font 4.
Rien de moins, rien de plus.
C’est peut-être regrettable au regard des débats d’idées, navrant pour qui aime les conflits idéologiques, mais c’est ainsi. Et pour ceux qui estimeraient qu’un tel vote, fortement guidé par l’appartenance ethnique ou régionale est détestable, voici quelques extraits de la haute pensée révolutionnaire du camarade socialiste Laurent Gbagbo. Ecartez Sankara, car il pourrait s’agiter dans sa sépulture.
Voici quelques extraits de discours du "révolutionnaire", du "progressiste", du "socialiste" …
Quand c’est Dieu qui décide, alors rien à redire. Discours de Gbagbo au peuple de l’Agneby, lors de la commémoration la troisième année de conflit, le dimanche 02 octobre 2005 :
« Comme ils voient que l’enfant du village voisin a gagné, ils prennent les fusils pour lui faire la guerre. Le fusil ne fait pas partie de la règle du jeu. J’ai dit à un ami d’ADO de dire à ce dernier de venir me remercier parce que sous Bédié, Ouattara était pourchassé pour faux et usage de faux. Il y avait un mandat d’arrêt international contre lui. Et sous Gueï Robert, il lui était interdit de sortir de la Côte d’Ivoire. Je lui ai donné la liberté de voyager, la nationalité et même l’éligibilité. Et au lieu de me remercier, il m’attaque. C’est pourquoi, il ne gagnera jamais. Parce que c’est injuste, or Dieu n’aime pas cela. »
Toujours le même jour, mais un peu trop "matérialiste dialectique" à notre goût :
« Nous sommes 17 millions d’habitants. Si c’est moi qui suis Président de la République, cela veut dire quelque chose spirituellement. Il faut se mettre à la hauteur de ce choix spirituel et laisser des traces que le Plus Haut attend de moi. C’est parce que ces traces sont importantes que le diable se débat, comme il le fait actuellement. Mais nous nous battrons et nous gagnerons parce que nous avons raison. »
Discours de Gbagbo face aux populations du V Baoulé, le vendredi 26 août 2005. Là, c’est un Gbagbo à deux doigt du trotskisme qui parle :
« Je ne suis pas de ceux qui veulent gouverner des cimetières. Je veux gouverner des hommes, donc, il faut que les hommes vivent.
Et puis, je suis un croyant. Quant tu regardes dans la Bible, Jésus est allé au cimetière deux fois. Une fois, pour ressusciter Lazare et une autre fois pour être lui-même enterré et ressuscité. Il a toujours été pour la vie. Quand tu regardes tous les miracles de Jésus, c’est pour rendre la santé aux gens et leur donner à manger. La politique pour moi doit consister à donner la santé et la nourriture aux gens. »
Le même jour, à propos des rebelles et de leur supposé mentor, Ouattara :
« Vous enterrez des bœufs, depuis trois ans contre quelqu’un. Mais tous les matins, ce dernier se réveille en pleine forme. Comprenez que le Dieu qu’il prie tous les matins et soirs avant de dormir est plus fort que vous, que ce Dieu n’est pas dans vos affaires de sacrifices. »
Et encore le même jour. Comment développer une région ? Tout simple, il suffit d’appeler Israël à la rescousse … :
« Comment a-t-on pu laisser des régions du centre et du Nord sans développement agricole ? J’ai déjà contacté des Israéliens. Je vais développer le Centre et le Nord du pays. Je vous donne ce pari. Je vous donne ce rendez-vous. C’est pourquoi j’en appelle à la paix et à la réconciliation.
Allons à la paix.
Je vous remercie.
Que Dieu vous bénisse ! »
Une réflexion de Gbagbo sur les rapports entre monarchie et démocratie. Sankara en aurait été jaloux, lui qui n’avait de cesse de dénoncer et de vouloir lutter contre « les forces rétrogrades qui tirent leur puissance des structures traditionnelles de type féodal de notre société ».
Pour Gbagbo, cela donne ceci, à l’occasion du 15ème anniversaire de l’intronisation du Roi de Moossou, Nanan Assoumou Kanga, le 06 mai 2006, à Grand-Bassam :
« En théorie, entre la Monarchie et la République, il existe des contradictions. Mais en pratique, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, il n’existe pas de contradiction. C’est pourquoi aucun Président de la République, depuis Houphouët Boigny jusqu’à Laurent Gbagbo, n’a pensé à casser ces monarchies, puisqu’elles n’ont jamais gêné la République. Je voulais le dire haut et fort qu’en Côte d’Ivoire il n’y a pas de contradiction entre les Monarchies et la République. »
Ou encore, histoire de préciser sa pensée révolutionnaire :
« Je vais faire une petite réflexion sur la notion du Pouvoir parce qu’il y en a qui n’ont pas compris grand-chose en Côte d’Ivoire. Moi, j’ai souvent observé et étudié les monarchies en Afrique.
En Afrique la personne qu’un monarque place à ses côtés, c’est quelqu’un qui ne peut pas être roi. C’est quelqu’un qui ne peut donc pas faire un coup d’Etat parce que lui-même, dans son essence, ne peut pas être roi. »
Une très fine allusion au fait qu’Houphouët-Boigny avait pris Ouattara comme Premier ministre. Trop profond Gbagbo pour l’édification des masses ! Un Gbagbo qui conclut ce jour-là magistralement :
« Les gens ne savent pas que c’est Dieu qui donne le pouvoir. C’est la règle constitutionnelle de la monarchie Abouré qui a permis à Nanan Kanga Assoumou d’être le roi du peuple Ehê de Moossou, du point de vue de la famille de sa mère. Mais Il est venu, il est assis là. Si on ne veut pas respecter les lois qu’on se donne soi-même, on sort en ridicule. »
Avec Gbagbo, la politique, c’est tout simple. Au 19ème jour de l’insurrection, alors qu’il pense que son armée va reprendre la ville de Bouaké aux mains des rebelles, le mardi 8 octobre 2002, il s’adresse à la Nation. Une analyse magistrale de la crise, à faire rougir de honte Lumumba :
« Que le Dieu tout-puissant qui nous a créés et qui a mis chacun à sa place. Que le Dieu tout-puissant qui fait la paix, qui fait aussi la guerre, que le Dieu tout-puissant qui sait tout ce qui s’est passé et tout ce qui arrive, qu’il bénisse la Côte d’Ivoire et qu’il nous libère des méchants. » Ah, si seulement Lumumba avait pensé à invoquer Dieu en janvier 1961 pour vaincre les "méchants".
Toutefois, quand il y va de son intérêt, Gbagbo se souvient que "socialisme" peut parfois rimer avec "internationalisme" », comme dans son discours au peuple de l’Agneby après trois ans de conflit, le dimanche 2 octobre 2005 :
« Nous travaillons pour la Côte d’Ivoire, mais au-delà de notre pays, nous travaillons pour toute l’Afrique. C’est pourquoi je vous appelle à rester dignes de l’Afrique et à rester debout. C’est pourquoi j’appelle aussi tous les dirigeants de l’Afrique libre, démocrate et progressiste à se dresser et à prendre position pour la Côte d’Ivoire. Le Seigneur a commencé son œuvre. Lentement mais sûrement, nous avançons. »
Laissons Dieu à ses affaires et plongeons-nous dans le vaste programme du camarde Gbagbo en ce qui concerne l’émancipation féminine. Là, il vaut mieux éloigner les petites filles !
« Femmes, ne soyez pas paresseuses ! Je parle aux femmes, d’abord, parce qu’elles ont demandé à venir me voir et ensuite, parce que je sais que dans un endroit, quand les femmes sont courageuses, les choses marchent.
Dans un foyer, il se peut que l’homme soit paresseux. Mais, si la femme se bat, les enfants réussiront.
Moi, mon papa m’a dit ce que je devais devenir. Mais, c’est ma mère qui, chaque jour, allait au champ, cassait le bois… pour avoir un peu d’argent.
Il faut travailler. Quand vous avez des enfants, vous avez un devoir vis-à-vis d’eux. Et votre devoir, c’est leur réussite. Tant qu’ils n’ont pas réussi, c’est vous qui avez échoué.
Un enfant délinquant qu’on arrête, c’est l’échec de la famille. Donc, c’est l’échec de la femme. Faites en sorte que vos enfants aient le minimum. Même si vous n’êtes pas riches, au moins, ils peuvent courir pour venir à la maison, manger un morceau de pain, un peu d’attiéké, boire un peu d’eau. » (Extrait de son discours prononcé le 29 mars 2007 devant les femmes Sakassou en pays Baoulé)
Sankara, lui, pensait ainsi : « Femme-source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi. Taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-confluent mais femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine.
Pilier du bien-être familial, elle est accoucheuse, laveuse, balayeuse, cuisinière, messagère, matrone, cultivatrice, guérisseuse, maraîchère, pileuse, vendeuse, ouvrière. Elle est une force de travail à l’outil désuet, cumulant des centaines de milliers d’heures pour des rendements désespérants. »
Il ajoutait même : « Rouées et brimées, les femmes, nos soeurs et nos épouses, paient pour avoir donné la vie. Socialement reléguées au troisième rang, après l’homme et l’enfant, elles paient pour entretenir la vie. Ici aussi, un Tiers Monde est arbitrairement arrêté pour dominer, pour exploiter. »
(Extrait d’un discours prononcé par Sankara le 8 mars 1987, intitulé « La libération de la femme : une exigence du futur », prononcé à l’occasion de la Journée de la femme)
Un Sankara, qui ne croyait pas forcément aux vertus du « si la femme se bat, les enfants réussiront » de Gbagbo et qui ajoutait même : « Dominée et transférée d’une tutelle protectrice exploiteuse à une tutelle dominatrice et davantage exploiteuse, première à la tâche et dernière au repos, première au puits et au bois, au feu du foyer mais dernière à étancher ses soifs, autorisée à manger que seulement quand il en reste ; et après l’homme, clé de voûte de la famille, tenant sur ses épaules, dans ses mains et par son ventre cette famille et la société, la femme est payée en retour d’idéologie nataliste oppressive, de tabous et d’interdits alimentaires, de surcroît de travail, de malnutrition, de grossesses dangereuses, de dépersonnalisation et d’innombrables autres maux qui font de la mortalité maternelle une des tares les plus intolérables, les plus indicibles, les plus honteuses de notre société. (…)
Scolarisées deux fois moins que les hommes, analphabètes à 99 pour cent, peu formées aux métiers, discriminées dans l’emploi, limitées aux fonctions subalternes, harcelées et congédiées les premières, les femmes, sous les poids de cent traditions et de mille excuses ont continué de relever les défis successifs. Elles devaient rester actives, coûte que coûte, pour les enfants, pour la famille et pour la société. Au travers de mille nuits sans aurores. »
Faignante la femme ivoirienne ? Peut-être et même parfois frivole car non mariée. Inadmissible pour le "progressiste" Gbagbo. Là, n’écartez personne mais accrochez-vous car c’est du sévère, ça touche aux fondamentaux de toute société :
« Mesdames, chères amies, ne mentez pas. Ne mentez pas à vos supérieurs. Cela va vous coûter cher quelquefois. Mais, si vous voulez que la Côte d’Ivoire soit debout, ne mentez, ni sur les chiffres, ni sur la situation des individus. Si on vous demande par exemple la situation matrimoniale d’une femme que vous proposez à une promotion, et que vous dites qu’elle est mariée alors qu’elle est célibataire, vous allez pousser le Président à prendre une fausse décision. Parce qu’il y a, certes, des postes pour lesquels il a besoin de femmes célibataires. Mais il y a des postes pour lesquels il a nécessairement besoin de femmes mariées. Quand les autres Etats me soumettent une proposition d’Ambassadeur à accréditer auprès de la Côte d’Ivoire, la première question que je pose, est celle de savoir s’il est marié ou pas. Il n’y a rien de plus neutre qu’un Curriculum Vitae. Donc, il faut chercher au-delà des CV. Si on me dit que la personne à accréditer est célibataire, je dis au Ministre des Affaires Etrangères que je n’en veux pas. C’est un des critères importants sur lesquels je m’appuie. Il faut être socialement intégré pour représenter un pays. Il faut être socialement accompli, assis. Mais, si on me ment sur cela, je vais prendre une décision qui n’est pas conforme avec ma manière de voir le poste d’Ambassadeur. Parce que je n’ai pas les moyens de vérifier. C’est cela, l’Administration. »
(Discours de Gbagbo a l’occasion de l’investiture officielle du Bureau exécutif national du Réseau ivoirien des femmes administrateurs (Rifemad), le 2 juin 2008)
Et qu’en pensait Sankara de ces femmes de peu de vertu qui ne voient pas dans le mariage le nec plus ultra de la réussite sociale ? Ceci :
« Rien d’étonnant alors que, dans sa phase conquérante, le capitalisme, pour lequel les êtres humains n’étaient que des chiffres, ait été le système économique qui a exploité la femme avec le plus de cynisme et le plus de raffinement. C’était le cas, rapporte-t-on, chez ce fabricant de l’époque, qui n’employait que des femmes à ses métiers à tisser mécaniques. Il donnait la préférence aux femmes mariées et parmi elles, à celles qui avaient à la maison de la famille à entretenir, parce qu’elles montraient beaucoup plus d’attention et de docilité que les célibataires. Elles travaillaient jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour procurer aux leurs les moyen subsistance indispensables.
C’est ainsi que les qualités propres de la femme sont faussées à son détriment, et tous les éléments moraux et délicats de sa nature deviennent des moyens de l’asservir. Sa tendresse, l’amour de la famille, la méticulosité qu’elle apporte à son oeuvre sont utilisés contre elle, tout en se parant contre les défauts qu’elle peut avoir. »
Et Sankara osait même ajouter à propos des femmes libres :
« Non ! il nous faut redire à nos soeurs que le mariage, s’il n’apporte rien à la société et s’il ne les rend pas heureuses, n’est pas indispensable, et doit même être évité. Au contraire, montrons-leur chaque jour les exemples de pionnières hardies et intrépides qui dans leur célibat, avec ou sans enfants, sont épanouies et radieuses pour elles, débordantes de richesses et de disponibilité pour les autres. Elles sont même enviées par les mariées malheureuses pour les sympathies qu’elles soulèvent, le bonheur qu’elles tirent de leur liberté, de leur dignité et de leur serviabilité.
Les femmes ont suffisamment fait la preuve de leurs capacités à entretenir une famille, à élever des enfants, à être en un mot responsables sans l’assujettissement tutélaire d’un homme. La société a suffisamment évolué pour que cesse le bannissement injuste de la femme sans mari. Révolutionnaires, nous devons faire en sorte que le mariage soit un choix valorisant et non pas cette loterie où l’on sait ce que l’on dépense au départ mais rien de ce que l’on va gagner. Les sentiments sont trop nobles pour tomber sous le coup du ludisme. »
Gbagbo, un frein à la voracité du capitalisme ?
Gbagbo progressiste à tout crin comme on vient de le voir, ne serait-il pas aussi tant décrié par l’Occident parce qu’il veut faire bouger les lignes de la mondialisation, résister à la pieuvre capitaliste occidentale ? C’est du moins ce que pensent certains. D’autres, les Bouygues (SODECI- pour l’eau, CIE pour l’électricité mais aussi concessionnaire de la centrale thermique Ciprel et avec EDF de la centrale thermique d’Azito), les Bolloré (concessionnaire du port d'Abidjan par la SETV, mainmise sur le chemin de fer par la Sitarail), France Telecom (leader de son secteur d'activité avec Orange-CI), la Société Générale, Total (actionnaire majoritaire de la Société ivoirienne de raffinage et qui gère quelque 160 stations service dans le pays), sans oublier le viniassier Castel, pardon le spiritueux Castel ou la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille associée à la Sofreavia qui a la concession de l’aéroport international d’Abidjan, ou encore la CFAO-Pinault dans la distribution, AXA, leader du secteur assurance, la Compagnie Fruitière et sa filiale SCB qui rafle 65 % du marché de la banane et 29 % du marché de l’ananas en Côte d’Ivoire, sans oublier toutes les filiales du groupe BGI (Société des Brasseries et Glacières Internationales) que sont la Solibra (limonade et brasserie), la Sadem (eaux minérales) et Sucaf (le sucre), et même la Cipharm (filiale d’Aventis et de Sanofi-Synthélabo), première productrice de médicaments génériques, des médicaments qu’il faut bien faire distribuer par Laborex, Copharmed (Groupe CFAO) ou DPCI (filiale de CERP Bretagne Nord), eux, doivent bien sourire. On vous épargne les projets pharaoniques et inutiles de Yamoussoukro confiés pour la plupart à des groupes français.
