Les participants à la conférence de Paris ont dégelé, jeudi, une quinzaine de milliards de dollars d'avoirs libyens.
Il s'agissait, avait-on prévenu à l'Élysée, de «rassembler la communauté internationale derrière les autorités libyennes pour les aider à réussir la reconstruction d'une Libye nouvelle». Ambitieux, l'objectif de la conférence des «amis de la Libye» qui s'est déroulée jeudi, aura, presque, été atteint, tout au moins à l'aune du nombre de participants. Une soixantaine de délégations, pays ou organisations, ont répondu présent à l'invitation lancée par Nicolas Sarkozy, en tandem avec David Cameron. Une initiative prise pas plus tard que la semaine dernière, donc «avec la volonté d'aller vite pour embrayer dans cette période de transition décisive», soulignait-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. Implicitement, la participation à cette conférence signifiait, pour ceux qui sont venus, une reconnaissance du nouveau pouvoir libyen. Le pas a été franchi, in extremis, par la Russie, jeudi, tandis que l'Algérie, terre d'accueil pour la famille Kadhafi, a promis de le faire. Alger, dont l'attitude a été qualifiée jeudi d'«ambiguë» par Alain Juppé, était représentée par son ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci. Peu allante, elle aussi, la Chine a néanmoins dépêché un vice-ministre jeudi à l'Élysée. Seul absent notable, l'Afrique du Sud, mécontente de l'intervention de l'Otan. L'Union africaine, quoique représentée, s'est également dite pas encore prête à reconnaître le CNT.
Stabiliser le pays et normaliser ses relations de voisinage ne sera pas le moindre défi que devra relever la Libye nouvelle. La fin des combats se fait toujours attendre. «Le sort des armes ne peut plus s'inverser, mais la force de nuisance des pro-Kadhafi, les snipers notamment, reste importante», note-t-on à l'Élysée. L'Otan poursuivra ses frappes «tant que cela sera nécessaire», a averti David Cameron.
Avant même la reconstruction du pays, c'est l'aide d'urgence qui était au menu de la conférence de Paris pour tenter de pallier le manque d'eau, d'électricité et de carburant. Des besoins immédiats dont le financement doit être assuré par le dégel immédiat de 15 milliards de dollars d'avoirs du clan Kadhafi à l'étranger, dont 1,5 milliard en France. Les deux principaux responsables du CNT, Moustapha Abdeljalil et son numéro deux, Mahmoud Jibril, qu'un avion français est allé chercher jeudi matin à Benghazi, ont présenté leurs priorités en matière de reconstruction.
Former une «police efficace» et «démocratique»
Le principal défi sera celui de la mise en place d'institutions démocratiques. Pour les puissances qui «accompagneront» cette renaissance, il s'agira surtout d'éviter les dérives d'un scénario à l'irakienne ou, plus redoutable encore, à l'afghane. «Rien ne peut se faire sans la réconciliation et le pardon», a prévenu Nicolas Sarkozy. La «feuille de route» institutionnelle du CNT prévoit, sur dix-huit mois, la mise en place d'un gouvernement provisoire, d'une Assemblée constituante et l'adoption par référendum d'une Constitution suivie d'élections générales. Mais le projet est loin d'être finalisé. D'ores et déjà, l'Union européenne s'est dite prête à aider les nouvelles autorités à former une «police efficace» et «démocratique», a indiqué jeudi sa chef de la diplomatie, Catherine Ashton. À la demande du CNT, Ban Ki-moon a proposé l'envoi rapide d'une mission des Nations unies. Quelques dizaines d'hommes, voire même quelques centaines, pourraient-ils stabiliser un pays grand comme trois fois la France? La question se posera, tout comme celle de la collecte des armes distribuées à profusion et celle de l'islamisme. Un risque balayé d'un revers de main à Paris, où l'on affirme qu'«il peut y avoir des groupuscules mais que l'islamisme ne représente en Libye ni une sensibilité importante ni une menace». Le groupe des amis de la Libye nouvelle pourra en juger lors de son prochain rendez-vous fin septembre à New York. Nicolas Sarkozy a enfin assuré vouloir se rendre à Tripoli avec David Cameron dès que le CNT y sera installé.
Author: Alain Barluet
Source: Le Figaro, Mis à jour le 02/09/2011
Welcome to the Rwanda-Drc-Burundi-Ouganda Blog. Well, this blog will gather daily, all interesting news related to some countries of the greatlakes region. Our attention will focus primarily on the DRC and Rwanda. I believe these two countries have come a long way and proceeding in the right direction (provided that they build, from now on stronger institutions!). In addition, some interesting news from Africa and other parts of the world will be posted from time to time.
Friday, September 2, 2011
LIBYA: Les hommes-clés du Conseil national de transition
C'est lui qui, le 10 mars, à rebours des usages diplomatiques, annonçait sur le perron de l'Elysée que la France venait de reconnaître le Conseil national de transition (CNT). Après ce coup d'éclat, Mahmoud Jibril, un économiste de 59 ans, qui a étudié et travaillé aux Etats-Unis, a enchaîné les visites dans les chancelleries occidentales et les émirats du Golfe, pour récolter d'autres soutiens, politiques et financiers. "Premier ministre" du CNT, il en est surtout son diplomate en chef, plus souvent basé à Doha, au Qatar, qu'à Benghazi. Les islamistes libyens, qui le voient comme "l'homme de l'étranger", craignent qu'il ne promeuve une Constitution laïque.
ALI TARHOUNI, "MONSIEUR PÉTROLE"
Agé de 60 ans, ex-professeur d'économie à l'université de Seattle, aux Etats-Unis, Ali Tarhouni détient les portefeuilles des finances et du pétrole, au sein du Conseil national de transition (CNT). C'est à lui qu'incombe la tâche de gérer le budget de la rébellion, évalué à 3,6 milliards de dinars libyens mensuels (2 milliards d'euros) et de relancer la rente pétrolière. En avril, il avait stupéfié ses collègues en rejoignant par bateau la ville de Misrata, alors assiégée, afin d'apporter de l'argent aux insurgés. C'est lui qui a officialisé le transfert du CNT de Benghazi à Tripoli. Une revanche pour cet opposant de longue date, que le régime Kadhafi avait condamné à mort in absentia.