Alors, oui, n’ayons pas peur des mots : en cela Gbagbo fut un bien beau révolutionnaire des années 2000. L’économie française a du mal à s’en remettre …
Si Mugabe fut en butte et l’est encore avec le monde occidental, c’est parce que, lui, a fait bouger les lignes, parce qu’il a tenté de mettre fin à une situation injuste et ignoble issue d’un siècle de colonisation raciste et cupide, en voulant récupérer les terres volées et accaparées par les colons blancs. Gbagbo ne joue pas dans la même cour que Mugabe.
Mugabe a fait vingt ans de guerre, passé une bonne dizaine d’années en prison, touché de la kalache. Gbagbo a fait six mois de prison puis passé quelques années d’exil chez son ami Guy Labertit en France. Gbagbo Mugabe même combat ? Ces deux-là ne sont pas du même bois, ils n’ont pas la même écorce. La détestation des Blancs chez Mugabe n’est pas due au racisme, elle est due à ce que les Blancs ont fait au Zimbabwe et aux Zimbabwéens. D’où provient la haine de Gbagbo vis-à-vis de Ouattara ? Six mois de prison en 1992 ? Suffisant pour vouloir rayer de la carte "Côte d’Ivoire" plus du tiers des habitants en leur déniant le droit de se revendiquer "Ivoiriens" ? Pure farce.
Le socialiste français Roland Dumas, qui vole aujourd’hui au secours de Gbagbo, pourrait lui raconter une bien belle histoire que celle de son ancien camarade de parti aujourd’hui décédé, Raymond Forni, fils d’Italiens qui n’est devenu français qu’à l’âge de 17 ans et à qui l’on confia le troisième poste de l’Etat français, en l’occurrence la présidence de l’Assemblée nationale entre 2000 et 2002. Qu’aurait pensé monsieur Roland Dumas si, à l’Assemblée, sur les bancs du RPR de l’époque, l’on s’était mis à hurler : « Rital, dehors ! »
Socialisme rime-t-il avec crimes odieux ?
Comment, pour finir, ne rappeler sommairement le bilan "humain" des dix ans du régime de Gbagbo ! Ce fut un véritable jeu de massacres. On a tué de mille manières, en mille occasions, et en règle générale des pauvres hères qui n’avaient pas l’heur de plaire au régime : des civils, des "étrangers", des "non-autochtones" …
Dès son arrivée au pouvoir, Thomas Sankara, dans son premier discours « Discours d’orientation politique », prononcé le 2 octobre 1983, aborda la question des rivalités ethniques et l’usage que l’on en faire ainsi :
« Une des préoccupations essentielles du CNR, c’est l’union des différentes nationalités que compte la Haute-Volta dans la lutte commune contre les ennemis de notre révolution. Il existe en effet dans notre pays, une multitude d’ethnies se distinguant les unes des autres par leur langue et leurs coutumes. C’est l’ensemble de ces nationalités qui forment la nation voltaïque. L’impérialisme dans sa politique de diviser pour régner, s’est évertué à exacerber les contradictions entre elles, pour les dresser les unes contre les autres. La politique du CNR visera à l’union de ces différentes nationalités pour qu’elles vivent dans l’égalité et jouissent des mêmes chances de réussite. »
Gbagbo aborda le problème tout autrement. Les tueries ont commencé dès le lendemain de son élection, quand les sympathisants de Ouattara ont réclamé dans la rue la reprise de la présidentielle avec tous les candidats dignes de ce statut. Entre le 24 et le 27 octobre 2000, des centaines de Dioulas, de Musulmans, de "Nordistes" ou tout simplement des Etrangers ont été tués, qui à l’arme blanche, qui par les forces de l’ordre, qui arrêtés sur dénonciations. Laurent Gbagbo stabilisait son nouveau pouvoir d’une bien étrange manière.
En septembre 2001, les autorités ont publié un bilan officiel de ces violences : 303 morts, 65 disparus et 1.546 des blessés.
Il y eut aussi un charnier, le fameux « charnier de Yopougon », mais point d’enquête internationale. Une instruction ivoirienne aboutit des mois plus tard à un non-lieu pour un petit groupe de gendarmes mis en cause dans cette affaire. Pourquoi se gêner ?
Un mois plus tard, en novembre 2000, la répression qui frappa à nouveau les partisans d’Alassane Ouattara qui réclamaient cette fois que leur leader puisse être candidat aux élections législatives fut encore sanglante. On a dénombré entre les 4, 5 et 6 décembre, à la suite des violents affrontements entre partisans de Ouattara et forces de l’ordre, au moins 20 morts et des centaines d’arrestations à l’issue desquelles les pauvres gars sortaient des commissariats ou de l’école de police d’Abidjan dans un triste état.
Le Comité international de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge ivoirienne ont secouru 256 blessés pendant ces trois jours.
Amnesty International estima que « Parmi les personnes arrêtées, certaines sont des prisonniers d'opinion, détenues uniquement en raison de leur origine étrangère ou de leurs sympathies supposées pour le RDR. » Des représentants d’Amnesty International qui avaient visité l’école de police, y virent une trentaine de détenus sanguinolents portant « des traces visibles de brûlures ».
Des témoignages concordants ont fait état à l’époque de viols de femmes arrêtées à l’Ecole de police, par des policiers ou par des "civils anti-RDR".L’Association ivoirienne des droits des femmes (AIDF) avait enregistré au moins 10 cas de femmes violées à cette Ecole de police et Gbagbo lui-même dut même ordonner une enquête sur ces allégations. Résultat de l’enquête menée par l'Inspecteur général des services de police, Kouadio N'Goran : « Aucun cas de viol n'a été signalé comme ayant eu lieu à l'Ecole nationale de police. » Simone Gbagbo déclara à propos de ces femmes violées qu’elles « n'avaient pas à être sur les lieux de manifestations. » …
Le 26 décembre, des gendarmes ont exécuté Bakary Kaba, 60 ans, en présence de sa femme et de ses enfants. Pas de chance, il était Dioula. Pas d’enquête …
Le même jour, c’est Babou Coulibaly, membre du secrétariat particulier de Ouattara qui est battu à mort par des éléments de la Garde présidentielle.
Et toujours le 26 décembre, c’est un certain Jean-Claude Lama, âgé de 16 ans, qui est lui aussi battu à mort dans les locaux de l’Ecole de Police. Une enquête conclura qu’il s’est "suicidé".
Fin 2002, après le déclenchement de la rébellion, les tueries reprennent de plus belle, mais cette fois dans l’ombre avec l’entrée en scène des escadrons de la mort.
Le 18 octobre, deux personnes sont tuées par des hommes en uniforme à Abidjan lors de l’enterrement d’un membre de la famille d’un haut responsable du RDR.
Le 8 novembre, c’est le Dr Benoît Dacoury-Tabley qui est retrouvé mort, criblé de onze balles. Il avait été enlevé par trois hommes se présentant comme des membres des forces de l’ordre dans la clinique où il exerçait. Son frère aîné, Louis-André Dacoury-Tabley, ancien compagnon de route de Gbagbo, venait d’annoncer la veille son ralliement à la rébellion du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI).
Fin novembre, le corps d’Emile Téhé, président d’un petit parti d’opposition, le Mouvement Patriote ivoirien, est retrouvé criblé de balles dans une forêt à Abidjan après son arrestation par des gendarmes.
Mi-décembre, deux responsables d’un mouvement de jeunesse fondé par le défunt général Gueï, l’Union pour la paix et la démocratie en Côte d’Ivoire (UDPCI), Souleymane Coulibaly et Souhalio sont retrouvés tués de plusieurs balles près d’une semaine après leur enlèvement à Abidjan par des hommes armés en civil.
Le 6 janvier 2003, l’imam de M’pouto, Mahmoud Samassi, est assassiné devant son appartement à Cocody par 4 individus armés.
Camara H., comédien et militant du RDR de Ouattara, est retrouvé mort le matin du dimanche 2 février à Abidjan après avoir été “arrêté” la veille par des “hommes en uniforme”.
Dans les quartiers populaires d’Abidjan, on rasa aussi gratis. Des hommes armés vinrent de nuit dans les bidonvilles, et, après avoir frappé aux portes et menacé les habitants, mettaient le feu aux maisons. Gbagbo ne faisait que de se protéger contre d’éventuelles caches d’armes …
Le Bureau pour la Coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) s’insurgea et publia un rapport accablant sur ces exactions dans les quartiers pauvres de la banlieue d’Abidjan. Selon ce document daté du 31 janvier, des « hommes en tenue militaire ont fait irruption dans la nuit du 27 au 28 janvier dans le quartier Abdoulaye Diallo où ils ont brutalisé la population et mis le feu à une cinquantaine de maisons du quartier ».
Les dignitaires musulmans furent aussi les cibles favorites des Escadrons de la mort. Mahamoud Samassi, tué le 6 janvier 2003, Mohamed Lamine Sangaré, tué le 19 février 2003 ou encore Fanny Mory, prédicateur, tué le 20 février 2003.
Faut-il oublier le massacre de Bangolo (ouest de la Côte d'Ivoire) qui a fait au moins 60 victimes, hommes et femmes confondus, au mois de mai 2003, et qui a été commis par des miliciens se réclamant du gouvernement ivoirien, qui ont reconnu appartenir à une force de supplétifs libériens, les Guérés ?
La réponse de Gbagbo a toutes ces tueries ? « La Côte d'Ivoire n'est pas gouvernée par un assassin. Je n'ai jamais tué quelqu'un. Ma femme n'a jamais tué quelqu'un. »
Emile Téhé, retrouvé criblé de balles le 2 novembre 2002 à Abidjan ? « Il ne représentait rien au plan politique, il n'a jamais été élu nulle part, même pas conseiller municipal. Quel intérêt Gbagbo Laurent, président de la République, a-t-il à tuer Téhé Emile ? ».
L'assassinat du Dr Benoît Dacoury-Tabley ? « En quoi sa vie est-elle gênante pour le président de la République et son épouse ? En rien du tout. »
Le meurtre de Camara Yéréfé, dit "H" ? « Je ne le connais même pas, je ne l'ai jamais vu (...). On m'a dit qu'il était acteur et qu'il faisait des sketches à la télé. Quel est le mobile ? »
A qui profite le crime alors ? Réponse de Gbagbo : « C'est toujours les mêmes qui découvrent les crimes, je trouve que c'est suspect (...). C'est toujours un gars du MPCI ou du RDR qui annonce la mort. » Et le même dans la foulée : « Je suis un combattant, je me battrai contre les gens du mal. S'ils me cherchent, ils me trouveront (...). Je vais les piétiner pour qu'ils comprennent que je suis là. »
12 octobre 2003, cette fois ce sont des Bété, l’ethnie de Gbagbo qui s’en prennent à des Maliens, dans le village de Mahinadopa proche de Gagnoa. Bilan : plusieurs morts, des dizaines de maisons brûlées, 500 Maliens expulsés du village.
11 décembre 2003, des fusillades entre des forces de l'ordre et des hommes en armes dans la nuit à Abidjan, font 20 morts. Les "assaillants" auraient été des jeunes patriotes placés sous la houlette d’Eugène Djué. Une enquête sera ouverte pour n’aboutir à rien.
Près d’une vingtaine d’étrangers aux yeux des populations autochtones sont massacrés à la mi-janvier 2004 par des miliciens locaux dans le Grand Ouest en guise d’avertissement contre leur présence jugée inopportune dans les plantations de cacao. Burkinabé, Guinéens et Baoulés ont été tués à coups de machettes ou de balles de kalachnikov. Pour Alan Bledoh, porte-parole des rebelles ivoiriens du Front de libération du Grand Ouest (FLGO), ces exécutions sont un « avertissement ». « Ces attaques ont pour but de défendre les populations locales, mais comme les Burkinabé se montraient menaçants et ne voulaient pas laisser leur terre, on a voulu leur donner une leçon. », dira-t-il.
Le bain de sang des 24 et 25 mars 2004
Une marche pacifique organisée par l’opposition est mâtée dans le sang par un déploiement sans précédent de forces armées à Abidjan. Le bilan est lourd : 37 morts de source officielle, 200 morts selon le Mouvement ivoirien des droits de l’Homme (MIDH) tandis que l’opposition a parlé de 350 à 500 morts.
De nombreuses personnes auraient été tuées, non du fait de la répression de la manifestation proprement dite, mais lors d’exactions nocturnes postérieures. Militaires et policiers ont opéré des exécutions sommaires aux domiciles mêmes de supposés sympathisants du RDR.
Le jeudi 25 mars, les forces de l’ordre et l’armée ivoiriennes ont bouclé Abidjan avant l’aube, déployant blindés, hélicoptères et avions de combat pour empêcher toute manifestation. Les forces françaises et ouest-africaines déployées sous mandat de l’Onu ne sont pas intervenues alors que les exactions commises ont duré au moins jusqu’au 27 mars.
Pour se disculper, le ministre ivoirien de la Sécurité, Martin Bléou, a attribué ces exactions à des « forces parallèles en uniforme ».
Les tueries ont lieu aussi dans le sens contraire, mais comment en serait-il autrement vu la passivité complice du pouvoir ? Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, à Duékoué, des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants de l'ethnie locale des Guérés sont été tués par balles, à l'arme blanche ou brûlés vifs par des assaillants non identifiés, probablement des Dozos, les chasseurs traditionnels du Nord de la Côte d’Ivoire. Le lendemain, des actes de vengeance commencent et une douzaine de Dioulas sont assassinés à coups de couteaux, de barres de fer et de bâtons.
Le 16 juin 2005, toujours en représailles, Samba Samalaye, un bijoutier sénégalais, est assassiné par des miliciens toujours à Duékoué.
Faut-il aussi mettre au crédit du "progressiste" Gbagbo la tentative d’ivoirisation des emplois menée en février 2004 par les ministres FPI de la Fonction publique, Hubert Oulaye, et celui de l’Economie et des Finances, Paul Bohoun Bouabré, une politique qui aurait rendu jaloux Le Pen ?
Une bien belle mesure de gauche que celle-là selon laquelle toute vacance de poste dans une entreprise ivoirienne devait désormais « faire l’objet d’une publication » pendant deux mois auprès des organismes de placement agrées par l’Etat et qui imposait aussi que « toute demande de visa de contrat au profit d’un travailleur non ivoirien soit accompagnée d’un plan d’ivoirisation du poste, approuvé par le ministre en charge de l’emploi ». Adopté par un arrêté ministériel, cette mesure foulait du pied le traité de l’UEMOA (Union Economique et monétaire ouest-africaine), dont l’article 91, ratifié le 29 janvier 2003, instaura « l’abolition entre les ressortissants des Etats membres de toute discrimination fondée sur la nationalité, en ce qui concerne la recherche et l’exercice d’un emploi. » Le rapporteur pour les droits de l’homme de l’ONU, le Sénégalais Douddou Dienne s’en émut. Devant le tollé général et sous-régional provoqué par cette mesure, elle fut retirée, mais elle eut le mérite d’exister pur tout ceux qui ne sauraient pas ce que "socialisme" veut dire du côté de la Lagune d’Ebrié.
Arrêtons-là ce tour d’horizon du personnage. Oui, Bouygues et consorts nous insupportent, ici comme ailleurs. Oui, nous avons envie de pleurer quand un sans-papiers préfère se noyer en se jetant dans la Marne du côté de Joinville-le-Pont pour fuir des flics de France qui font du chiffre. Oui, nous détestons tout cela aussi, comme nous détestons le nationalisme exacerbé et tous les morts inutiles qu’il a toujours engendrés. En tout temps et partout.
Author: Philippe Cartero
Source: AgoraVox, du lundi 3 janvier 2011
Depuis le début de la crise politique engendrée par l’obstination de Laurent Gbagbo à s’accrocher au pouvoir, certaines voix s’élèvent pour le défendre, non pas tant d’un point de vue formel quant aux résultats réels de l’élection présidentielle, mais parce que Gbagbo serait l’un des derniers ou bien le tout nouveau "résistant" à la domination du monde occidental. Ce sont la plupart du temps des hommes de gauche voire des " révolutionnaires anti-capitalistes " et autres altermondialistes qui montent au créneau pour défendre le présumé "socialiste", avec des arguments qui puisent dans les coups tordus des 50 années de la "Françafrique" ou qui piochent dans l’histoire du continent africain.
Maître Vergès frappe à la tombe du général Bigeard en invoquant Diên Biên Phú. Le Suisse tiers-mondiste Jean Ziegler se joint à un "appel" d’autoproclamés "intellectuels" qui osent la comparaison avec le destin tragique de Patrice Lumumba en 1960, comparant même les forces de l’Ecomog aux tirailleurs sénégalais de l’époque coloniale.
Le Sénégalais Amath Dansokho, leader du Parti de l’Indépendance et du travail (PIT) invoque lui les immenses richesses minières de l’Afrique et estime que « c’est là qu’il faut rechercher les causes des guerres ».
La détestation du fait colonial et les cris de révolte naturels qu’engendrent les coups tordus du néocolonialisme font-ils de Gbagbo un leader "progressiste" comme le furent des Lumumba ou des Sankara ?
Honnir le sarkozisme et Sarkozy lui-même n’implique pas de détester le vélo parce que Sarkozy aime enfourcher sa bicyclette de temps à autres.
Hélas, mille fois hélas, Gbagbo n’est ni Sankara, ni Lumumba et encore moins Mugabe ! Et il y a fort à parier que les révolutionnaires des années 60, panafricanistes dans l’âme, auraient vomi le Gbagbo ultranationaliste des années 2000, un Gbagbo qui a usé, abusé et exacerbé la xénophobie malheureusement solidement incrustée dans l’esprit de beaucoup.
Sur le fond comme sur la forme, Gbagbo n’est en rien révolutionnaire et encore moins l’un des derniers remparts contre la voracité du capitalisme.
Sur la forme d’abord. Et en premier lieu, sur ses prestations électorales. Amath Dansokho tient pour argument que « Laurent Gbagbo avait été élu en 2000 et reconnu par la communauté internationale. Jusqu’au coup d’État manqué de 2002, fomenté par des officiers travaillant pour Ouattara, qui n’en était pas à son premier coup. » « Tout cela, on l’oublie », ajoute ce monsieur au demeurant très respectable comme le sont Vergès, Ziegler et d’autres.
Gbagbo n’a jamais été élu président de la République, ou du moins n’a jamais été élu à l’occasion d’une élection normale, et monsieur Dansokho le sait bien, lui qui n’a jamais cessé de se battre pour la transparence et la régularité des élections dans son pays le Sénégal. Les défenseurs de Gbagbo d’aujourd’hui oublient eux aussi bien vite dans quelles conditions, à la fois scandaleuses, puis ignobles, Gbagbo a gravi les marches du palais présidentiel en octobre 2000. Un petit rappel bien nécessaire s’impose.
Quand Houphouët-Boigny décède en 1993, personne n’a jamais remis en cause la nationalité d’Alassane Ouattara, et personne n’a jamais évoqué le fumeux concept d’Ivoirité. Le problème électoral dénoncé par Gbagbo sous le régime d’Houphouët était celui du vote des étrangers. C’est Henri Konan Bédié qui mit ce concept d’Ivoirité sur la table pour une simple et unique raison : sa faiblesse électorale à venir.
La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la règle qui prévaut quasiment dans toute l’Afrique, règle qui veut que les populations ne votent pas sur un programme mais pour un leader, et en premier lieu parce que ce leader est le représentant d’une ethnie ou d’une région, voire d’une religion. Les Fons du Bénin ont toujours voté les yeux fermés et voteront toujours même la tête recouverte d’un sac en toile de jute pour Nicéphore Soglo ; les côtiers et autres Ewe du Togo ont toujours voté les yeux bandés pour Gilchrist Olympio ; Savimbi et l’UNITA angolaise ont forgé leur base au sein des populations Ovimbundu. Point barre.
Et quand l’importance de l’ethnie est réduite comme au Sénégal, alors c’est la caste ou la confrérie religieuse qui prend le dessus. Qui n’a pas l’onction de l’une ou l’autre des deux grandes confréries religieuses, Mourides ou Tidjane, peut rester chez lui le jour d’un scrutin. Qu’a fait Abdoulaye dès le lendemain de sa première élection à la présidence en l’an 2000 ? Il a foncé à Touba, siège de la confrérie Mouride, pour y préparer les législatives à venir.
Et si d’aucuns contestent cette analyse, qu’ils aillent assister à une campagne électorale à Conakry, où la division ethnique des quartiers de la capitale de Guinée entre Peuls, Susu et Malinkés offrent de visu ce qui sortira des urnes à chaque élection.
Les rares exceptions - il y en a - ont lieu quand le phénomène de rejet du président sortant est plus fort que le lien créé par l’appartenance ethnique. Ainsi, l’opposant John Fru Ndi au Cameroun, quand il créa son parti le Social Democratic Front (SDF) en 1990, eut le privilège d’élargir sa base électorale bien au-delà de sa région d’origine (l’Ouest anglophone en l’occurrence pour Fru Ndi), tant le rejet de Paul Biya, un francophone, était fort dans ce pays.
Pour le reste, il suffit de connaître les statistiques sur les composantes ethniques d’un pays pour connaître les grandes tendances des résultats qui sortiront des urnes.
Aussi, quand Bédié va devoir passer par le suffrage universel en 1995 pour légitimer son pouvoir, il a toutes les raisons du monde d’être inquiet : Alassane Ouattara, qui a créé son parti le Rassemblement des Républicains (RDR), a toutes les chances de remporter la présidentielle à venir, son électorat potentiel étant essentiellement composé des populations issues du Nord de la Côte d’Ivoire et à majorité musulmane. Et ces populations sont - qu’on le veuille ou non - majoritaires dans le pays.
Des statistiques des années 95-98 estimaient les populations Akan (supposé favorable à Bédié) à 42,1 %, les Krou (avec entre autres les Bété, l’ethnie de Gbagbo) à 12,7 %, les Mandé du Nord (supposé pro-Ouattara) à 16,5 %, les Voltaïques (aussi supposés pro-Ouattara) à 17,6 %, et les Dan du Sud (proches du Liberia) à 10 %. Une calculette en main, Ouattara pouvait espérer rafler près de 45 % de l’électorat en incluant les naturalisés qui totalisait à l’époque environ 85 000 personnes.
D’autres statistiques faisaient état de la prédominance des Musulmans avec environ 38 %, suivis des chrétiens (32 %) et des animistes (12 %).
Le concept d’Ivoirité créé par Bédié n’avait qu’une visée électorale : écarter Ouattara de toute compétition et entraîner dans la foulée l’abstinence forcée de son électorat. Le résultat de cette politique est connu : boycott de la présidentielle de 1995 par le Front républicain dans lequel se battaient côte à côte le RDR de Ouattara et le FPI (Front populaire ivoirien) de Gbagbo. Puis le coup d’Etat de Noël 1999 qui aurait pu ou qui aurait dû replacer Ouattara dans le jeu électoral. Il n’en fut rien. L’apprenti putschiste que fut le général Gueï a cru un temps lui aussi en son "destin national" et, de concert avec Gbagbo, il fit voter une réforme constitutionnelle en juillet 2000 qui écartait de nouveau Ouattara de toute élection.
Ce denier a pourtant appelé à voter "oui" à ce référendum constitutionnel, nous dira-t-on ! Oui, et c’est là sans doute une faute majeure qu’il a commise, croyant que l’article 35 du projet de constitution imposant à tout candidat d’être né de père "ou" de mère ivoirienne ne s’appliquerait pas à sa personne, étant persuadé que la justice reconnaîtrait in fine sa nationalité d’Ivoirien.
Mieux encore, car on oublie aussi un peu vite la grosse entourloupe commise par le général Gueï, qui modifia le 17 juillet et par décret cet article 35, alors que la campagne électorale pour ce référendum était déjà lancée. Gueï prit sa plume ce jour-là pour tout simplement rayer le "ou" et le remplacer par un "et", histoire de mettre quelques bâtons supplémentaires dans les roues de Ouattara.
Gbagbo le "légaliste pointilleux" d’aujourd’hui ne pipa mot, guère scandalisé de voir un projet constitutionnel modifié à la va-vite par le stylo présidentiel, alors que la campagne électorale était déjà lancée et que les leaders politiques s’étaient déjà prononcés pour un projet qui fut modifié en cours de route. Le droit, rien que le droit répète aujourd’hui à l’envi Laurent Gbagbo qui s’accommoda fort bien en ce mois de juillet 2000 d’un droit allégrement bafoué. On ne peut pas être légaliste tout le temps.
Et puisque l’objet de cet article porte sur les convictions de Gbagbo, rappelons aussi qu’à l’époque des voix - réellement internationalistes et de gauche - s’élevaient contre cette réforme constitutionnelle.
En juillet 2000, quand Gbagbo, "l’homme de gauche", n’avait rien à redire sur cette réforme constitutionnelle xénophobe, d’autres s’indignaient comme le professeur Samba Diarra, auteur des "Faux complots d'Houphouët-Boigny", qui écrivit, dans le quotidien Le Jour, que d’avoir remplacé le "ou" par le "et", maudite conjonction de coordination, « constitutionnalise l'exclusion de millions de métis ivoiro-étrangers que compte la population ivoirienne, en ces temps d'union africaine et de mondialisation ».
D’autres voix s’élevèrent comme ce collectif d'ONG opposées à l'exclusion - "Tous ivoiriens", "Génération" et "SOS exclusion" - qui estimèrent qu'avec ce projet de constitution « les Ivoiriens ne sont plus égaux, des millions d'entre eux seront désormais considérés comme des sous-citoyens, exactement comme l'étaient les noirs face aux blancs sous le régime d'apartheid de l'Afrique du Sud ».
Une autre organisation dénommée "Sang pour sang" qui regroupait des métis de Côte d'Ivoire appela à voter non, estimant que « dire non à ce texte c'est dire oui à l'égalité des droits et devoirs pour tous les Ivoiriens ». Ces Ong révoltées par ce concept d’Ivoirité étaient-elles les suppôts du capitalisme ? La cinquième colonne de la Françafrique ? Permettez d’en douter.
Un autre rappel s’impose. En ce mois de juillet 2000, quand on entérinait par référendum constitutionnel la ségrégation ethnique dans son pays, où était-il passé le Gbagbo qui, le 11 décembre 1994 précisément, déclarait à propos de Ouattara que « Cet homme est donc né de père et de mère ivoiriens. » ?
En ce dimanche de décembre 1994 et pour la première fois depuis l'avènement du multipartisme en Côte d'Ivoire en 1990, l'ensemble des leaders de l'opposition se retrouvaient côte à côte à la tribune du stade Champroux à Abidjan lors d’un meeting devant dix mille personnes. A la tribune, Bamba Moriféré, président de l'Union des Forces démocratiques (UFD), Djény Kobina du Rassemblement des Républicains (RDR) et un certain Laurent Gbagbo, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI).
Un Gbagbo qui clama à la foule : « S'ils ne veulent pas tricher, pourquoi ont-ils peur d'une commission électorale indépendante ? (…) Si c'est ADO qu'ils visent, ils se trompent car l'histoire viendra au secours du droit. »
Un Gbagbo précis comme un clerc de notaire qui lança à la foule : « ADO est né en 1942 à Dimbokro. Sa mère vient d'Odienné, en Côte d'Ivoire et son père est né dans la région de Banfora (au sud de l'actuel Burkina Faso). Mais, à ce que je sache, jusqu'en 1960, la Côte d'Ivoire partait d'Abidjan jusqu'à Ouagadougou. Cet homme est donc né de père et de mère ivoiriens. »
Bamba Moriféré, qui applaudissait des deux mains ce jour-là à la tribune, homme de gauche s’il en est et qu’Amath Dansokho doit bien connaître, était-il lui aussi déjà une marionnette de la Françafrique ?
Au lendemain des résultats de ce référendum constitutionnel de juillet 2000 (86,53 % de "oui"), le quotidien Notre Voie, l’organe du FPI de Laurent Gbagbo, titra en Une : « Oui massif pour la 2ème République. Les Ivoiriens désavouent Dramane Ouattara. » On ne pouvait être plus clair quant à la finalité de cet amendement constitutionnel qui ne visait qu’une seule personne, en l’occurrence Ouattara et lui seul.
A l’inverse, le journal Le Patriote, proche d’ADO, titra : « Fin de course pour Dramane. A présent le RDR peut faire son deuil de l'ambition présidentielle. »
C’est en ce mois de juillet 2000 que Gbagbo a enfourché le cheval de l’Ivoirité, et sans aucun scrupule, uniquement pour arriver au pouvoir, appliquant à la lettre la méthode Bédié de 1995. Ouattara, futur écarté de l’élection présidentielle à venir, Bédié l’était déjà, la junte ayant lancé contre lui un mandat d'arrêt international pour "détournement de fonds publics".
La suite, on la connaît. Octobre 2000, se tient donc une élection présidentielle avec seulement deux candidats car l’on n’oserait faire injure à Francis Wodié, Théodore Mel Eg et Nicolas Dioulo, en faisant mine de croire qu’ils prirent au sérieux leur candidature. Gueï contre Gbagbo, rien d’autres. Que monsieur Dansokho nous dise ce qu’il penserait d’une élection présidentielle au Sénégal où ne seraient en lice qu’Abdoulaye Wade et Idrissa Seck ?
Avant le scrutin, Gbagbo avait prévenu : « Je ne suis pas candidat au poste de Premier ministre. Je suis candidat au poste de président de la République. »
Il avait aussi tenu à préciser en quoi il était "socialiste" : A la veille du scrutin du 22 octobre, il déclara : « Au FPI, nous avons estimé que le poste de président de la République n'est pas un poste pour des retraités hauts fonctionnaires d'autres pays ... Ce n'est pas une prise de position contre un musulman, contre un homme du nord. Les socialistes ne sont pas laxistes, ils sont aussi patriotes. »
Le socialisme se résumant pour Gbagbo au patriotisme, la chasse aux Mossis put donc passer pour un acte d’engagement politique …
Après la mobilisation populaire lancée par le FPI de Gbagbo pour empêcher Robert Gueï de se proclamer vainqueur de cette présidentielle, Ouattara décida le 25 octobre de lancer lui aussi ses partisans dans la rue pour réclamer un nouveau scrutin. L'affaire tourna vite à l'affrontement, à une guerre inter ethnique avec des relents religieux, plusieurs mosquées étant la cible d'attaques.
« Qu'un sang impur abreuve nos sillons » semblait donc être le mot d’ordre des nervis lancés dans la rue par le FPI pour asseoir Gbagbo au pouvoir. Dans les rues d’Abidjan, ce n’est pas l’Internationale que l’on chantait mais « Alassane, Burkinabé, va dans ton pays » ou encore : « Burkinabé, on veut pas ! ». Rien d’étonnant. Avant le scrutin et après le référendum, un éditorialiste de Notre Voie, le quotidien du FPI, avait appelé à « faire rendre gorge à ce dangereux faussaire » de Ouattara.
Les massacres commis lors de ces maudites journées d’octobre 2000 ne furent pas le fait de tirailleurs sénégalais ni de la bande de débiles du général Bigeard mais ils furent commis bel et bien par des gendarmes ou des jeunes "patriotes" qui ne faisaient qu’exécuter une ligne politique prônée au sommet.
Gbagbo "élu" ? Gbagbo "majoritaire" dans cette Côte d’Ivoire d’octobre 2000 ? Encore un autre rappel s’impose pour les historiens d’aujourd’hui. Les résultats du scrutin furent à l’image de cette parodie d’élection.
Laurent Gbagbo a été proclamé président de la République ivoirienne le 26 octobre par le président de la chambre constitutionnelle de la cour suprême, Tia Koné, un Tia Koné qui validait les résultats publiés par la Commission nationale électorale (CNE). Selon ces résultats, Gbagbo obtint 59,36 % des suffrages au premier tour (1.065.597 voix), contre 32,72 % au général Gueï (587.267 voix). Rien à redire. Sauf que les "majoritaries" furent en fait les abstentionnistes.
La participation ne fut que de 37,42 %, avec 2.049.018 votants sur 5.475.143 inscrits. 254.013 bulletins nuls furent comptabilisés. 63 % d’abstention !
Qui pourrait aujourd’hui admettre avec sincérité que la présidentielle de l’an 2000 qui a porté au pouvoir Laurent Gbagbo fut une élection légitime, "ouverte" et démocratique ?
Laurent Gbagbo peut se targuer d’avoir été "élu" avec 59,36 % des suffrages exprimés, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 5.475.143 d’électeurs inscrits, il n’a obtenu que 1.065.597 voix. A peine 20 % des électeurs inscrits !