KHALIFA HIFTER, L'AMBITIEUX MILITAIRE
Dans la nébuleuse militaire rebelle, il est l'un de ceux avec lesquels il faudra compter. A son retour à Benghazi, au mois de mars, après vingt-quatre ans d'exil aux Etats-Unis, Khalifa Hifter a été acclamé par les jeunes insurgés. Pendant quelques semaines, il fut même le chef des forces rebelles, avant de s'effacer devant Abdel Fattah Younès, un officier assassiné en juillet. Dans les années 1980, il avait participé à la guerre contre le Tchad, comme commandant de l'armée du colonel Kadhafi. Défait, il avait rejoint les rangs de l'opposition et était parti s'installer outre-Atlantique, d'où il aurait piloté, pour le compte de la CIA, des opérations de déstabilisation du régime Kadhafi.
ABDEL HAFEZ GHOGA, LA VOIX DES OPPRIMÉS
Il visait initialement la direction du Conseil national de transition (CNT). En concurrence avec Moustapha Abdeljalil, Abdel Hafez Ghoga s'est contenté d'un poste de vice-président et de porte-parole. Avocat de formation, il s'est fait connaître dans les années 1990 en prenant la défense des familles de détenus de la prison d'Abou Salim, le cachot préféré du régime. Elu à la tête du barreau dix ans plus tard, il bataille pour améliorer le statut de sa profession et noue des relations avec des organisations de défense des droits de l'homme à l'étranger. Son credo ? "Faire de la Libye un pays où la loi aura le premier et le dernier mot."
Author: Benjamin Barthe et Laure Stephan (Benghazi, envoyée spéciale)
Source: Le Monde, Article paru dans l'édition du 02.09.11
LIBYE: Kadhafi affirme qu'il ne se rendra pas.
Le colonel et ses proches continuent de se terrer pour échapper aux «combattants de la révolution».
Plus proche de la tragédie que de la comédie, la partie de cache-cache se poursuit entre Mouammar Kadhafi et le nouveau pouvoir libyen, dont les troupes enserrent les dernières villes demeurées fidèles à l'ex-dictateur. Toujours introuvable, ce dernier a averti jeudi, dans un message audio diffusé par la chaîne satellitaire Arrai basée en Syrie, que lui et son clan ne «se rendront pas». «Préparez-vous à une guerre de gangs et de guérilla, à la guerre urbaine, et à une résistance populaire dans chaque ville pour vaincre l'ennemi partout» a-t-il affirmé, la voix calme et posée par rapport à ses discours habituellement enflammées. «L'objectif est de tuer l'ennemi là où il se trouve, qu'il soit libyen ou étranger» a-t-il ajouté.
La veille, dans un entretien téléphonique sur la même chaîne de télévision syrienne, Seïf al-Islam avait exhorté les partisans de son père à combattre «jour et nuit». Celui qui rêvait de succéder à son géniteur a affirmé appeler d'une banlieue de Tripoli, ajoutant que son père allait «bien». Le même soir, un homme affirmant être un autre des fils de Kadhafi, Saadi, s'est dit, lui, prêt à négocier avec les insurgés pour faire cesser la violence. Il a également assuré sur la chaîne al-Arabiya (proche des Saoudiens) parler au nom de son père et de ses chefs militaires. Qui croire? Le clan Kadhafi serait-il en train de se déliter? Combien de temps encore l'ancien dictateur et sa clique pourront-ils résister? Et, à supposer que Mouammar, Seïf al-Islam et Saadi sont ensemble, où se cachent-ils?
Jeudi, jour anniversaire de la prise du pouvoir du colonel Kadhafi le 1er septembre 1969, le Conseil national de transition (CNT), l'organe qui désormais préside aux destinées de la Libye, a repoussé d'une semaine son ultimatum aux partisans de l'ancien dictateur retranchés dans la ville côtière de Syrte. Dans la foulée de la prise de Tripoli, quatre jours de répit avaient été initialement accordés aux militaires et civils encerclés dans la ville natale de Mouammar Kadhafi. Ce premier ultimatum devait arriver à expiration demain, samedi.
Le souhait affiché par le CNT a toujours été d'obtenir une reddition de cette cité par la négociation, afin d'éviter un bain de sang. Manifestement, les pourparlers avec les chefs de tribu de Syrte n'ont toujours pas abouti. D'où ce délai supplémentaire annoncé par le nouveau pouvoir libyen, qui sera également mis à profit par ses propres troupes pour préparer un éventuel assaut de la ville. Ayant acquis au fil des mois une certaine expérience militaire, les combattants de la révolution savent digérer leurs victoires et mesurer les risques de chaque nouvelle offensive. L'Otan, de son côté, poursuit ses frappes, notamment sur Syrte et Beni Oulid.
Outre Syrte, les forces fidèles au clan Kadhafi tiennent encore plusieurs bastions dans le Sahara, dont l'oasis de Sebha dans le centre-ouest du pays et, à 150 km au sud-est de Tripoli, la ville de Beni Oulid. Si tant est que l'ex-Guide libyen et sa clique n'ont pas fui à l'étranger, ils pourraient ressasser leur défaite dans l'une de ces trois villes. Abdel Madjid, coordinateur des opérations militaires au sein du CNT, a déclaré à Reuters qu'une «personne en qui nous avons confiance » avait indiqué que Mouammar Kadhafi, son fils Seïf al-Islam et le chef des services de renseignements Abdallah al-Senoussi, avaient gagné Beni Oulid, trois jours après la chute de Tripoli, la semaine dernière. «Nous avons des informations selon lesquelles Mouammar Kadhafi serait à Beni Oulid depuis deux jours, mais ces informations ne sont pas totalement confirmées», a tempéré le vice-président du CNT, Abdelhafiz Ghoga, tout en faisant état de la présence de combattants rebelles et d'accrochages près de cette ville d'environ 50.000 habitants. Beni Oulid est l'un des fiefs de la tribu des Warfalla, une des plus puissantes du pays et qui compte environ un million de personnes. Depuis le début du conflit, les Warfalla se sont rangés aux côtés du dictateur, nombre d'habitants de Beni Oulid remontant vers le nord pour épauler les troupes loyalistes qui encerclaient la ville rebelle de Misrata.