Gbagbo, "président légitime" comme aimaient à le rappeler certains, ou Gbagbo "président gagne-petit" ?
Mal élu, Laurent Gbagbo aurait pu profiter de son mandat pour réconcilier les Ivoiriens en pratiquant une franche politique d’ouverture et en associant réellement les frères ennemis du passé à la gestion du pays. Il s’est plutôt acharné dès les premiers mois de son régime à tenter d’enraciner définitivement l’exclusion d’Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne et de réduire à la portion congrue l’électorat potentiel de l’ancien Premier ministre.
La suite, on la connaît aussi. Des législatives de décembre 2000 tronquées, avec une nouvelle fois Ouattara sur la touche, des régionales perdues par le FPI en 2002. Le RDR obtint 27 % des suffrages et se positionna comme le premier parti politique du pays devant le FPI (22 %), et le PDCI (21,31 %).
Mais ces élections donnèrent toute la mesure de ce que peut être le discours d’un "socialiste" en campagne électorale du côté d’Abidjan où l’on a pu entendre le Premier ministre de Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, déclarer : « On évoque des questions de certificat de nationalité. Si vraiment ce sont des problèmes de papiers qui préoccupent certains partis politiques, qu'ils laissent tomber la politique pour créer une ONG de défense des sans papiers, un Rassemblement des sans papiers. » Un discours "fort", avec des arguments électoraux bouleversants à n’en point douter.
La suite et la fin, ce furent la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Et ce coup de force métrite lui aussi que l’on s’y attarde. Dans nombre d’argumentaires avancés aujourd’hui pour soutenir Laurent Gbagbo, on peut entendre que ce coup fut monté par la France de Jacques Chirac pour installer Ouattara au pouvoir. 2010 ne serait qu’un bis repetita de 2002.
Permettez encore une fois d’en douter. Quand les rebelles du MPCI de Guillaume Soro se sont emparés des préfectures et autres sous-préfectures du Nord de la Côte d’Ivoire en septembre 2002, ils y ont découvert des milliers de papiers d’identité qui pourrissaient dans des cartons car jamais distribués aux intéressés. Qui étaient les heureux bénéficiaires de ces papiers retenus en préfectures ? Des Koné, des Coulibaly, avec ou sans "y" à la fin, avec ou sans "k" au début, des Bamba, des Moussa, tous des supposés pro-Ouattara, car l’exclusion du leader entraîna aussi celle de ses supporters. Des centaines de milliers d’Ivoiriens n’étaient plus rien grâce à ce fumeux concept d’Ivoirité applaudi des deux mains par Gbagbo. Plus rien. Sans nationalité et donc sans droit. Pas seulement sans le droit de la voter, sans "droits" tout court. Nous avions rencontré à l’époque un conseiller diplomatique du président du Toumani Touré du Mali, dont l’épouse était Ivoirienne, et par malchance originaire de la ville d’Odiénné. Sans avoir pu faire renouveler ses papiers d’identité, cette femme ne pouvait même plus faire valoir ses simples droits de propriétés en Côte d’Ivoire. L’exclusion, c’était aussi cela. Des milliers de personnes, originaires du Nord de la Côte d’Ivoire ou dont les parents ou grands-parents étaient orginaires des pays limitrophes comme le Mali ou le Burkina Faso, se sont ainsi retrouvés apatrides sans le vouloir. Aussi, ne fallait-il pas s’étonner de voir la formidable symbiose qui prévalait à l’époque entre les rebelles en armes et les populations du Nord de la Côte d’Ivoire. Pas un moustique qui ne soutienne la rébellion, même si cela déplaît à certains. Les motivations des milliers de manifestants dans les rues de Korhogo ou de Bouaké à l’époque étaient à mille lieux de celles supposées de la Françafrique. Ces gens qui soutenaient la rébellion retrouvaient tout simplement leur dignité et leurs sourires retrouvés qui illuminaient leurs visages n’étaient pas motivés par des futurs contrats juteux qu’auraient ourdis à leur insu les mafieux de la Françafrique. Les rebelles du MPCI leur permettaient de ne plus se sentir à l’écart dans un pays où ils vivaient, où ils travaillaient et où ils mourraient sans doute, mais un pays dans lequel ils n’avaient mot à dire dès qu’il s’agissait de politique. En sillonnant le Nord de la Côte d’Ivoire à cette époque, on ne pouvait que s’émouvoir à la vue de ces hommes et de ces femmes redressés parce qu’enfin reconnus comme citoyens à part entière.
Ne pas prendre en compte cet aspect primordial qui a permis à la rébellion de tenir aussi longtemps, et vouloir faire croire que les rebelles du MPCI de Soro furent manipulés par les réseaux chiraquiens pour installer Ouattara au pouvoir est pour le moins réducteur, si ce n’est à mille lieux de la réalité. Quand les vieux des villages du côté de Korhogo ou Ferkessedougou accompagnaient leurs fils qui s’en allaient au combat en montant dans les "bâchés" siglés MPCI pour aller pour défendre Bouaké ou Man, ce n’étaient sûrement pas pour faire plaisir à Martin Bouygues.
Il aura fallu cette guerre, puis dix ans de tractations de réunions, de concertations, de pressions et de médiations pour qu’enfin Gbagbo accepte que Ouattara puisse se présenter aux élections, et dix ans pour qu’une grande partie de la population retrouve ses droits en obtenant des papiers d’identité et une carte d’électeurs.
L’Ivoirité a commencé en 1994 et s’est achevée en 2010. Elle a débuté parce que, arithmétiquement parlant, tout un chacun savait que Ouattara avait toutes les chances d’être président, et elle s’est achevée en 2010 parce que l’arithmétique a démontré à Guy Labertit, l’ancien monsieur Afrique du parti socialiste français, soutien inconditionnel de Laurent Gbagbo, que 2+2 font 4.
Rien de moins, rien de plus.
C’est peut-être regrettable au regard des débats d’idées, navrant pour qui aime les conflits idéologiques, mais c’est ainsi. Et pour ceux qui estimeraient qu’un tel vote, fortement guidé par l’appartenance ethnique ou régionale est détestable, voici quelques extraits de la haute pensée révolutionnaire du camarade socialiste Laurent Gbagbo. Ecartez Sankara, car il pourrait s’agiter dans sa sépulture.
Voici quelques extraits de discours du "révolutionnaire", du "progressiste", du "socialiste" …
Quand c’est Dieu qui décide, alors rien à redire. Discours de Gbagbo au peuple de l’Agneby, lors de la commémoration la troisième année de conflit, le dimanche 02 octobre 2005 :
« Comme ils voient que l’enfant du village voisin a gagné, ils prennent les fusils pour lui faire la guerre. Le fusil ne fait pas partie de la règle du jeu. J’ai dit à un ami d’ADO de dire à ce dernier de venir me remercier parce que sous Bédié, Ouattara était pourchassé pour faux et usage de faux. Il y avait un mandat d’arrêt international contre lui. Et sous Gueï Robert, il lui était interdit de sortir de la Côte d’Ivoire. Je lui ai donné la liberté de voyager, la nationalité et même l’éligibilité. Et au lieu de me remercier, il m’attaque. C’est pourquoi, il ne gagnera jamais. Parce que c’est injuste, or Dieu n’aime pas cela. »
Toujours le même jour, mais un peu trop "matérialiste dialectique" à notre goût :
« Nous sommes 17 millions d’habitants. Si c’est moi qui suis Président de la République, cela veut dire quelque chose spirituellement. Il faut se mettre à la hauteur de ce choix spirituel et laisser des traces que le Plus Haut attend de moi. C’est parce que ces traces sont importantes que le diable se débat, comme il le fait actuellement. Mais nous nous battrons et nous gagnerons parce que nous avons raison. »
Discours de Gbagbo face aux populations du V Baoulé, le vendredi 26 août 2005. Là, c’est un Gbagbo à deux doigt du trotskisme qui parle :
« Je ne suis pas de ceux qui veulent gouverner des cimetières. Je veux gouverner des hommes, donc, il faut que les hommes vivent.
Et puis, je suis un croyant. Quant tu regardes dans la Bible, Jésus est allé au cimetière deux fois. Une fois, pour ressusciter Lazare et une autre fois pour être lui-même enterré et ressuscité. Il a toujours été pour la vie. Quand tu regardes tous les miracles de Jésus, c’est pour rendre la santé aux gens et leur donner à manger. La politique pour moi doit consister à donner la santé et la nourriture aux gens. »
Le même jour, à propos des rebelles et de leur supposé mentor, Ouattara :
« Vous enterrez des bœufs, depuis trois ans contre quelqu’un. Mais tous les matins, ce dernier se réveille en pleine forme. Comprenez que le Dieu qu’il prie tous les matins et soirs avant de dormir est plus fort que vous, que ce Dieu n’est pas dans vos affaires de sacrifices. »
Et encore le même jour. Comment développer une région ? Tout simple, il suffit d’appeler Israël à la rescousse … :
« Comment a-t-on pu laisser des régions du centre et du Nord sans développement agricole ? J’ai déjà contacté des Israéliens. Je vais développer le Centre et le Nord du pays. Je vous donne ce pari. Je vous donne ce rendez-vous. C’est pourquoi j’en appelle à la paix et à la réconciliation.
Allons à la paix.
Je vous remercie.
Que Dieu vous bénisse ! »
Une réflexion de Gbagbo sur les rapports entre monarchie et démocratie. Sankara en aurait été jaloux, lui qui n’avait de cesse de dénoncer et de vouloir lutter contre « les forces rétrogrades qui tirent leur puissance des structures traditionnelles de type féodal de notre société ».
Pour Gbagbo, cela donne ceci, à l’occasion du 15ème anniversaire de l’intronisation du Roi de Moossou, Nanan Assoumou Kanga, le 06 mai 2006, à Grand-Bassam :
« En théorie, entre la Monarchie et la République, il existe des contradictions. Mais en pratique, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, il n’existe pas de contradiction. C’est pourquoi aucun Président de la République, depuis Houphouët Boigny jusqu’à Laurent Gbagbo, n’a pensé à casser ces monarchies, puisqu’elles n’ont jamais gêné la République. Je voulais le dire haut et fort qu’en Côte d’Ivoire il n’y a pas de contradiction entre les Monarchies et la République. »
Ou encore, histoire de préciser sa pensée révolutionnaire :
« Je vais faire une petite réflexion sur la notion du Pouvoir parce qu’il y en a qui n’ont pas compris grand-chose en Côte d’Ivoire. Moi, j’ai souvent observé et étudié les monarchies en Afrique.
En Afrique la personne qu’un monarque place à ses côtés, c’est quelqu’un qui ne peut pas être roi. C’est quelqu’un qui ne peut donc pas faire un coup d’Etat parce que lui-même, dans son essence, ne peut pas être roi. »
Une très fine allusion au fait qu’Houphouët-Boigny avait pris Ouattara comme Premier ministre. Trop profond Gbagbo pour l’édification des masses ! Un Gbagbo qui conclut ce jour-là magistralement :
« Les gens ne savent pas que c’est Dieu qui donne le pouvoir. C’est la règle constitutionnelle de la monarchie Abouré qui a permis à Nanan Kanga Assoumou d’être le roi du peuple Ehê de Moossou, du point de vue de la famille de sa mère. Mais Il est venu, il est assis là. Si on ne veut pas respecter les lois qu’on se donne soi-même, on sort en ridicule. »
Avec Gbagbo, la politique, c’est tout simple. Au 19ème jour de l’insurrection, alors qu’il pense que son armée va reprendre la ville de Bouaké aux mains des rebelles, le mardi 8 octobre 2002, il s’adresse à la Nation. Une analyse magistrale de la crise, à faire rougir de honte Lumumba :
« Que le Dieu tout-puissant qui nous a créés et qui a mis chacun à sa place. Que le Dieu tout-puissant qui fait la paix, qui fait aussi la guerre, que le Dieu tout-puissant qui sait tout ce qui s’est passé et tout ce qui arrive, qu’il bénisse la Côte d’Ivoire et qu’il nous libère des méchants. » Ah, si seulement Lumumba avait pensé à invoquer Dieu en janvier 1961 pour vaincre les "méchants".
Toutefois, quand il y va de son intérêt, Gbagbo se souvient que "socialisme" peut parfois rimer avec "internationalisme" », comme dans son discours au peuple de l’Agneby après trois ans de conflit, le dimanche 2 octobre 2005 :
« Nous travaillons pour la Côte d’Ivoire, mais au-delà de notre pays, nous travaillons pour toute l’Afrique. C’est pourquoi je vous appelle à rester dignes de l’Afrique et à rester debout. C’est pourquoi j’appelle aussi tous les dirigeants de l’Afrique libre, démocrate et progressiste à se dresser et à prendre position pour la Côte d’Ivoire. Le Seigneur a commencé son œuvre. Lentement mais sûrement, nous avançons. »
Laissons Dieu à ses affaires et plongeons-nous dans le vaste programme du camarde Gbagbo en ce qui concerne l’émancipation féminine. Là, il vaut mieux éloigner les petites filles !
« Femmes, ne soyez pas paresseuses ! Je parle aux femmes, d’abord, parce qu’elles ont demandé à venir me voir et ensuite, parce que je sais que dans un endroit, quand les femmes sont courageuses, les choses marchent.
Dans un foyer, il se peut que l’homme soit paresseux. Mais, si la femme se bat, les enfants réussiront.
Moi, mon papa m’a dit ce que je devais devenir. Mais, c’est ma mère qui, chaque jour, allait au champ, cassait le bois… pour avoir un peu d’argent.
Il faut travailler. Quand vous avez des enfants, vous avez un devoir vis-à-vis d’eux. Et votre devoir, c’est leur réussite. Tant qu’ils n’ont pas réussi, c’est vous qui avez échoué.
Un enfant délinquant qu’on arrête, c’est l’échec de la famille. Donc, c’est l’échec de la femme. Faites en sorte que vos enfants aient le minimum. Même si vous n’êtes pas riches, au moins, ils peuvent courir pour venir à la maison, manger un morceau de pain, un peu d’attiéké, boire un peu d’eau. » (Extrait de son discours prononcé le 29 mars 2007 devant les femmes Sakassou en pays Baoulé)
Sankara, lui, pensait ainsi : « Femme-source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi. Taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-confluent mais femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine.
Pilier du bien-être familial, elle est accoucheuse, laveuse, balayeuse, cuisinière, messagère, matrone, cultivatrice, guérisseuse, maraîchère, pileuse, vendeuse, ouvrière. Elle est une force de travail à l’outil désuet, cumulant des centaines de milliers d’heures pour des rendements désespérants. »
Il ajoutait même : « Rouées et brimées, les femmes, nos soeurs et nos épouses, paient pour avoir donné la vie. Socialement reléguées au troisième rang, après l’homme et l’enfant, elles paient pour entretenir la vie. Ici aussi, un Tiers Monde est arbitrairement arrêté pour dominer, pour exploiter. »
(Extrait d’un discours prononcé par Sankara le 8 mars 1987, intitulé « La libération de la femme : une exigence du futur », prononcé à l’occasion de la Journée de la femme)
Un Sankara, qui ne croyait pas forcément aux vertus du « si la femme se bat, les enfants réussiront » de Gbagbo et qui ajoutait même : « Dominée et transférée d’une tutelle protectrice exploiteuse à une tutelle dominatrice et davantage exploiteuse, première à la tâche et dernière au repos, première au puits et au bois, au feu du foyer mais dernière à étancher ses soifs, autorisée à manger que seulement quand il en reste ; et après l’homme, clé de voûte de la famille, tenant sur ses épaules, dans ses mains et par son ventre cette famille et la société, la femme est payée en retour d’idéologie nataliste oppressive, de tabous et d’interdits alimentaires, de surcroît de travail, de malnutrition, de grossesses dangereuses, de dépersonnalisation et d’innombrables autres maux qui font de la mortalité maternelle une des tares les plus intolérables, les plus indicibles, les plus honteuses de notre société. (…)
Scolarisées deux fois moins que les hommes, analphabètes à 99 pour cent, peu formées aux métiers, discriminées dans l’emploi, limitées aux fonctions subalternes, harcelées et congédiées les premières, les femmes, sous les poids de cent traditions et de mille excuses ont continué de relever les défis successifs. Elles devaient rester actives, coûte que coûte, pour les enfants, pour la famille et pour la société. Au travers de mille nuits sans aurores. »
Faignante la femme ivoirienne ? Peut-être et même parfois frivole car non mariée. Inadmissible pour le "progressiste" Gbagbo. Là, n’écartez personne mais accrochez-vous car c’est du sévère, ça touche aux fondamentaux de toute société :
« Mesdames, chères amies, ne mentez pas. Ne mentez pas à vos supérieurs. Cela va vous coûter cher quelquefois. Mais, si vous voulez que la Côte d’Ivoire soit debout, ne mentez, ni sur les chiffres, ni sur la situation des individus. Si on vous demande par exemple la situation matrimoniale d’une femme que vous proposez à une promotion, et que vous dites qu’elle est mariée alors qu’elle est célibataire, vous allez pousser le Président à prendre une fausse décision. Parce qu’il y a, certes, des postes pour lesquels il a besoin de femmes célibataires. Mais il y a des postes pour lesquels il a nécessairement besoin de femmes mariées. Quand les autres Etats me soumettent une proposition d’Ambassadeur à accréditer auprès de la Côte d’Ivoire, la première question que je pose, est celle de savoir s’il est marié ou pas. Il n’y a rien de plus neutre qu’un Curriculum Vitae. Donc, il faut chercher au-delà des CV. Si on me dit que la personne à accréditer est célibataire, je dis au Ministre des Affaires Etrangères que je n’en veux pas. C’est un des critères importants sur lesquels je m’appuie. Il faut être socialement intégré pour représenter un pays. Il faut être socialement accompli, assis. Mais, si on me ment sur cela, je vais prendre une décision qui n’est pas conforme avec ma manière de voir le poste d’Ambassadeur. Parce que je n’ai pas les moyens de vérifier. C’est cela, l’Administration. »
(Discours de Gbagbo a l’occasion de l’investiture officielle du Bureau exécutif national du Réseau ivoirien des femmes administrateurs (Rifemad), le 2 juin 2008)
Et qu’en pensait Sankara de ces femmes de peu de vertu qui ne voient pas dans le mariage le nec plus ultra de la réussite sociale ? Ceci :
« Rien d’étonnant alors que, dans sa phase conquérante, le capitalisme, pour lequel les êtres humains n’étaient que des chiffres, ait été le système économique qui a exploité la femme avec le plus de cynisme et le plus de raffinement. C’était le cas, rapporte-t-on, chez ce fabricant de l’époque, qui n’employait que des femmes à ses métiers à tisser mécaniques. Il donnait la préférence aux femmes mariées et parmi elles, à celles qui avaient à la maison de la famille à entretenir, parce qu’elles montraient beaucoup plus d’attention et de docilité que les célibataires. Elles travaillaient jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour procurer aux leurs les moyen subsistance indispensables.
C’est ainsi que les qualités propres de la femme sont faussées à son détriment, et tous les éléments moraux et délicats de sa nature deviennent des moyens de l’asservir. Sa tendresse, l’amour de la famille, la méticulosité qu’elle apporte à son oeuvre sont utilisés contre elle, tout en se parant contre les défauts qu’elle peut avoir. »
Et Sankara osait même ajouter à propos des femmes libres :
« Non ! il nous faut redire à nos soeurs que le mariage, s’il n’apporte rien à la société et s’il ne les rend pas heureuses, n’est pas indispensable, et doit même être évité. Au contraire, montrons-leur chaque jour les exemples de pionnières hardies et intrépides qui dans leur célibat, avec ou sans enfants, sont épanouies et radieuses pour elles, débordantes de richesses et de disponibilité pour les autres. Elles sont même enviées par les mariées malheureuses pour les sympathies qu’elles soulèvent, le bonheur qu’elles tirent de leur liberté, de leur dignité et de leur serviabilité.
Les femmes ont suffisamment fait la preuve de leurs capacités à entretenir une famille, à élever des enfants, à être en un mot responsables sans l’assujettissement tutélaire d’un homme. La société a suffisamment évolué pour que cesse le bannissement injuste de la femme sans mari. Révolutionnaires, nous devons faire en sorte que le mariage soit un choix valorisant et non pas cette loterie où l’on sait ce que l’on dépense au départ mais rien de ce que l’on va gagner. Les sentiments sont trop nobles pour tomber sous le coup du ludisme. »
Gbagbo, un frein à la voracité du capitalisme ?
Gbagbo progressiste à tout crin comme on vient de le voir, ne serait-il pas aussi tant décrié par l’Occident parce qu’il veut faire bouger les lignes de la mondialisation, résister à la pieuvre capitaliste occidentale ? C’est du moins ce que pensent certains. D’autres, les Bouygues (SODECI- pour l’eau, CIE pour l’électricité mais aussi concessionnaire de la centrale thermique Ciprel et avec EDF de la centrale thermique d’Azito), les Bolloré (concessionnaire du port d'Abidjan par la SETV, mainmise sur le chemin de fer par la Sitarail), France Telecom (leader de son secteur d'activité avec Orange-CI), la Société Générale, Total (actionnaire majoritaire de la Société ivoirienne de raffinage et qui gère quelque 160 stations service dans le pays), sans oublier le viniassier Castel, pardon le spiritueux Castel ou la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille associée à la Sofreavia qui a la concession de l’aéroport international d’Abidjan, ou encore la CFAO-Pinault dans la distribution, AXA, leader du secteur assurance, la Compagnie Fruitière et sa filiale SCB qui rafle 65 % du marché de la banane et 29 % du marché de l’ananas en Côte d’Ivoire, sans oublier toutes les filiales du groupe BGI (Société des Brasseries et Glacières Internationales) que sont la Solibra (limonade et brasserie), la Sadem (eaux minérales) et Sucaf (le sucre), et même la Cipharm (filiale d’Aventis et de Sanofi-Synthélabo), première productrice de médicaments génériques, des médicaments qu’il faut bien faire distribuer par Laborex, Copharmed (Groupe CFAO) ou DPCI (filiale de CERP Bretagne Nord), eux, doivent bien sourire. On vous épargne les projets pharaoniques et inutiles de Yamoussoukro confiés pour la plupart à des groupes français.
Alors, oui, n’ayons pas peur des mots : en cela Gbagbo fut un bien beau révolutionnaire des années 2000. L’économie française a du mal à s’en remettre …
Si Mugabe fut en butte et l’est encore avec le monde occidental, c’est parce que, lui, a fait bouger les lignes, parce qu’il a tenté de mettre fin à une situation injuste et ignoble issue d’un siècle de colonisation raciste et cupide, en voulant récupérer les terres volées et accaparées par les colons blancs. Gbagbo ne joue pas dans la même cour que Mugabe.
Mugabe a fait vingt ans de guerre, passé une bonne dizaine d’années en prison, touché de la kalache. Gbagbo a fait six mois de prison puis passé quelques années d’exil chez son ami Guy Labertit en France. Gbagbo Mugabe même combat ? Ces deux-là ne sont pas du même bois, ils n’ont pas la même écorce. La détestation des Blancs chez Mugabe n’est pas due au racisme, elle est due à ce que les Blancs ont fait au Zimbabwe et aux Zimbabwéens. D’où provient la haine de Gbagbo vis-à-vis de Ouattara ? Six mois de prison en 1992 ? Suffisant pour vouloir rayer de la carte "Côte d’Ivoire" plus du tiers des habitants en leur déniant le droit de se revendiquer "Ivoiriens" ? Pure farce.
Le socialiste français Roland Dumas, qui vole aujourd’hui au secours de Gbagbo, pourrait lui raconter une bien belle histoire que celle de son ancien camarade de parti aujourd’hui décédé, Raymond Forni, fils d’Italiens qui n’est devenu français qu’à l’âge de 17 ans et à qui l’on confia le troisième poste de l’Etat français, en l’occurrence la présidence de l’Assemblée nationale entre 2000 et 2002. Qu’aurait pensé monsieur Roland Dumas si, à l’Assemblée, sur les bancs du RPR de l’époque, l’on s’était mis à hurler : « Rital, dehors ! »
Socialisme rime-t-il avec crimes odieux ?
Comment, pour finir, ne rappeler sommairement le bilan "humain" des dix ans du régime de Gbagbo ! Ce fut un véritable jeu de massacres. On a tué de mille manières, en mille occasions, et en règle générale des pauvres hères qui n’avaient pas l’heur de plaire au régime : des civils, des "étrangers", des "non-autochtones" …
Dès son arrivée au pouvoir, Thomas Sankara, dans son premier discours « Discours d’orientation politique », prononcé le 2 octobre 1983, aborda la question des rivalités ethniques et l’usage que l’on en faire ainsi :
« Une des préoccupations essentielles du CNR, c’est l’union des différentes nationalités que compte la Haute-Volta dans la lutte commune contre les ennemis de notre révolution. Il existe en effet dans notre pays, une multitude d’ethnies se distinguant les unes des autres par leur langue et leurs coutumes. C’est l’ensemble de ces nationalités qui forment la nation voltaïque. L’impérialisme dans sa politique de diviser pour régner, s’est évertué à exacerber les contradictions entre elles, pour les dresser les unes contre les autres. La politique du CNR visera à l’union de ces différentes nationalités pour qu’elles vivent dans l’égalité et jouissent des mêmes chances de réussite. »
Gbagbo aborda le problème tout autrement. Les tueries ont commencé dès le lendemain de son élection, quand les sympathisants de Ouattara ont réclamé dans la rue la reprise de la présidentielle avec tous les candidats dignes de ce statut. Entre le 24 et le 27 octobre 2000, des centaines de Dioulas, de Musulmans, de "Nordistes" ou tout simplement des Etrangers ont été tués, qui à l’arme blanche, qui par les forces de l’ordre, qui arrêtés sur dénonciations. Laurent Gbagbo stabilisait son nouveau pouvoir d’une bien étrange manière.
En septembre 2001, les autorités ont publié un bilan officiel de ces violences : 303 morts, 65 disparus et 1.546 des blessés.
Il y eut aussi un charnier, le fameux « charnier de Yopougon », mais point d’enquête internationale. Une instruction ivoirienne aboutit des mois plus tard à un non-lieu pour un petit groupe de gendarmes mis en cause dans cette affaire. Pourquoi se gêner ?
Un mois plus tard, en novembre 2000, la répression qui frappa à nouveau les partisans d’Alassane Ouattara qui réclamaient cette fois que leur leader puisse être candidat aux élections législatives fut encore sanglante. On a dénombré entre les 4, 5 et 6 décembre, à la suite des violents affrontements entre partisans de Ouattara et forces de l’ordre, au moins 20 morts et des centaines d’arrestations à l’issue desquelles les pauvres gars sortaient des commissariats ou de l’école de police d’Abidjan dans un triste état.
Le Comité international de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge ivoirienne ont secouru 256 blessés pendant ces trois jours.
Amnesty International estima que « Parmi les personnes arrêtées, certaines sont des prisonniers d'opinion, détenues uniquement en raison de leur origine étrangère ou de leurs sympathies supposées pour le RDR. » Des représentants d’Amnesty International qui avaient visité l’école de police, y virent une trentaine de détenus sanguinolents portant « des traces visibles de brûlures ».
Des témoignages concordants ont fait état à l’époque de viols de femmes arrêtées à l’Ecole de police, par des policiers ou par des "civils anti-RDR".L’Association ivoirienne des droits des femmes (AIDF) avait enregistré au moins 10 cas de femmes violées à cette Ecole de police et Gbagbo lui-même dut même ordonner une enquête sur ces allégations. Résultat de l’enquête menée par l'Inspecteur général des services de police, Kouadio N'Goran : « Aucun cas de viol n'a été signalé comme ayant eu lieu à l'Ecole nationale de police. » Simone Gbagbo déclara à propos de ces femmes violées qu’elles « n'avaient pas à être sur les lieux de manifestations. » …
Le 26 décembre, des gendarmes ont exécuté Bakary Kaba, 60 ans, en présence de sa femme et de ses enfants. Pas de chance, il était Dioula. Pas d’enquête …
Le même jour, c’est Babou Coulibaly, membre du secrétariat particulier de Ouattara qui est battu à mort par des éléments de la Garde présidentielle.
Et toujours le 26 décembre, c’est un certain Jean-Claude Lama, âgé de 16 ans, qui est lui aussi battu à mort dans les locaux de l’Ecole de Police. Une enquête conclura qu’il s’est "suicidé".
Fin 2002, après le déclenchement de la rébellion, les tueries reprennent de plus belle, mais cette fois dans l’ombre avec l’entrée en scène des escadrons de la mort.
Le 18 octobre, deux personnes sont tuées par des hommes en uniforme à Abidjan lors de l’enterrement d’un membre de la famille d’un haut responsable du RDR.
Le 8 novembre, c’est le Dr Benoît Dacoury-Tabley qui est retrouvé mort, criblé de onze balles. Il avait été enlevé par trois hommes se présentant comme des membres des forces de l’ordre dans la clinique où il exerçait. Son frère aîné, Louis-André Dacoury-Tabley, ancien compagnon de route de Gbagbo, venait d’annoncer la veille son ralliement à la rébellion du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI).
Fin novembre, le corps d’Emile Téhé, président d’un petit parti d’opposition, le Mouvement Patriote ivoirien, est retrouvé criblé de balles dans une forêt à Abidjan après son arrestation par des gendarmes.
Mi-décembre, deux responsables d’un mouvement de jeunesse fondé par le défunt général Gueï, l’Union pour la paix et la démocratie en Côte d’Ivoire (UDPCI), Souleymane Coulibaly et Souhalio sont retrouvés tués de plusieurs balles près d’une semaine après leur enlèvement à Abidjan par des hommes armés en civil.
Le 6 janvier 2003, l’imam de M’pouto, Mahmoud Samassi, est assassiné devant son appartement à Cocody par 4 individus armés.
Camara H., comédien et militant du RDR de Ouattara, est retrouvé mort le matin du dimanche 2 février à Abidjan après avoir été “arrêté” la veille par des “hommes en uniforme”.
Dans les quartiers populaires d’Abidjan, on rasa aussi gratis. Des hommes armés vinrent de nuit dans les bidonvilles, et, après avoir frappé aux portes et menacé les habitants, mettaient le feu aux maisons. Gbagbo ne faisait que de se protéger contre d’éventuelles caches d’armes …
Le Bureau pour la Coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) s’insurgea et publia un rapport accablant sur ces exactions dans les quartiers pauvres de la banlieue d’Abidjan. Selon ce document daté du 31 janvier, des « hommes en tenue militaire ont fait irruption dans la nuit du 27 au 28 janvier dans le quartier Abdoulaye Diallo où ils ont brutalisé la population et mis le feu à une cinquantaine de maisons du quartier ».
Les dignitaires musulmans furent aussi les cibles favorites des Escadrons de la mort. Mahamoud Samassi, tué le 6 janvier 2003, Mohamed Lamine Sangaré, tué le 19 février 2003 ou encore Fanny Mory, prédicateur, tué le 20 février 2003.
Faut-il oublier le massacre de Bangolo (ouest de la Côte d'Ivoire) qui a fait au moins 60 victimes, hommes et femmes confondus, au mois de mai 2003, et qui a été commis par des miliciens se réclamant du gouvernement ivoirien, qui ont reconnu appartenir à une force de supplétifs libériens, les Guérés ?
La réponse de Gbagbo a toutes ces tueries ? « La Côte d'Ivoire n'est pas gouvernée par un assassin. Je n'ai jamais tué quelqu'un. Ma femme n'a jamais tué quelqu'un. »
Emile Téhé, retrouvé criblé de balles le 2 novembre 2002 à Abidjan ? « Il ne représentait rien au plan politique, il n'a jamais été élu nulle part, même pas conseiller municipal. Quel intérêt Gbagbo Laurent, président de la République, a-t-il à tuer Téhé Emile ? ».
L'assassinat du Dr Benoît Dacoury-Tabley ? « En quoi sa vie est-elle gênante pour le président de la République et son épouse ? En rien du tout. »
Le meurtre de Camara Yéréfé, dit "H" ? « Je ne le connais même pas, je ne l'ai jamais vu (...). On m'a dit qu'il était acteur et qu'il faisait des sketches à la télé. Quel est le mobile ? »
A qui profite le crime alors ? Réponse de Gbagbo : « C'est toujours les mêmes qui découvrent les crimes, je trouve que c'est suspect (...). C'est toujours un gars du MPCI ou du RDR qui annonce la mort. » Et le même dans la foulée : « Je suis un combattant, je me battrai contre les gens du mal. S'ils me cherchent, ils me trouveront (...). Je vais les piétiner pour qu'ils comprennent que je suis là. »
12 octobre 2003, cette fois ce sont des Bété, l’ethnie de Gbagbo qui s’en prennent à des Maliens, dans le village de Mahinadopa proche de Gagnoa. Bilan : plusieurs morts, des dizaines de maisons brûlées, 500 Maliens expulsés du village.