Les Touaregs, anciens partenaires du colonel
Un garde du corps du clan Kadhafi, cité par la chaîne de télévision britannique Sky News, a, de son côté, rapporté que l'ancien dictateur aurait quitté Tripoli vendredi dernier pour se réfugier à Sebha. Les Touaregs, anciens partenaires de Mouammar Kadhafi, et la propre tribu de l'ex-Guide libyen, les Kadhafa, ont beaucoup d'influence à Sebha, une porte ouverte sur l'Algérie, le Niger et le Tchad.
Dans cette partie de cache-cache, où les fausses nouvelles sont nombreuses, Ahmed Saïd, le conseiller du ministre de l'Intérieur du gouvernement du Conseil national de transition a fait jeudi état de la capture du chef de la diplomatie du régime déchu. «Nous ne pouvons pas vous fournir de détails, mais je peux confirmer qu'il est arrêté», a déclaré ce conseiller, sans pour autant citer le nom d'Abdelati al-Obeidi.
Author: Thierry Portes
Source: Le Figaro, du 02/09/2011
Plus proche de la tragédie que de la comédie, la partie de cache-cache se poursuit entre Mouammar Kadhafi et le nouveau pouvoir libyen, dont les troupes enserrent les dernières villes demeurées fidèles à l'ex-dictateur. Toujours introuvable, ce dernier a averti jeudi, dans un message audio diffusé par la chaîne satellitaire Arrai basée en Syrie, que lui et son clan ne «se rendront pas». «Préparez-vous à une guerre de gangs et de guérilla, à la guerre urbaine, et à une résistance populaire dans chaque ville pour vaincre l'ennemi partout» a-t-il affirmé, la voix calme et posée par rapport à ses discours habituellement enflammées. «L'objectif est de tuer l'ennemi là où il se trouve, qu'il soit libyen ou étranger» a-t-il ajouté.
La veille, dans un entretien téléphonique sur la même chaîne de télévision syrienne, Seïf al-Islam avait exhorté les partisans de son père à combattre «jour et nuit». Celui qui rêvait de succéder à son géniteur a affirmé appeler d'une banlieue de Tripoli, ajoutant que son père allait «bien». Le même soir, un homme affirmant être un autre des fils de Kadhafi, Saadi, s'est dit, lui, prêt à négocier avec les insurgés pour faire cesser la violence. Il a également assuré sur la chaîne al-Arabiya (proche des Saoudiens) parler au nom de son père et de ses chefs militaires. Qui croire? Le clan Kadhafi serait-il en train de se déliter? Combien de temps encore l'ancien dictateur et sa clique pourront-ils résister? Et, à supposer que Mouammar, Seïf al-Islam et Saadi sont ensemble, où se cachent-ils?
Jeudi, jour anniversaire de la prise du pouvoir du colonel Kadhafi le 1er septembre 1969, le Conseil national de transition (CNT), l'organe qui désormais préside aux destinées de la Libye, a repoussé d'une semaine son ultimatum aux partisans de l'ancien dictateur retranchés dans la ville côtière de Syrte. Dans la foulée de la prise de Tripoli, quatre jours de répit avaient été initialement accordés aux militaires et civils encerclés dans la ville natale de Mouammar Kadhafi. Ce premier ultimatum devait arriver à expiration demain, samedi.
Le souhait affiché par le CNT a toujours été d'obtenir une reddition de cette cité par la négociation, afin d'éviter un bain de sang. Manifestement, les pourparlers avec les chefs de tribu de Syrte n'ont toujours pas abouti. D'où ce délai supplémentaire annoncé par le nouveau pouvoir libyen, qui sera également mis à profit par ses propres troupes pour préparer un éventuel assaut de la ville. Ayant acquis au fil des mois une certaine expérience militaire, les combattants de la révolution savent digérer leurs victoires et mesurer les risques de chaque nouvelle offensive. L'Otan, de son côté, poursuit ses frappes, notamment sur Syrte et Beni Oulid.
Outre Syrte, les forces fidèles au clan Kadhafi tiennent encore plusieurs bastions dans le Sahara, dont l'oasis de Sebha dans le centre-ouest du pays et, à 150 km au sud-est de Tripoli, la ville de Beni Oulid. Si tant est que l'ex-Guide libyen et sa clique n'ont pas fui à l'étranger, ils pourraient ressasser leur défaite dans l'une de ces trois villes. Abdel Madjid, coordinateur des opérations militaires au sein du CNT, a déclaré à Reuters qu'une «personne en qui nous avons confiance » avait indiqué que Mouammar Kadhafi, son fils Seïf al-Islam et le chef des services de renseignements Abdallah al-Senoussi, avaient gagné Beni Oulid, trois jours après la chute de Tripoli, la semaine dernière. «Nous avons des informations selon lesquelles Mouammar Kadhafi serait à Beni Oulid depuis deux jours, mais ces informations ne sont pas totalement confirmées», a tempéré le vice-président du CNT, Abdelhafiz Ghoga, tout en faisant état de la présence de combattants rebelles et d'accrochages près de cette ville d'environ 50.000 habitants. Beni Oulid est l'un des fiefs de la tribu des Warfalla, une des plus puissantes du pays et qui compte environ un million de personnes. Depuis le début du conflit, les Warfalla se sont rangés aux côtés du dictateur, nombre d'habitants de Beni Oulid remontant vers le nord pour épauler les troupes loyalistes qui encerclaient la ville rebelle de Misrata.
Les Touaregs, anciens partenaires du colonel
Un garde du corps du clan Kadhafi, cité par la chaîne de télévision britannique Sky News, a, de son côté, rapporté que l'ancien dictateur aurait quitté Tripoli vendredi dernier pour se réfugier à Sebha. Les Touaregs, anciens partenaires de Mouammar Kadhafi, et la propre tribu de l'ex-Guide libyen, les Kadhafa, ont beaucoup d'influence à Sebha, une porte ouverte sur l'Algérie, le Niger et le Tchad.
Dans cette partie de cache-cache, où les fausses nouvelles sont nombreuses, Ahmed Saïd, le conseiller du ministre de l'Intérieur du gouvernement du Conseil national de transition a fait jeudi état de la capture du chef de la diplomatie du régime déchu. «Nous ne pouvons pas vous fournir de détails, mais je peux confirmer qu'il est arrêté», a déclaré ce conseiller, sans pour autant citer le nom d'Abdelati al-Obeidi.
Author: Thierry Portes
Source: Le Figaro, du 02/09/2011
LIBYE:Comment Londres a mené la guerre secrète du pétrole.
Une cellule spéciale a asséché en carburant le régime Kadhafi et approvisionné les rebelles.
En marge des raids aériens, Londres a mis en place un dispositif tactique pour étrangler le régime Kadhafi en le privant de carburant. Créée en avril, une cellule secrète a participé à l'assèchement en pétrole des forces pro-Kadhafi tout en visant à établir des circuits d'approvisionnement pour les rebelles. Une équipe de six à huit personnes, sous la houlette du ministre du Développement international, Alan Duncan, était composée de membres du Foreign Office et du ministère de la Défense, avec l'appui des services secrets du MI6.
Ancien trader spécialiste du pétrole, Alan Duncan est à l'origine de l'opération. Au printemps, des informations des milieux pétroliers montrent en effet que les sanctions internationales pénalisent plus les rebelles que le régime, qui, s'il n'est plus en mesure de raffiner le brut produit sur le sol libyen, continue à s'approvisionner en pétrole en payant 150 à 200 dollars de plus le baril que le cours officiel et en se faisant livrer par la Tunisie. Convaincu de la nécessité d'agir sur ce terrain, David Cameron donne son feu vert à la création de la cellule secrète, qui lui rend compte directement.
Installée dans des bureaux du Foreign Office, au centre de Londres, l'équipe parvient, en liaison avec des agents sur le terrain et avec l'Otan, à établir un blocus des ports libyens et à contrôler les voies utilisées pour l'importation de pétrole de contrebande. Elle aide les rebelles à couper l'alimentation de la raffinerie libyenne de Zawiya, la seule à fonctionner durant le conflit.
Pendant ce temps, à Londres, les traders des groupes pétroliers sont mis en contact avec les troupes du Conseil national de transition. Les livraisons aux insurgés, souvent à crédit, se déroulent par l'intermédiaire de Vitol, une société de trading suisse pour laquelle Alan Duncan avait travaillé dans le passé. La cellule parvient aussi à intercepter un pétrolier libyen, le Cartagena, porteur de 37.500 tonnes de brut, pour le détourner de sa route vers Tripoli et le faire livrer son chargement à Malte. Au total, l'opération aurait abouti à assécher de 90% les réserves pétrolières du régime Kadhafi et facilité la progression des rebelles.
Parallèlement aux efforts militaires et diplomatiques, cette pression économique sur le régime a contribué à sa chute, se félicite le gouvernement britannique. «Notre initiative a montré le rôle du pétrole comme l'arme non létale la plus cruciale dans ce conflit. Le nœud de l'énergie s'est resserré autour du cou de Tripoli. C'est beaucoup plus efficace et plus facile à réparer que des bombes. C'est comme de confisquer les clés de la voiture», commente une source gouvernementale.
Les liens approfondis tissés avec l'industrie pétrolière en Libye devraient aussi avantager les entreprises du Royaume-Uni dans l'après-guerre. Londres se prépare à envoyer sur place une équipe de représentants commerciaux. La Libye, 17e producteur pétrolier mondial, produisait jusqu'à 1,8 million de barils par jour avant le conflit. BP et Shell sont dans les starting-blocks pour reprendre leurs activités d'exploration dans le désert libyen.
De notre correspondant à Londres
Par Florentin Collomp
-------------
Les industriels français prêts à reprendre pied à Tripoli
Nombreux sont les pays qui sont sur les rangs pour participer à la reconstruction de la Libye.
Y penser toujours, n'en parler jamais. Ou rarement. Les groupes industriels français fourbissent leurs armes en toute discrétion pour renouer ou nouer au plus vite des relations commerciales avec la Libye, identifier les interlocuteurs, relancer les projets. «La nouvelle Libye devrait, sous condition d'une gestion sans anicroche de la transition post-révolutionnaire, constituer un véritable eldorado pour les entreprises françaises et britanniques qui ont soutenu le Conseil national de transition (CNT)», assurent les experts de la recherche Afrique de la banque CM-CIC. «Attention, les rues ne seront jamais pavées d'or car le CNT sera, par essence, éphémère, tempère cependant Michel Casals, président de la Chambre de commerce franco-libyenne. Si la France jouit d'un capital sympathie considérable, la concurrence sera très vive, beaucoup de pays dont l'Italie sont sur les rangs pour participer à la reconstruction.» Troisième client mais seulement sixième fournisseur de la Libye avec un milliard de dollars d'exportation, la France espère faire mieux à l'avenir. Les groupes de BTP, tels Vinci, déjà engagés, espèrent d'autres contrats. Bolloré attend la gestion, signée en 2010, du port de Misrata.
• Pétrole: horizon ouvert pour Total
Il n'y aura pas de «favoritisme politique » dans l'attribution des contrats pétroliers, a déclaré hier un membre du CNT à Londres. En 2010, 15,7% des importations françaises de pétrole provenaient de Libye, mais Total n'en produisait qu'environ 3,5%, dans le cadre de consortiums contrôlés par la compagnie nationale NOC. Pour l'heure, le groupe français observe la plus grande prudence. Mais un proche du dossier estime «probable » les contacts entre la compagnie et les représentants libyens présents à la conférence de Paris. La priorité est à la remise en état des installations. Total ne produit plus un seul baril en Libye. Pour Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes, il faudra plusieurs mois pour retrouver le niveau de production de quelque 1,6 million de barils par jour d'avant-guerre. Or, selon cet expert, le plus efficace serait de réactiver les contrats existants, signés avec plusieurs dizaines de compagnies étrangères, avant de redistribuer les cartes. La prime promise par le CNT à ses alliés, France en tête, pourrait davantage intervenir dans un deuxième temps: celui de l'exploration et de l'exploitation des immenses réserves d'or noir, évaluées entre 40 et 45 milliards de barils.