11 décembre 2003, des fusillades entre des forces de l'ordre et des hommes en armes dans la nuit à Abidjan, font 20 morts. Les "assaillants" auraient été des jeunes patriotes placés sous la houlette d’Eugène Djué. Une enquête sera ouverte pour n’aboutir à rien.
Près d’une vingtaine d’étrangers aux yeux des populations autochtones sont massacrés à la mi-janvier 2004 par des miliciens locaux dans le Grand Ouest en guise d’avertissement contre leur présence jugée inopportune dans les plantations de cacao. Burkinabé, Guinéens et Baoulés ont été tués à coups de machettes ou de balles de kalachnikov. Pour Alan Bledoh, porte-parole des rebelles ivoiriens du Front de libération du Grand Ouest (FLGO), ces exécutions sont un « avertissement ». « Ces attaques ont pour but de défendre les populations locales, mais comme les Burkinabé se montraient menaçants et ne voulaient pas laisser leur terre, on a voulu leur donner une leçon. », dira-t-il.
Le bain de sang des 24 et 25 mars 2004
Une marche pacifique organisée par l’opposition est mâtée dans le sang par un déploiement sans précédent de forces armées à Abidjan. Le bilan est lourd : 37 morts de source officielle, 200 morts selon le Mouvement ivoirien des droits de l’Homme (MIDH) tandis que l’opposition a parlé de 350 à 500 morts.
De nombreuses personnes auraient été tuées, non du fait de la répression de la manifestation proprement dite, mais lors d’exactions nocturnes postérieures. Militaires et policiers ont opéré des exécutions sommaires aux domiciles mêmes de supposés sympathisants du RDR.
Le jeudi 25 mars, les forces de l’ordre et l’armée ivoiriennes ont bouclé Abidjan avant l’aube, déployant blindés, hélicoptères et avions de combat pour empêcher toute manifestation. Les forces françaises et ouest-africaines déployées sous mandat de l’Onu ne sont pas intervenues alors que les exactions commises ont duré au moins jusqu’au 27 mars.
Pour se disculper, le ministre ivoirien de la Sécurité, Martin Bléou, a attribué ces exactions à des « forces parallèles en uniforme ».
Les tueries ont lieu aussi dans le sens contraire, mais comment en serait-il autrement vu la passivité complice du pouvoir ? Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, à Duékoué, des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants de l'ethnie locale des Guérés sont été tués par balles, à l'arme blanche ou brûlés vifs par des assaillants non identifiés, probablement des Dozos, les chasseurs traditionnels du Nord de la Côte d’Ivoire. Le lendemain, des actes de vengeance commencent et une douzaine de Dioulas sont assassinés à coups de couteaux, de barres de fer et de bâtons.
Le 16 juin 2005, toujours en représailles, Samba Samalaye, un bijoutier sénégalais, est assassiné par des miliciens toujours à Duékoué.
Faut-il aussi mettre au crédit du "progressiste" Gbagbo la tentative d’ivoirisation des emplois menée en février 2004 par les ministres FPI de la Fonction publique, Hubert Oulaye, et celui de l’Economie et des Finances, Paul Bohoun Bouabré, une politique qui aurait rendu jaloux Le Pen ?
Une bien belle mesure de gauche que celle-là selon laquelle toute vacance de poste dans une entreprise ivoirienne devait désormais « faire l’objet d’une publication » pendant deux mois auprès des organismes de placement agrées par l’Etat et qui imposait aussi que « toute demande de visa de contrat au profit d’un travailleur non ivoirien soit accompagnée d’un plan d’ivoirisation du poste, approuvé par le ministre en charge de l’emploi ». Adopté par un arrêté ministériel, cette mesure foulait du pied le traité de l’UEMOA (Union Economique et monétaire ouest-africaine), dont l’article 91, ratifié le 29 janvier 2003, instaura « l’abolition entre les ressortissants des Etats membres de toute discrimination fondée sur la nationalité, en ce qui concerne la recherche et l’exercice d’un emploi. » Le rapporteur pour les droits de l’homme de l’ONU, le Sénégalais Douddou Dienne s’en émut. Devant le tollé général et sous-régional provoqué par cette mesure, elle fut retirée, mais elle eut le mérite d’exister pur tout ceux qui ne sauraient pas ce que "socialisme" veut dire du côté de la Lagune d’Ebrié.
Arrêtons-là ce tour d’horizon du personnage. Oui, Bouygues et consorts nous insupportent, ici comme ailleurs. Oui, nous avons envie de pleurer quand un sans-papiers préfère se noyer en se jetant dans la Marne du côté de Joinville-le-Pont pour fuir des flics de France qui font du chiffre. Oui, nous détestons tout cela aussi, comme nous détestons le nationalisme exacerbé et tous les morts inutiles qu’il a toujours engendrés. En tout temps et partout.
Author: Philippe Cartero
Source: AgoraVox, du lundi 3 janvier 2011
RDC: Patrice Lumumba, Sékou Touré, mes Etoiles des Indépendances Africaines (2)
Dans la galerie des portraits des hommes illustres africains, celui dont l'histoire m'était la plus étrangère jusqu'à ces cinq dernières années était bien Patrice Lumumba. Qu'avait-il fait pour que son nom soit sur toutes les lèvres et son portrait partout exhibé ? J'étais incapable de répondre à cette question. C'est pour combler cette lacune que j'ai décidé de m'intéresser à l'homme et particulièrement à ce fameux discours du 30 juin 1960 qui avait définitivement scellé son destin. Comme son devancier Sékou Touré, c'est donc par un discours public au ton ferme et clair que Patrice Lumumba va entrer dans l'histoire. Mais en considérant le contexte, on peut franchement se poser la question de l'utilité ou de la pertinence de ce discours.
Patrice-Emery Lumumba : C'est le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l'indépendance du Congo, que son discours au ton laudatif et unilatéralement orienté vers le peuple congolais va lui conférer son galon d'homme africain célèbre. Cependant, en lisant avec attention ce discours et en le replaçant dans son contexte, on peut se demander si la célébrité de Patrice Lumumba n'est pas exagérée : non seulement on peut douter de l'opportunité du discours mais aussi de son rayonnement pour faire de son auteur une figure historique de l'Afrique.
On ne peut, en effet, faire une analyse du discours de Patrice Lumumba sans avoir à l'esprit le contenu des deux discours qui l'ont immédiatement précédé le jour-même. Le premier à prendre la parole en cette occasion solennelle fut Baudouin Ier, Roi des Belges. Son discours est absolument un merveilleux monument du paternalisme européen à l'égard des peuples noirs.
Du discours paternaliste du roi des Belges
Les premiers mots du roi des Belges clament de manière solennelle que l'indépendance du Congo que tout le monde célèbre ce jour-là était l'œuvre exceptionnelle du génie de son père, le roi Léopold II, et de la « persévérance » de la Belgique. Point n'est question des artisans congolais, hommes politiques ou populations laborieuses. Non ! Il est bien connu, les Africains sont paresseux et n'ont jamais rien fait de bon. Sûr que cette indépendance est l'aboutissement du travail bien accompli par les siens, le roi demande à ce que les pionniers de la colonisation (Léopold II et les administrateurs belges) - hissés au rang de « civilisateurs » - soient inscrits au panthéon de la mémoire congolaise afin d'y être célébrés comme ils le seront en Belgique. Quelle audace ! mais surtout quelle assurance de son bon droit ! C'est clairement indiquer aux Congolais la manière dont ils doivent rédiger l'histoire de leur pays.
La suite du discours du roi des Belges reste sur le même ton, plein d'encens pour l'administration coloniale belge. Quand il ose enfin parler des Congolais, c'est pour leur dire : « c'est à vous, Messieurs qu'il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance». En d'autres termes, il faut donc que les Congolais se montrent des enfants sages qui prennent bien soin du jouet qui leur est remis. Quel paternalisme offensant ! Et relevant « l'inexpérience des populations à gouverner » et la tendance qu'auraient les Africains à « la satisfaction immédiate des jouissances faciles », il se perd dans une série de recommandations : « l'indépendance (...) se réalise (...) par le travail. (...) Ne compromettez pas l'avenir par des réformes hâtives (...). N'ayez crainte de vous tourner vers nous. ». N'allons pas plus loin dans l'analyse de ce texte ; la coupe est pleine.
Quand le premier président du Congo, M. Joseph Kasa-Vubu prend la parole à son tour, il oriente pour ainsi dire le projecteur des éloges vers « ces artisans obscurs ou héroïques de l'émancipation nationale » qui par leurs privations, leurs souffrances et parfois même au prix de leur vie voient « se réalise(r) enfin leur rêve audacieux d'un Congo libre et indépendant. » A ce moment du discours, pour la première fois dans la salle, des applaudissements viennent interrompre l'orateur. L'assistance noire respire enfin ! Elle a le sentiment qu'enfin on la regarde dans les yeux, qu'on panse ses plaies au lieu de l'accabler du poids de l'avenir.
Mais dans le discours du président Kasa-Vubu, cet éloge reste bref et dit d'un ton humble sans aucune recherche pathétique. Et en homme courtois, il va saluer « la Belgique (qui) a eu alors la sagesse de ne pas s'opposer au courant de l'histoire et (...) a su (...) faire passer directement et sans transition (le) pays de la domination étrangère à l'indépendance ». A ce moment aussi, l'assistance a applaudi, sans doute à la fois par courtoisie à l'égard du roi et aussi pour se faire pardonner le bref moment où elle s'est laissé emporter par la fierté nationale.
Enfin, comme pour répondre au roi, le président de la république assure que les réformes seront menées « sans hâte ni sans lenteur ». Puis, comme pour assumer un peu plus son indépendance vis à vis des recommandations du roi, il ajoute qu'il faudra bien avancer « sans se complaire dans l'admiration béate de ce qui est déjà fait. » C'est, à vrai dire, la première fois, dans ce discours, que M. Kasa-vubu prend fermement de la distance avec les vues du roi affirmant ainsi son rôle de président de la république. La deuxième fois, c'est quand, en écho à la confiance des Belges que doivent mériter les dirigeants congolais, le président dit que ceux-ci tâcheront de se montrer « dignes de la confiance que le peuple a placée en (eux) ». En clair, c'est au peuple congolais que les dirigeants auront des comptes à rendre et non point à la Belgique.
De toute évidence, le discours du président Kasa-Vubu a recadré pour ainsi dire les envolées paternalistes du roi. Mais cela est fait avec tant de courtoisie et de finesse et en si peu de mots que cela semble passer inaperçu dans l'ensemble du discours. Seul le bref hommage aux artisans congolais de l'indépendance et les applaudissements qui l'ont accompagné ont sans doute retenu l'attention de l'assistance ce jour-là
Un discours anticolonial
J'avoue que j'ignore pourquoi la parole a été donnée au premier ministre après l'intervention du président au nom du peuple de la jeune République. Etait-il nécessaire que le premier ministre intervînt ? Au nom de qui prit-il la parole ce jour-là ? Au nom de son gouvernement ? Son intervention suite à celle du président de la République n'était-elle pas déjà l'image d'un clivage au sommet du jeune état ? Même s'il faut retenir le fait que Patrice Lumumba avait des visions à la mesure du Congo belge alors que Kasa-Vubu avait au départ des revendications territoriales et ethniques, l'indépendance se célébrait ce 30 juin 1960 sous le sceau de l'unité nationale congolaise. On pouvait donc logiquement s'attendre à ce qu'aucune marque de dissension ne vînt ternir la fête. En tout cas, sans que l'on puisse s'expliquer la nécessité de deux discours des deux premiers dirigeants de la jeune République, on donna la parole au premier ministre dont on n'ignorait pas l'ardent nationalisme.
Le discours de Patrice Lumumba débute sur un ton martial, sans aucune formule protocolaire à l'adresse des invités belges. C'est aux « Congolaises et Congolais, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux » qu'il s'adresse et à eux seuls ! Et en rupture totale avec les propos du Roi des Belges saluant l'indépendance offerte, il affirme que « nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier (...) que c'est par la lutte qu'elle a été conquise ». L'orateur récolte à ce moment ses premiers applaudissements. Il y en aura en tout six dans ce discours pourtant moins dense que celui du président.
Avant d'aller plus loin dans l'analyse de ce discours, il convient de faire une remarque d'une grande importance. Alors que l'hommage du président Kasa-Vubu aux combattants de l'indépendance semblait bien conventionnel - en une telle occasion, on ne peut pas oublier ses morts et ceux qui ont souffert sous une époque sur laquelle on referme la porte - les paroles et le ton de Patrice Lumumba semblent dire aux Congolais « je ne veux pas vous laisser voler votre victoire ! » Alors que l'hommage du président apparaît comme la réparation d'un oubli de la part du roi, celui de Patrice Lumumba affirme que les seuls héros du jour, ce sont les combattants congolais. Aussi son hommage à ces combattants occupera la moitié de son discours. Il y souligne les privations, les souffrances, les humiliations, les injustices, la discrimination pendant les quatre-vingts ans de colonialisme belge. C'était comme s'il voulait dire à ses invités « voilà la réalité de la vie que vous nous offriez et contre laquelle nous luttions ».
Après cet hommage appuyé, salué par des applaudissements, l'orateur va répondre à certaines recommandations offensantes du roi. Celui-ci conseillait de ne point hâter les réformes. Le président à répondu que les choses seront faites « sans hâte ni lenteur ». Quant à Patrice Lumumba, il n'a cure de ce conseil. Il annonce de façon claire et nette : « Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. » A la Belgique qui se pose en conseiller incontournable de la jeune nation congolaise - « n'ayez crainte de vous tourner vers nous » - Patrice Lumumba annonce que son pays pourra « compter (...) sur l'assistance de nombreux pays (...) dont la collaboration sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu'elle soit. » Et l'assistance d'applaudir, comme pour dire « bien envoyé ! Ils se prennent pour qui, ces Belges ? Nos parents ? »
Mais ce n'est pas tout. Non seulement les Congolais vont collaborer avec tout le monde, dit-il, mais encore ils demeureront maîtres chez eux puisque « si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, (la) justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ». Un Noir, chasser un Blanc ? C'est nouveau ! Voilà qui est très audacieux et inattendu dans la bouche d'un jeune dirigeant africain. « Il ne fera pas long feu, celui-là », ont dû se dire les Belges dans l'assistance. Ceux-ci s'appliqueront en effet à faire en sorte que le projet de celui qui veut « montrer au monde ce que peut faire l'homme noir lorsqu'il travaille dans la liberté » ne se réalise jamais de son vivant !
Un mois seulement après ce discours, le calvaire de Patrice Lumumba va commencer. Les conflits suscités par les Belges vont secouer la jeune nation et son leader charismatique comme dans les remous d'un fleuve impétueux. Parmi toutes les images de son calvaire, celle que je garde de ce jeune leader africain est le moment où, les mains liées au dos, il refuse la mie de pain qu'un soldat tente de lui faire manger de force. Elle me rappelle celle du Christ qui, ayant crié sa soif, reçoit du bout de la lance d'un soldat romain le pain trempé dans du vinaigre.
Patrice Lumumba mourra sans que le reste des états africains ait levé le petit doigt pour lui témoigner sa solidarité ou plus tard pour lui rendre hommage. Et pourtant, c'est cette solidarité africaine qu'il appelait de tous ses vœux un an plus tôt à Ibadan au Nigéria. « L'unité africaine tant souhaitée aujourd'hui par tous ceux qui se soucient de l'avenir de ce continent, disait-il, ne sera possible et ne pourra se réaliser que si les hommes politiques et les dirigeants de nos pays respectifs font preuve d'un esprit de solidarité, de concorde et de collaboration fraternelle ». Et il ajoutait plus loin, « plus nous serons unis, mieux nous résisterons [...] aux manœuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du diviser pour régner ». Et pour montrer l'exemple de la solidarité africaine qu'il prônait, il a, ce jour-là, rendu un vibrant hommage à ses devanciers Kwamé N'krumah et Ahmed Sékou Touré. C'est en effet grâce à ce discours de 1959 à Ibadan, que Patrice Lumumba a gagné véritablement son galon de leader africain ; et c'est par celui de 1960 qu'il est devenu le leader nationaliste congolais que l'on connaît.