• Industrie: la discrétion est de rigueur
Les groupes industriels font preuve d'une extrême prudence en évoquant leurs ambitions futures en Libye. Les groupes de bâtiment et de travaux publics se gardent bien d'évoquer «l'eldorado» promis par les analystes. Ainsi, Vinci, qui construisait notamment la tour de contrôle de l'aéroport de Tripoli au début de la guerre se borne aujourd'hui à évoquer un «marché potentiel d'avenir dans les secteurs du transport, ou de l'eau». Présent depuis trente ans en Libye, via Dumez, Vinci veut éviter les maladresses, avant de revenir dans ce pays. Pour sa part, la filiale logistique du groupe Bolloré attend avec impatience le retour à la normale en Libye: elle a obtenu la concession de la gestion du terminal à conteneurs du port de Misrata quelques semaines seulement avant le début des événements. Le groupe attend le feu vert libyen pour l'exploitation de ce port, point stratégique pour son développement sur le continent. Dans ce climat d'incertitude; mais aussi d'espoir, le Medef pense faire salle comble pour son prochain colloque sur la Libye.
• Aéronautique: reconstruire la flotte civile
Comme dans les autres filières industrielles, la prudence domine dans les milieux aéronautiques. «Nous sommes dans l'expectative. Il faut attendre le retour de la Libye au sein de la communauté internationale et la levée des embargos pour réactiver les relations d'affaires», résume Marwan Lahoud, directeur général délégué d'EADS, maison mère d'Airbus. «Dans le civil, nous pouvons aider à remettre en vol les avions et reprendre ou amender les contrats déjà signés. Dans la défense et la sécurité, nous sommes l'arme au pied», ajoute-t-il. En mars dernier, Airbus avait dû interrompre ses livraisons d'appareils commandés en 2007 par la compagnie Afriqiyah Airways, soit une vingtaine d'A 320 et d'A 350. Des avions ont été détruits pendant les combats. À ce stade, ce sera à la compagnie nationale de faire le point sur ses besoins. Airbus estime que le potentiel de l'Afrique du Nord, dont la Libye, tourne autour de 175 appareils.
Author: Fabrice Nodé-Langlois, Charles Gautier, Véronique Guillermard
Source: Le Figaro, du 02/09/2011
En marge des raids aériens, Londres a mis en place un dispositif tactique pour étrangler le régime Kadhafi en le privant de carburant. Créée en avril, une cellule secrète a participé à l'assèchement en pétrole des forces pro-Kadhafi tout en visant à établir des circuits d'approvisionnement pour les rebelles. Une équipe de six à huit personnes, sous la houlette du ministre du Développement international, Alan Duncan, était composée de membres du Foreign Office et du ministère de la Défense, avec l'appui des services secrets du MI6.
Ancien trader spécialiste du pétrole, Alan Duncan est à l'origine de l'opération. Au printemps, des informations des milieux pétroliers montrent en effet que les sanctions internationales pénalisent plus les rebelles que le régime, qui, s'il n'est plus en mesure de raffiner le brut produit sur le sol libyen, continue à s'approvisionner en pétrole en payant 150 à 200 dollars de plus le baril que le cours officiel et en se faisant livrer par la Tunisie. Convaincu de la nécessité d'agir sur ce terrain, David Cameron donne son feu vert à la création de la cellule secrète, qui lui rend compte directement.
Installée dans des bureaux du Foreign Office, au centre de Londres, l'équipe parvient, en liaison avec des agents sur le terrain et avec l'Otan, à établir un blocus des ports libyens et à contrôler les voies utilisées pour l'importation de pétrole de contrebande. Elle aide les rebelles à couper l'alimentation de la raffinerie libyenne de Zawiya, la seule à fonctionner durant le conflit.
Pendant ce temps, à Londres, les traders des groupes pétroliers sont mis en contact avec les troupes du Conseil national de transition. Les livraisons aux insurgés, souvent à crédit, se déroulent par l'intermédiaire de Vitol, une société de trading suisse pour laquelle Alan Duncan avait travaillé dans le passé. La cellule parvient aussi à intercepter un pétrolier libyen, le Cartagena, porteur de 37.500 tonnes de brut, pour le détourner de sa route vers Tripoli et le faire livrer son chargement à Malte. Au total, l'opération aurait abouti à assécher de 90% les réserves pétrolières du régime Kadhafi et facilité la progression des rebelles.
Parallèlement aux efforts militaires et diplomatiques, cette pression économique sur le régime a contribué à sa chute, se félicite le gouvernement britannique. «Notre initiative a montré le rôle du pétrole comme l'arme non létale la plus cruciale dans ce conflit. Le nœud de l'énergie s'est resserré autour du cou de Tripoli. C'est beaucoup plus efficace et plus facile à réparer que des bombes. C'est comme de confisquer les clés de la voiture», commente une source gouvernementale.
Les liens approfondis tissés avec l'industrie pétrolière en Libye devraient aussi avantager les entreprises du Royaume-Uni dans l'après-guerre. Londres se prépare à envoyer sur place une équipe de représentants commerciaux. La Libye, 17e producteur pétrolier mondial, produisait jusqu'à 1,8 million de barils par jour avant le conflit. BP et Shell sont dans les starting-blocks pour reprendre leurs activités d'exploration dans le désert libyen.
De notre correspondant à Londres
Par Florentin Collomp
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Les industriels français prêts à reprendre pied à Tripoli
Nombreux sont les pays qui sont sur les rangs pour participer à la reconstruction de la Libye.
Y penser toujours, n'en parler jamais. Ou rarement. Les groupes industriels français fourbissent leurs armes en toute discrétion pour renouer ou nouer au plus vite des relations commerciales avec la Libye, identifier les interlocuteurs, relancer les projets. «La nouvelle Libye devrait, sous condition d'une gestion sans anicroche de la transition post-révolutionnaire, constituer un véritable eldorado pour les entreprises françaises et britanniques qui ont soutenu le Conseil national de transition (CNT)», assurent les experts de la recherche Afrique de la banque CM-CIC. «Attention, les rues ne seront jamais pavées d'or car le CNT sera, par essence, éphémère, tempère cependant Michel Casals, président de la Chambre de commerce franco-libyenne. Si la France jouit d'un capital sympathie considérable, la concurrence sera très vive, beaucoup de pays dont l'Italie sont sur les rangs pour participer à la reconstruction.» Troisième client mais seulement sixième fournisseur de la Libye avec un milliard de dollars d'exportation, la France espère faire mieux à l'avenir. Les groupes de BTP, tels Vinci, déjà engagés, espèrent d'autres contrats. Bolloré attend la gestion, signée en 2010, du port de Misrata.
• Pétrole: horizon ouvert pour Total
Il n'y aura pas de «favoritisme politique » dans l'attribution des contrats pétroliers, a déclaré hier un membre du CNT à Londres. En 2010, 15,7% des importations françaises de pétrole provenaient de Libye, mais Total n'en produisait qu'environ 3,5%, dans le cadre de consortiums contrôlés par la compagnie nationale NOC. Pour l'heure, le groupe français observe la plus grande prudence. Mais un proche du dossier estime «probable » les contacts entre la compagnie et les représentants libyens présents à la conférence de Paris. La priorité est à la remise en état des installations. Total ne produit plus un seul baril en Libye. Pour Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes, il faudra plusieurs mois pour retrouver le niveau de production de quelque 1,6 million de barils par jour d'avant-guerre. Or, selon cet expert, le plus efficace serait de réactiver les contrats existants, signés avec plusieurs dizaines de compagnies étrangères, avant de redistribuer les cartes. La prime promise par le CNT à ses alliés, France en tête, pourrait davantage intervenir dans un deuxième temps: celui de l'exploration et de l'exploitation des immenses réserves d'or noir, évaluées entre 40 et 45 milliards de barils.
• Industrie: la discrétion est de rigueur
Les groupes industriels font preuve d'une extrême prudence en évoquant leurs ambitions futures en Libye. Les groupes de bâtiment et de travaux publics se gardent bien d'évoquer «l'eldorado» promis par les analystes. Ainsi, Vinci, qui construisait notamment la tour de contrôle de l'aéroport de Tripoli au début de la guerre se borne aujourd'hui à évoquer un «marché potentiel d'avenir dans les secteurs du transport, ou de l'eau». Présent depuis trente ans en Libye, via Dumez, Vinci veut éviter les maladresses, avant de revenir dans ce pays. Pour sa part, la filiale logistique du groupe Bolloré attend avec impatience le retour à la normale en Libye: elle a obtenu la concession de la gestion du terminal à conteneurs du port de Misrata quelques semaines seulement avant le début des événements. Le groupe attend le feu vert libyen pour l'exploitation de ce port, point stratégique pour son développement sur le continent. Dans ce climat d'incertitude; mais aussi d'espoir, le Medef pense faire salle comble pour son prochain colloque sur la Libye.
• Aéronautique: reconstruire la flotte civile
Comme dans les autres filières industrielles, la prudence domine dans les milieux aéronautiques. «Nous sommes dans l'expectative. Il faut attendre le retour de la Libye au sein de la communauté internationale et la levée des embargos pour réactiver les relations d'affaires», résume Marwan Lahoud, directeur général délégué d'EADS, maison mère d'Airbus. «Dans le civil, nous pouvons aider à remettre en vol les avions et reprendre ou amender les contrats déjà signés. Dans la défense et la sécurité, nous sommes l'arme au pied», ajoute-t-il. En mars dernier, Airbus avait dû interrompre ses livraisons d'appareils commandés en 2007 par la compagnie Afriqiyah Airways, soit une vingtaine d'A 320 et d'A 350. Des avions ont été détruits pendant les combats. À ce stade, ce sera à la compagnie nationale de faire le point sur ses besoins. Airbus estime que le potentiel de l'Afrique du Nord, dont la Libye, tourne autour de 175 appareils.
Author: Fabrice Nodé-Langlois, Charles Gautier, Véronique Guillermard
Source: Le Figaro, du 02/09/2011
LIBYE: Les pétroliers occidentaux à l'affût en Libye.
Total en Libye : le petit roque des pétroliers occidentaux (1/2). Comment profiter de la chute de Kadhafi, tout en s'accommodant du maintien de Bashar Al Assad en Syrie.
L'Occident est à court de découvertes de pétrole, au point qu'un analyste du magazine américain Forbes demande cette semaine si la production contrôlée par les compagnies de l'Ouest n'est pas en tout bonnement sur le point de chuter. Si cela advenait, ce ne serait guère une surprise. Dès 2005, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) m'avait annoncé, pour Le Monde, un déclin de la production hors-Opep « peu après 2010 ».
Cela risque de surprendre encore moins les stratèges des compagnies pétrolières occidentales, celles que l'on a pris l'habitude d'appeler les 'majors', alors même que depuis les années 70 et l'émergence de l'Opep, elles ne contrôlent plus qu'à peine un septième des réserves de la planète. Malgré leurs capitaux fantastiques, qui les placent toujours aux tout premiers rangs des plus grandes firmes privées de la planète, les majors sont désormais des 'minors', du point de vue des réserves, face aux firmes publiques des grands pays exportateurs.
Plus le temps passera, plus la proportion des réserves de pétrole contrôlées par les pays exportateurs augmentera, tandis que la part des compagnies occidentales, elle, s'amenuisera, et cela « mécaniquement », répète Fatih Birol à l'AIE.
Mais ces jours-ci, ça sent la rebiffade.
Pour contrer la sape de sa position précaire au jeu d'échecs pétrolier mondial, le groupe français Total joue un petit roque en avançant une tour en Libye. Quant au géant américain Exxon, il vient de se risquer cette semaine dans une partie autrement plus ambitieuse et risquée : l'Arctique russe.