Il convient donc de retenir qu'au moment où Patrice Lumumba prenait la parole devant le roi des Belges, il n'était point un inconnu, mais une jeune étoile des indépendances africaines désireuse d'évoluer hors du giron colonial comme Sékou Touré, comme Kwamé N'Krumah. Ce discours nationaliste était donc en réalité la mise en œuvre de l'audace dont il savait que les jeunes africains devaient faire preuve au risque de leur vie pour faire avancer leurs états et par la même occasion l'Afrique entière. Patrice Lumumba savait qu'on n'est point héros malgré soi mais par la force de sa volonté.
° Révoqué de ses fonctions de premier ministre par le Président deux mois après l'indépendance (4 septembre 1960), Patrice Lumumba meurt, humilié et torturé, le 17 janvier 1961 dans la province sécessionniste du kantaga suite à l'accession au pouvoir du Colonel Désiré Mobutu soutenu par les Etats-Unis et la Belgique. Ironie du sort, c'est ce dernier qui l'éleva au rang de héros national en 1966.
Author: Raphaël ADJOBI
Source : Lectures, Analyses et Réflexions de Raphaël ADJOBI
Envoyée par Madame Sylvie KABA
Source 1: Kaba Bachir, du 03/01/2011
Patrice-Emery Lumumba : C'est le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l'indépendance du Congo, que son discours au ton laudatif et unilatéralement orienté vers le peuple congolais va lui conférer son galon d'homme africain célèbre. Cependant, en lisant avec attention ce discours et en le replaçant dans son contexte, on peut se demander si la célébrité de Patrice Lumumba n'est pas exagérée : non seulement on peut douter de l'opportunité du discours mais aussi de son rayonnement pour faire de son auteur une figure historique de l'Afrique.
On ne peut, en effet, faire une analyse du discours de Patrice Lumumba sans avoir à l'esprit le contenu des deux discours qui l'ont immédiatement précédé le jour-même. Le premier à prendre la parole en cette occasion solennelle fut Baudouin Ier, Roi des Belges. Son discours est absolument un merveilleux monument du paternalisme européen à l'égard des peuples noirs.
Du discours paternaliste du roi des Belges
Les premiers mots du roi des Belges clament de manière solennelle que l'indépendance du Congo que tout le monde célèbre ce jour-là était l'œuvre exceptionnelle du génie de son père, le roi Léopold II, et de la « persévérance » de la Belgique. Point n'est question des artisans congolais, hommes politiques ou populations laborieuses. Non ! Il est bien connu, les Africains sont paresseux et n'ont jamais rien fait de bon. Sûr que cette indépendance est l'aboutissement du travail bien accompli par les siens, le roi demande à ce que les pionniers de la colonisation (Léopold II et les administrateurs belges) - hissés au rang de « civilisateurs » - soient inscrits au panthéon de la mémoire congolaise afin d'y être célébrés comme ils le seront en Belgique. Quelle audace ! mais surtout quelle assurance de son bon droit ! C'est clairement indiquer aux Congolais la manière dont ils doivent rédiger l'histoire de leur pays.
La suite du discours du roi des Belges reste sur le même ton, plein d'encens pour l'administration coloniale belge. Quand il ose enfin parler des Congolais, c'est pour leur dire : « c'est à vous, Messieurs qu'il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance». En d'autres termes, il faut donc que les Congolais se montrent des enfants sages qui prennent bien soin du jouet qui leur est remis. Quel paternalisme offensant ! Et relevant « l'inexpérience des populations à gouverner » et la tendance qu'auraient les Africains à « la satisfaction immédiate des jouissances faciles », il se perd dans une série de recommandations : « l'indépendance (...) se réalise (...) par le travail. (...) Ne compromettez pas l'avenir par des réformes hâtives (...). N'ayez crainte de vous tourner vers nous. ». N'allons pas plus loin dans l'analyse de ce texte ; la coupe est pleine.
Quand le premier président du Congo, M. Joseph Kasa-Vubu prend la parole à son tour, il oriente pour ainsi dire le projecteur des éloges vers « ces artisans obscurs ou héroïques de l'émancipation nationale » qui par leurs privations, leurs souffrances et parfois même au prix de leur vie voient « se réalise(r) enfin leur rêve audacieux d'un Congo libre et indépendant. » A ce moment du discours, pour la première fois dans la salle, des applaudissements viennent interrompre l'orateur. L'assistance noire respire enfin ! Elle a le sentiment qu'enfin on la regarde dans les yeux, qu'on panse ses plaies au lieu de l'accabler du poids de l'avenir.
Mais dans le discours du président Kasa-Vubu, cet éloge reste bref et dit d'un ton humble sans aucune recherche pathétique. Et en homme courtois, il va saluer « la Belgique (qui) a eu alors la sagesse de ne pas s'opposer au courant de l'histoire et (...) a su (...) faire passer directement et sans transition (le) pays de la domination étrangère à l'indépendance ». A ce moment aussi, l'assistance a applaudi, sans doute à la fois par courtoisie à l'égard du roi et aussi pour se faire pardonner le bref moment où elle s'est laissé emporter par la fierté nationale.
Enfin, comme pour répondre au roi, le président de la république assure que les réformes seront menées « sans hâte ni sans lenteur ». Puis, comme pour assumer un peu plus son indépendance vis à vis des recommandations du roi, il ajoute qu'il faudra bien avancer « sans se complaire dans l'admiration béate de ce qui est déjà fait. » C'est, à vrai dire, la première fois, dans ce discours, que M. Kasa-vubu prend fermement de la distance avec les vues du roi affirmant ainsi son rôle de président de la république. La deuxième fois, c'est quand, en écho à la confiance des Belges que doivent mériter les dirigeants congolais, le président dit que ceux-ci tâcheront de se montrer « dignes de la confiance que le peuple a placée en (eux) ». En clair, c'est au peuple congolais que les dirigeants auront des comptes à rendre et non point à la Belgique.
De toute évidence, le discours du président Kasa-Vubu a recadré pour ainsi dire les envolées paternalistes du roi. Mais cela est fait avec tant de courtoisie et de finesse et en si peu de mots que cela semble passer inaperçu dans l'ensemble du discours. Seul le bref hommage aux artisans congolais de l'indépendance et les applaudissements qui l'ont accompagné ont sans doute retenu l'attention de l'assistance ce jour-là
Un discours anticolonial
J'avoue que j'ignore pourquoi la parole a été donnée au premier ministre après l'intervention du président au nom du peuple de la jeune République. Etait-il nécessaire que le premier ministre intervînt ? Au nom de qui prit-il la parole ce jour-là ? Au nom de son gouvernement ? Son intervention suite à celle du président de la République n'était-elle pas déjà l'image d'un clivage au sommet du jeune état ? Même s'il faut retenir le fait que Patrice Lumumba avait des visions à la mesure du Congo belge alors que Kasa-Vubu avait au départ des revendications territoriales et ethniques, l'indépendance se célébrait ce 30 juin 1960 sous le sceau de l'unité nationale congolaise. On pouvait donc logiquement s'attendre à ce qu'aucune marque de dissension ne vînt ternir la fête. En tout cas, sans que l'on puisse s'expliquer la nécessité de deux discours des deux premiers dirigeants de la jeune République, on donna la parole au premier ministre dont on n'ignorait pas l'ardent nationalisme.
Le discours de Patrice Lumumba débute sur un ton martial, sans aucune formule protocolaire à l'adresse des invités belges. C'est aux « Congolaises et Congolais, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux » qu'il s'adresse et à eux seuls ! Et en rupture totale avec les propos du Roi des Belges saluant l'indépendance offerte, il affirme que « nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier (...) que c'est par la lutte qu'elle a été conquise ». L'orateur récolte à ce moment ses premiers applaudissements. Il y en aura en tout six dans ce discours pourtant moins dense que celui du président.
Avant d'aller plus loin dans l'analyse de ce discours, il convient de faire une remarque d'une grande importance. Alors que l'hommage du président Kasa-Vubu aux combattants de l'indépendance semblait bien conventionnel - en une telle occasion, on ne peut pas oublier ses morts et ceux qui ont souffert sous une époque sur laquelle on referme la porte - les paroles et le ton de Patrice Lumumba semblent dire aux Congolais « je ne veux pas vous laisser voler votre victoire ! » Alors que l'hommage du président apparaît comme la réparation d'un oubli de la part du roi, celui de Patrice Lumumba affirme que les seuls héros du jour, ce sont les combattants congolais. Aussi son hommage à ces combattants occupera la moitié de son discours. Il y souligne les privations, les souffrances, les humiliations, les injustices, la discrimination pendant les quatre-vingts ans de colonialisme belge. C'était comme s'il voulait dire à ses invités « voilà la réalité de la vie que vous nous offriez et contre laquelle nous luttions ».
Après cet hommage appuyé, salué par des applaudissements, l'orateur va répondre à certaines recommandations offensantes du roi. Celui-ci conseillait de ne point hâter les réformes. Le président à répondu que les choses seront faites « sans hâte ni lenteur ». Quant à Patrice Lumumba, il n'a cure de ce conseil. Il annonce de façon claire et nette : « Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. » A la Belgique qui se pose en conseiller incontournable de la jeune nation congolaise - « n'ayez crainte de vous tourner vers nous » - Patrice Lumumba annonce que son pays pourra « compter (...) sur l'assistance de nombreux pays (...) dont la collaboration sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu'elle soit. » Et l'assistance d'applaudir, comme pour dire « bien envoyé ! Ils se prennent pour qui, ces Belges ? Nos parents ? »
Mais ce n'est pas tout. Non seulement les Congolais vont collaborer avec tout le monde, dit-il, mais encore ils demeureront maîtres chez eux puisque « si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, (la) justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ». Un Noir, chasser un Blanc ? C'est nouveau ! Voilà qui est très audacieux et inattendu dans la bouche d'un jeune dirigeant africain. « Il ne fera pas long feu, celui-là », ont dû se dire les Belges dans l'assistance. Ceux-ci s'appliqueront en effet à faire en sorte que le projet de celui qui veut « montrer au monde ce que peut faire l'homme noir lorsqu'il travaille dans la liberté » ne se réalise jamais de son vivant !
Un mois seulement après ce discours, le calvaire de Patrice Lumumba va commencer. Les conflits suscités par les Belges vont secouer la jeune nation et son leader charismatique comme dans les remous d'un fleuve impétueux. Parmi toutes les images de son calvaire, celle que je garde de ce jeune leader africain est le moment où, les mains liées au dos, il refuse la mie de pain qu'un soldat tente de lui faire manger de force. Elle me rappelle celle du Christ qui, ayant crié sa soif, reçoit du bout de la lance d'un soldat romain le pain trempé dans du vinaigre.
Patrice Lumumba mourra sans que le reste des états africains ait levé le petit doigt pour lui témoigner sa solidarité ou plus tard pour lui rendre hommage. Et pourtant, c'est cette solidarité africaine qu'il appelait de tous ses vœux un an plus tôt à Ibadan au Nigéria. « L'unité africaine tant souhaitée aujourd'hui par tous ceux qui se soucient de l'avenir de ce continent, disait-il, ne sera possible et ne pourra se réaliser que si les hommes politiques et les dirigeants de nos pays respectifs font preuve d'un esprit de solidarité, de concorde et de collaboration fraternelle ». Et il ajoutait plus loin, « plus nous serons unis, mieux nous résisterons [...] aux manœuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du diviser pour régner ». Et pour montrer l'exemple de la solidarité africaine qu'il prônait, il a, ce jour-là, rendu un vibrant hommage à ses devanciers Kwamé N'krumah et Ahmed Sékou Touré. C'est en effet grâce à ce discours de 1959 à Ibadan, que Patrice Lumumba a gagné véritablement son galon de leader africain ; et c'est par celui de 1960 qu'il est devenu le leader nationaliste congolais que l'on connaît.
Il convient donc de retenir qu'au moment où Patrice Lumumba prenait la parole devant le roi des Belges, il n'était point un inconnu, mais une jeune étoile des indépendances africaines désireuse d'évoluer hors du giron colonial comme Sékou Touré, comme Kwamé N'Krumah. Ce discours nationaliste était donc en réalité la mise en œuvre de l'audace dont il savait que les jeunes africains devaient faire preuve au risque de leur vie pour faire avancer leurs états et par la même occasion l'Afrique entière. Patrice Lumumba savait qu'on n'est point héros malgré soi mais par la force de sa volonté.
° Révoqué de ses fonctions de premier ministre par le Président deux mois après l'indépendance (4 septembre 1960), Patrice Lumumba meurt, humilié et torturé, le 17 janvier 1961 dans la province sécessionniste du kantaga suite à l'accession au pouvoir du Colonel Désiré Mobutu soutenu par les Etats-Unis et la Belgique. Ironie du sort, c'est ce dernier qui l'éleva au rang de héros national en 1966.
Author: Raphaël ADJOBI
Source : Lectures, Analyses et Réflexions de Raphaël ADJOBI
Envoyée par Madame Sylvie KABA
Source 1: Kaba Bachir, du 03/01/2011
Sunday, January 2, 2011
COTE d'IVOIRE: Expiration des ultimatums en Côte d’Ivoire
Depuis son QG à Abidjan, Alassane Ouattara a donné ce vendredi au président sortant jusqu‘à minuit pour quitter le pouvoir. “Il n’aura pas d’ennuis s’il se retire dans ce délai”, a précisé le Premier ministre de Ouattara, reconnu comme le président ivoirien par la communauté internationale.
Mais dans un discours de voeux à la nation, Laurent Gbagbo a ensuite promis de ne pas céder aux pressions.
La Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, agite la menace d’un recours à la force pour renverser le président sortant tandis que l’Union européenne a approuvé hier des sanctions contre 59 des proches de Gbagbo.
Les Casques bleus sont sur le pied de guerre. Un autre ultimatum s’achève ce week-end, celui du camp de Laurent Gbagbo qui menace d’attaquer le QG d’Alassane Ouattara.
En Côte d’Ivoire, l’ultimatum d’Alassane Ouattara n’aura visiblement pas porté ses fruits. Le président reconnu par l’ensemble de la communauté occidentale avait exhorté son rival Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir au plus tard le 31 décembre à minuit.
“Je suis là où les Ivoiriens m’ont placé par leurs votes, déclare Laurent Gbagbo. Nous n’allons pas céder. Je le répète : mon adversaire n’a pas gagné. Le décompte des voix le donne perdant. Je voudrais à nouveau lancer un appel solennel, à toutes les personnalités qui se trouvent encore en Côte d’Ivoire. Je leur demande de rentrer chez elles.”
La Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, agite la menace d’un recours à la force pour renverser le président sortant, alors que l’Union européenne a approuvé hier des sanctions contre 59 des proches de Gbagbo.
Les Casques bleus sont sur le pied de guerre. Un autre ultimatum s’achève ce week-end, celui du camp de Laurent Gbagbo qui menace d’attaquer le QG d’Alassane Ouattara.
Source: EuroNews, du 01/01/2011
Mais dans un discours de voeux à la nation, Laurent Gbagbo a ensuite promis de ne pas céder aux pressions.
La Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, agite la menace d’un recours à la force pour renverser le président sortant tandis que l’Union européenne a approuvé hier des sanctions contre 59 des proches de Gbagbo.
Les Casques bleus sont sur le pied de guerre. Un autre ultimatum s’achève ce week-end, celui du camp de Laurent Gbagbo qui menace d’attaquer le QG d’Alassane Ouattara.
En Côte d’Ivoire, l’ultimatum d’Alassane Ouattara n’aura visiblement pas porté ses fruits. Le président reconnu par l’ensemble de la communauté occidentale avait exhorté son rival Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir au plus tard le 31 décembre à minuit.
“Je suis là où les Ivoiriens m’ont placé par leurs votes, déclare Laurent Gbagbo. Nous n’allons pas céder. Je le répète : mon adversaire n’a pas gagné. Le décompte des voix le donne perdant. Je voudrais à nouveau lancer un appel solennel, à toutes les personnalités qui se trouvent encore en Côte d’Ivoire. Je leur demande de rentrer chez elles.”
La Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, agite la menace d’un recours à la force pour renverser le président sortant, alors que l’Union européenne a approuvé hier des sanctions contre 59 des proches de Gbagbo.
Les Casques bleus sont sur le pied de guerre. Un autre ultimatum s’achève ce week-end, celui du camp de Laurent Gbagbo qui menace d’attaquer le QG d’Alassane Ouattara.