A suivre :
Exxon en Russie ― le grand roque des pétroliers occidentaux (2/2)
[Un roque, petit ou grand, est un mouvement simultanément défensif et offensif, qui consiste à exposer une tour en attaque pour mieux protéger son roi. Il ne peut être joué qu'une seule fois par partie.]
D'abord, il y a ce document révélé ce matin par Libération : une lettre adressée le 3 avril par le Conseil national de transition (CNT) libyen à l'émir du Qatar, évoquant la signature d'un accord « attribuant 35 % du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre conseil ».
On n'en sait pas plus pour l'instant, pas même s'il s'agit de 35 % des futures concessions ou encore des exportations de la Libye.
Alain Juppé, tout en niant avoir connaissance d'un tel accord, a toutefois souligné ce matin sur RTL : « Le CNT a dit très officiellement que dans la reconstruction, il s'adresserait de manière préférentielle à ceux qui l'ont soutenu, ce qui me paraît assez logique et juste ». Le ministre des affaires étrangères français a ajouté : « On nous a dit que cette opération en Libye coûte cher, mais c'est aussi un investissement pour l'avenir. »
La Libye, qui recèle les plus vastes réserves d'Afrique, est déjà à elle seule la troisième source d'approvisionnement de la France, ex aequo avec la Mer du Nord (16 % du total en 2010), derrière les pays du Proche-Orient (17 %) et ceux de l'ex-URSS (32 %), selon l'Insee. La France importe plus de pétrole libyen (10,25 millions de tonnes en 2010) que de pétrole saoudien (6 millions de tonnes).
Le groupe français Total, tout comme les firmes pétrolières liées à la Grande-Bretagne, avait peu à perdre et beaucoup à gagner dans la guerre en Libye ; Paris et Londres ont été les plus impliqués dans l'offensive de l'Otan.
Avant le début du conflit, le groupe français Total était assez mal implanté en Libye, avec seulement deux champs fournissant une modeste production de 55 000 barils par jour (b/j) : très loin derrière l'italien Eni (244 000 b/j), les compagnies américaines (124 000 b/j), et même l'allemand BASF (100 000 b/j), d'après les chiffres du département de l'énergie américain pour 2010.
BP et Shell faisaient encore plus figure d'outsiders. Après une longue absence consécutive à l'attentat de Lockerbie en 1988, les deux groupes dominés par les intérêts britanniques étaient de retour en Libye depuis la fin des années 2000, et se contentaient jusqu'ici de faire de la prospection. Le groupe BP est soupçonné, lourdement, d'avoir obtenu de Tony Blair la libération de l'auteur l'attentat de Lockerbie, commandité par Kadhafi, en l'échange de son retour en Libye.
« The times, they are changing. » Londres a dépêché cette semaine une équipe à Tripoli pour négocier de nouveaux accords pétroliers, rapporte le Daily Telegraph. Un officiel britannique juge nécessaire de préciser : « Les compagnies pétrolières britanniques ont été des acteurs majeurs en Libye, et je suis sûr qu'elles voudront y retourner. » Sûr et certain, surtout après que BP s'est fait claquer sur les doigts la porte de l'Arctique russe (voir le post prochain).
Silvio Berlusconi, lui, est aujourd'hui certainement soulagé. Les hommes qui tiennent désormais Tripoli ne semblent pas lui garder rancune, malgré les longues tergiversations du président du conseil italien dans les premières semaines de la révolte libyenne, avant qu'il ne se décide à lâcher Kadhafi, son ancien ami très respecté. Encore heureux pour les Italiens, dont plus du quart de l'essence était extrait en Libye avant la guerre.
Le directeur de l'information d'Agoco, la compagnie pétrolière proche du CNT basée à Benghazi, a déclaré le 22 août à l'agence Reuters :
« Nous n'avons pas de problème avec les pays occidentaux comme les entreprises italiennes, françaises et britanniques. Mais nous pouvons avoir quelques problèmes politiques avec la Russie, la Chine et le Brésil [ces trois pays n'ont pas soutenu les sanctions contre le régime Kadhafi]. »
L'italien Eni est de retour depuis lundi en Libye. Sans doute Agoco ne pouvait-elle faire autrement que de renouer avec son partenaire industriel historique. Eni opère principalement sur des plateformes off shore et, comme l'a déclaré le ministre des affaires étrangères italien, « les installations ont été construites par des Italiens, par la [société de services pétroliers] Saipem, par conséquent il est clair qu'Eni jouera le premier rôle [en Libye] à l'avenir ».
A l'égard de la Syrie, l'attitude de Rome semble indiquer que les stratèges de la diplomatie industrielle italienne sont encore convaincus de la nécessité de rester prudents : les exportations de la Libye pourraient ne pas revenir à la normale avant des mois.
Cette semaine, le gouvernement italien bloque les efforts des autres pays membres de l'Union européenne, qui veulent imposer un embargo immédiat sur le pétrole syrien, relève le Financial Times. L'Italie plaide pour attendre jusqu'en novembre et la fin des contrats de fourniture de brut syrien en cours, avant de mettre en oeuvre les sanctions.
Les compagnies pétrolières européennes, Shell et Total en tête, poursuivent leurs activités comme si de rien n'était. Le pari est que le régime de Bashar Al Assad tiendra, analyse Reuters. Total continue à extraire le brut syrien, ce qui n'empêche pas le pdg du groupe, Christophe de Margerie, de se féliciter de ne plus livrer « le moindre baril » à Damas.
Un embargo pétrolier européen serait certainement efficace, puisque le vieux continent absorbe la quasi totalité des exportations syriennes.
Source: Le Monde, du 02/09/2011
L'Occident est à court de découvertes de pétrole, au point qu'un analyste du magazine américain Forbes demande cette semaine si la production contrôlée par les compagnies de l'Ouest n'est pas en tout bonnement sur le point de chuter. Si cela advenait, ce ne serait guère une surprise. Dès 2005, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) m'avait annoncé, pour Le Monde, un déclin de la production hors-Opep « peu après 2010 ».