Source: EuroNews, du 01/01/2011
COTE d'IVOIRE: Gbagbo refuse de céder devant l'ultimatum d'Ouattara
Alassane Ouattara, le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, a posé vendredi un ultimatum à Laurent Gbagbo en exigeant qu'il se retire du pouvoir avant minuit, heure locale, une échéance maintenant dépassée.
Guillaume Soro, le premier ministre du gouvernement Ouattara, promet que Laurent Gbagbo « n'aura pas d'ennuis » s'il cède la présidence pacifiquement.
« Si d'ici minuit il ne quitte pas le pouvoir, le président de la République sera au regret d'envisager d'autres mesures », a affirmé M. Soro.
Ces menaces font écho à une possible intervention militaire de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
Toutefois, Laurent Gbagbo a promis de ne « pas céder » aux pressions internationales ou à celles de son rival Alassane Ouattara. Il a fait cette déclaration en guise de réplique lors d'un discours de voeux à la Nation diffusé sur la télévision d'État RTI.
Il a ainsi dénoncé « une tentative de coup d'État menée sous la bannière de la communauté internationale ».
Une première mission des chefs d'État du Bénin, de Sierra Leone et du Cap-Vert a eu lieu cette semaine en Côte d'Ivoire. Les trois émissaires doivent retourner lundi à Abidjan, mais la Sierra Leone a précisé que la rencontre avec M. Gbagbo serait la dernière.
Mais si cette nouvelle tentative de dialogue échoue, « la CEDEAO prendra par la force le pouvoir à Laurent Gbagbo et le donnera à Alassane Ouattara », a déclaré le porte-parole de l'armée nigériane, le colonel Mohamed Yerimah.
Déclarations de l'ONU
La haute-commissaire pour les réfugiés des Nations Unies, Navi Pillay, a affirmé que président ivoirien sortant avait la responsabilité de protéger la population de son pays. Selon elle, les enlèvements et les meurtres qui ont lieu dans ce pays depuis les élections du 28 novembre constituent des crimes contre l'humanité.
Navi Pillay rappelle aux partisans de Laurent Gbagbo qu'ils seront tenus responsables des atrocités commises. Des milliers de personnes ont fui la Côte-d'Ivoire parce qu'ils craignaient l'éclatement une guerre civile.
La Grande-Bretagne appuie une intervention militaire
Le président sortant est de plus en plus isolé sur la scène internationale. Le Royaume-Uni a annoncé vendredi qu'elle ne reconnaissait plus l'ambassadeur de Côte d'Ivoire à Londres, Philippe Djangone-Bi, nommé en 2007 par Laurent Gbagbo.
Le ministère des Affaires étrangères britannique a également déclaré qu'il soutiendrait une éventuelle intervention militaire des dirigeants d'Afrique de l'Ouest.
« Ils seraient bien avisés de le faire sous l'autorité des Nations unies, mais nous soutiendrions une telle action aux Nations unies », a précisé William Hague, le chef de la diplomatie britannique.
L'Union européenne sanctionne le régime de Gbagbo
L'UE a annoncé vendredi une nouvelle série de sanctions contre Laurent Gbagbo. Cinquante-neuf proches du président sortant sont désormais interdits de visas.
D'après un diplomate, les pays européens préparent également un gel des avoirs du clan Gbagbo.
Avec cette crise politique, Paris recommande ainsi à ses citoyens de quitter provisoirement le pays, même si les étrangers n'ont pas encore été directement menacés.
Sur presque 14 000 ressortissants français qui étaient présents au début des événements, environ 2000 auraient quitté la Côte d'Ivoire.
Les risques d'affrontements sont toujours élevés. Les partisans de Laurent Gbagbo, ont notamment menacé d'attaquer l'hôtel Golf d'Abidjan, le quartier général d'Alassane Ouattara, le 1er janvier.
En deux semaines, les violences auraient causé 179 morts, selon l'ONU.
Radio-Canada.ca avec
Agence France Presse et Reuters
Source: Radio Canada, du 01/01/2011
Guillaume Soro, le premier ministre du gouvernement Ouattara, promet que Laurent Gbagbo « n'aura pas d'ennuis » s'il cède la présidence pacifiquement.
« Si d'ici minuit il ne quitte pas le pouvoir, le président de la République sera au regret d'envisager d'autres mesures », a affirmé M. Soro.
Ces menaces font écho à une possible intervention militaire de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
Toutefois, Laurent Gbagbo a promis de ne « pas céder » aux pressions internationales ou à celles de son rival Alassane Ouattara. Il a fait cette déclaration en guise de réplique lors d'un discours de voeux à la Nation diffusé sur la télévision d'État RTI.
Il a ainsi dénoncé « une tentative de coup d'État menée sous la bannière de la communauté internationale ».
Une première mission des chefs d'État du Bénin, de Sierra Leone et du Cap-Vert a eu lieu cette semaine en Côte d'Ivoire. Les trois émissaires doivent retourner lundi à Abidjan, mais la Sierra Leone a précisé que la rencontre avec M. Gbagbo serait la dernière.
Mais si cette nouvelle tentative de dialogue échoue, « la CEDEAO prendra par la force le pouvoir à Laurent Gbagbo et le donnera à Alassane Ouattara », a déclaré le porte-parole de l'armée nigériane, le colonel Mohamed Yerimah.
Déclarations de l'ONU
La haute-commissaire pour les réfugiés des Nations Unies, Navi Pillay, a affirmé que président ivoirien sortant avait la responsabilité de protéger la population de son pays. Selon elle, les enlèvements et les meurtres qui ont lieu dans ce pays depuis les élections du 28 novembre constituent des crimes contre l'humanité.
Navi Pillay rappelle aux partisans de Laurent Gbagbo qu'ils seront tenus responsables des atrocités commises. Des milliers de personnes ont fui la Côte-d'Ivoire parce qu'ils craignaient l'éclatement une guerre civile.
La Grande-Bretagne appuie une intervention militaire
Le président sortant est de plus en plus isolé sur la scène internationale. Le Royaume-Uni a annoncé vendredi qu'elle ne reconnaissait plus l'ambassadeur de Côte d'Ivoire à Londres, Philippe Djangone-Bi, nommé en 2007 par Laurent Gbagbo.
Le ministère des Affaires étrangères britannique a également déclaré qu'il soutiendrait une éventuelle intervention militaire des dirigeants d'Afrique de l'Ouest.
« Ils seraient bien avisés de le faire sous l'autorité des Nations unies, mais nous soutiendrions une telle action aux Nations unies », a précisé William Hague, le chef de la diplomatie britannique.
L'Union européenne sanctionne le régime de Gbagbo
L'UE a annoncé vendredi une nouvelle série de sanctions contre Laurent Gbagbo. Cinquante-neuf proches du président sortant sont désormais interdits de visas.
D'après un diplomate, les pays européens préparent également un gel des avoirs du clan Gbagbo.
Avec cette crise politique, Paris recommande ainsi à ses citoyens de quitter provisoirement le pays, même si les étrangers n'ont pas encore été directement menacés.
Sur presque 14 000 ressortissants français qui étaient présents au début des événements, environ 2000 auraient quitté la Côte d'Ivoire.
Les risques d'affrontements sont toujours élevés. Les partisans de Laurent Gbagbo, ont notamment menacé d'attaquer l'hôtel Golf d'Abidjan, le quartier général d'Alassane Ouattara, le 1er janvier.
En deux semaines, les violences auraient causé 179 morts, selon l'ONU.
Radio-Canada.ca avec
Agence France Presse et Reuters
Source: Radio Canada, du 01/01/2011
CRISE IVOIRIENNE: Laurent Gbagbo : J’y suis, j’y reste !
Laurent Gbagbo a accusé vendredi 31 décembre les grandes puissances de se livrer à "une tentative de coup d’Etat" en Côte d’Ivoire en soutenant son rival Alassane Ouattara, répétant qu’il n’était pas question pour lui de "céder". La Grande Bretagne se dit disposée à appuyer une intervention militaire africaine sans participation directe des forces britanniques.
"Il s’agit d’une tentative de coup d’Etat, menée sous la bannière de la communauté internationale", a déclaré le président sortant lors de ses voeux à la nation diffusés à la Radio-Télévision ivoirienne (RTI). "Je suis là où les Ivoiriens m’ont placé par leur vote. Nous ne voulons pas céder"’, a-t-il martelé.
Ces propos ont été tenus peu après une mise en garde d’un haut responsable de l’Onu à Laurent Gbagbo et à ses partisans, prévenus qu’ils risquaient d’avoir à rendre compte devant la justice de toute atteinte aux droits de l’homme.
La Haute-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Navi Pillay, a écrit à Laurent Gbagbo et à d’autres responsables ivoiriens pour les prévenir qu’ils seraient tenus pour responsables de toute atrocité. "Les chefs d’Etat et autres acteurs ne sont plus assurés de pouvoir impunément commettre des violations atroces des droits de l’homme" depuis que la communauté internationale s’est dotée avec la Cour pénale internationale (CPI) d’un "instrument pour qu’ils rendent des comptes", a-t-elle dit, faisant état de la découverte d’au moins deux charniers.
"À mains nues "
La veille, le siège new-yorkais des Nations unies avait diffusé un communiqué faisant état de la vive inquiétude de conseillers du secrétaire général Ban Ki-moon quant aux risques de violence ethnique en Côte d’Ivoire, où Gbagbo refuse de céder la place à Alassane Ouattara, jugé vainqueur du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre.
"Même si, tout de suite, je dis: ’je quitte le pouvoir’, qui donne la garantie que ça, ça va amener la paix et ça ne va pas amener des violences plus grandes que celles qu’on redoute ?", a déclaré à la chaîne télévision Euronews le président sortant.
Charles Blé Goudé, chef des Jeunes Patriotes proches de Laurent Gbagbo, a menacé de lancer samedi ses troupes "à mains nues" à l’assaut de l’hôtel mais Ban Ki-moon a prévenu que cela pourrait provoquer une "violence généralisée". Il a rappelé que l’Onuci avait mandat pour "faire usage de tous les moyens nécessaires" pour protéger ses troupes et les occupants de l’hôtel.
S’adressant à la presse à l’hôtel du Golf, le Premier ministre d’Ouattara, Guillaume Soro, a invité la communauté internationale à agir vite pour renverser Laurent Gbagbo. La Côte d’Ivoire est déjà en état de guerre civile, a-t-il estimé en avançant le chiffre de 200 personnes tuées par les partisans de Gbagbo depuis le 28 novembre.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui a menacé Gbagbo de recourir à la "force légitime" s’il ne cédait pas le pouvoir, renvoie lundi 3 janvier à Abidjan les trois émissaires qu’elle lui avait vainement dépêchés mardi dernier.
Londres favorable à une intervention
"Gbagbo ne devrait pas sous-estimer la détermination de la communauté internationale à faire reconnaître la volonté du peuple ivoirien et à assurer un transfert de pouvoir démocratique", a déclaré le chef de la diplomatie britannique, William Hague. Il a annoncé que Londres appuierait le principe d’une intervention ouest-africaine mais il a conseillé à la Cedeao "d’obtenir l’aval des Nations unies pour cela". Il a exclu toute intervention directe de troupes britanniques.
La France a une nouvelle fois conseillé vendredi à ses ressortissants de quitter provisoirement la Côte d’Ivoire en raison de la "crise politique aiguë" que traverse le pays "bien que les ressortissants étrangers ne soient pas, jusqu’à présent, directement menacés.
A Genève, les cinq experts du groupe de travail sur les disparitions forcées ou non-volontaires ont fait état dans un communiqué de centaines de personnes arrêtées par les éléments pro-Gbagbo qui seraient détenues au secret et exposées à la torture, sans toutefois citer le nom du président sortant. "Quand ils sont commis dans certaines circonstances, les enlèvements équivalent à des crimes contre l’humanité. Ceux qui ont commis des actes aussi horribles doivent rendre des comptes", estiment-ils. Quant aux victimes, elles ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations, ajoutent-ils.
Jeudi à New York, Martin Nesirky, porte-parole de l’ONU, a déclaré que la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire avait déployé de larges effectifs pour assurer la protection du gouvernement Ouattara à l’hôtel du Golf. Ces troupes sont autorisées "à employer tous les moyens nécessaires" pour protéger le personnel onusien, ainsi que toutes les personnes vivant dans l’hôtel, a-t-il prévenu.
Ces propos ont été tenus peu après une mise en garde d’un haut responsable de l’Onu à Laurent Gbagbo et à ses partisans, prévenus qu’ils risquaient d’avoir à rendre compte devant la justice de toute atteinte aux droits de l’homme.
La Haute-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Navi Pillay, a écrit à Laurent Gbagbo et à d’autres responsables ivoiriens pour les prévenir qu’ils seraient tenus pour responsables de toute atrocité. "Les chefs d’Etat et autres acteurs ne sont plus assurés de pouvoir impunément commettre des violations atroces des droits de l’homme" depuis que la communauté internationale s’est dotée avec la Cour pénale internationale (CPI) d’un "instrument pour qu’ils rendent des comptes", a-t-elle dit, faisant état de la découverte d’au moins deux charniers.
"À mains nues "
La veille, le siège new-yorkais des Nations unies avait diffusé un communiqué faisant état de la vive inquiétude de conseillers du secrétaire général Ban Ki-moon quant aux risques de violence ethnique en Côte d’Ivoire, où Gbagbo refuse de céder la place à Alassane Ouattara, jugé vainqueur du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre.
"Même si, tout de suite, je dis: ’je quitte le pouvoir’, qui donne la garantie que ça, ça va amener la paix et ça ne va pas amener des violences plus grandes que celles qu’on redoute ?", a déclaré à la chaîne télévision Euronews le président sortant.
Charles Blé Goudé, chef des Jeunes Patriotes proches de Laurent Gbagbo, a menacé de lancer samedi ses troupes "à mains nues" à l’assaut de l’hôtel mais Ban Ki-moon a prévenu que cela pourrait provoquer une "violence généralisée". Il a rappelé que l’Onuci avait mandat pour "faire usage de tous les moyens nécessaires" pour protéger ses troupes et les occupants de l’hôtel.
S’adressant à la presse à l’hôtel du Golf, le Premier ministre d’Ouattara, Guillaume Soro, a invité la communauté internationale à agir vite pour renverser Laurent Gbagbo. La Côte d’Ivoire est déjà en état de guerre civile, a-t-il estimé en avançant le chiffre de 200 personnes tuées par les partisans de Gbagbo depuis le 28 novembre.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui a menacé Gbagbo de recourir à la "force légitime" s’il ne cédait pas le pouvoir, renvoie lundi 3 janvier à Abidjan les trois émissaires qu’elle lui avait vainement dépêchés mardi dernier.
Londres favorable à une intervention
"Gbagbo ne devrait pas sous-estimer la détermination de la communauté internationale à faire reconnaître la volonté du peuple ivoirien et à assurer un transfert de pouvoir démocratique", a déclaré le chef de la diplomatie britannique, William Hague. Il a annoncé que Londres appuierait le principe d’une intervention ouest-africaine mais il a conseillé à la Cedeao "d’obtenir l’aval des Nations unies pour cela". Il a exclu toute intervention directe de troupes britanniques.
La France a une nouvelle fois conseillé vendredi à ses ressortissants de quitter provisoirement la Côte d’Ivoire en raison de la "crise politique aiguë" que traverse le pays "bien que les ressortissants étrangers ne soient pas, jusqu’à présent, directement menacés.
A Genève, les cinq experts du groupe de travail sur les disparitions forcées ou non-volontaires ont fait état dans un communiqué de centaines de personnes arrêtées par les éléments pro-Gbagbo qui seraient détenues au secret et exposées à la torture, sans toutefois citer le nom du président sortant. "Quand ils sont commis dans certaines circonstances, les enlèvements équivalent à des crimes contre l’humanité. Ceux qui ont commis des actes aussi horribles doivent rendre des comptes", estiment-ils. Quant aux victimes, elles ont droit à la vérité, à la justice et à des réparations, ajoutent-ils.
Jeudi à New York, Martin Nesirky, porte-parole de l’ONU, a déclaré que la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire avait déployé de larges effectifs pour assurer la protection du gouvernement Ouattara à l’hôtel du Golf. Ces troupes sont autorisées "à employer tous les moyens nécessaires" pour protéger le personnel onusien, ainsi que toutes les personnes vivant dans l’hôtel, a-t-il prévenu.
(Reuter/AP)
Source: Congoindépendant 2003-2011, du 01 Janvier 2011
Source: Congoindépendant 2003-2011, du 01 Janvier 2011
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