Cela risque de surprendre encore moins les stratèges des compagnies pétrolières occidentales, celles que l'on a pris l'habitude d'appeler les 'majors', alors même que depuis les années 70 et l'émergence de l'Opep, elles ne contrôlent plus qu'à peine un septième des réserves de la planète. Malgré leurs capitaux fantastiques, qui les placent toujours aux tout premiers rangs des plus grandes firmes privées de la planète, les majors sont désormais des 'minors', du point de vue des réserves, face aux firmes publiques des grands pays exportateurs.
Plus le temps passera, plus la proportion des réserves de pétrole contrôlées par les pays exportateurs augmentera, tandis que la part des compagnies occidentales, elle, s'amenuisera, et cela « mécaniquement », répète Fatih Birol à l'AIE.
Mais ces jours-ci, ça sent la rebiffade.
Pour contrer la sape de sa position précaire au jeu d'échecs pétrolier mondial, le groupe français Total joue un petit roque en avançant une tour en Libye. Quant au géant américain Exxon, il vient de se risquer cette semaine dans une partie autrement plus ambitieuse et risquée : l'Arctique russe.
A suivre :
Exxon en Russie ― le grand roque des pétroliers occidentaux (2/2)
[Un roque, petit ou grand, est un mouvement simultanément défensif et offensif, qui consiste à exposer une tour en attaque pour mieux protéger son roi. Il ne peut être joué qu'une seule fois par partie.]
D'abord, il y a ce document révélé ce matin par Libération : une lettre adressée le 3 avril par le Conseil national de transition (CNT) libyen à l'émir du Qatar, évoquant la signature d'un accord « attribuant 35 % du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre conseil ».
On n'en sait pas plus pour l'instant, pas même s'il s'agit de 35 % des futures concessions ou encore des exportations de la Libye.
Alain Juppé, tout en niant avoir connaissance d'un tel accord, a toutefois souligné ce matin sur RTL : « Le CNT a dit très officiellement que dans la reconstruction, il s'adresserait de manière préférentielle à ceux qui l'ont soutenu, ce qui me paraît assez logique et juste ». Le ministre des affaires étrangères français a ajouté : « On nous a dit que cette opération en Libye coûte cher, mais c'est aussi un investissement pour l'avenir. »
La Libye, qui recèle les plus vastes réserves d'Afrique, est déjà à elle seule la troisième source d'approvisionnement de la France, ex aequo avec la Mer du Nord (16 % du total en 2010), derrière les pays du Proche-Orient (17 %) et ceux de l'ex-URSS (32 %), selon l'Insee. La France importe plus de pétrole libyen (10,25 millions de tonnes en 2010) que de pétrole saoudien (6 millions de tonnes).
Le groupe français Total, tout comme les firmes pétrolières liées à la Grande-Bretagne, avait peu à perdre et beaucoup à gagner dans la guerre en Libye ; Paris et Londres ont été les plus impliqués dans l'offensive de l'Otan.
Avant le début du conflit, le groupe français Total était assez mal implanté en Libye, avec seulement deux champs fournissant une modeste production de 55 000 barils par jour (b/j) : très loin derrière l'italien Eni (244 000 b/j), les compagnies américaines (124 000 b/j), et même l'allemand BASF (100 000 b/j), d'après les chiffres du département de l'énergie américain pour 2010.
BP et Shell faisaient encore plus figure d'outsiders. Après une longue absence consécutive à l'attentat de Lockerbie en 1988, les deux groupes dominés par les intérêts britanniques étaient de retour en Libye depuis la fin des années 2000, et se contentaient jusqu'ici de faire de la prospection. Le groupe BP est soupçonné, lourdement, d'avoir obtenu de Tony Blair la libération de l'auteur l'attentat de Lockerbie, commandité par Kadhafi, en l'échange de son retour en Libye.
« The times, they are changing. » Londres a dépêché cette semaine une équipe à Tripoli pour négocier de nouveaux accords pétroliers, rapporte le Daily Telegraph. Un officiel britannique juge nécessaire de préciser : « Les compagnies pétrolières britanniques ont été des acteurs majeurs en Libye, et je suis sûr qu'elles voudront y retourner. » Sûr et certain, surtout après que BP s'est fait claquer sur les doigts la porte de l'Arctique russe (voir le post prochain).
Silvio Berlusconi, lui, est aujourd'hui certainement soulagé. Les hommes qui tiennent désormais Tripoli ne semblent pas lui garder rancune, malgré les longues tergiversations du président du conseil italien dans les premières semaines de la révolte libyenne, avant qu'il ne se décide à lâcher Kadhafi, son ancien ami très respecté. Encore heureux pour les Italiens, dont plus du quart de l'essence était extrait en Libye avant la guerre.
Le directeur de l'information d'Agoco, la compagnie pétrolière proche du CNT basée à Benghazi, a déclaré le 22 août à l'agence Reuters :
« Nous n'avons pas de problème avec les pays occidentaux comme les entreprises italiennes, françaises et britanniques. Mais nous pouvons avoir quelques problèmes politiques avec la Russie, la Chine et le Brésil [ces trois pays n'ont pas soutenu les sanctions contre le régime Kadhafi]. »
L'italien Eni est de retour depuis lundi en Libye. Sans doute Agoco ne pouvait-elle faire autrement que de renouer avec son partenaire industriel historique. Eni opère principalement sur des plateformes off shore et, comme l'a déclaré le ministre des affaires étrangères italien, « les installations ont été construites par des Italiens, par la [société de services pétroliers] Saipem, par conséquent il est clair qu'Eni jouera le premier rôle [en Libye] à l'avenir ».
A l'égard de la Syrie, l'attitude de Rome semble indiquer que les stratèges de la diplomatie industrielle italienne sont encore convaincus de la nécessité de rester prudents : les exportations de la Libye pourraient ne pas revenir à la normale avant des mois.
Cette semaine, le gouvernement italien bloque les efforts des autres pays membres de l'Union européenne, qui veulent imposer un embargo immédiat sur le pétrole syrien, relève le Financial Times. L'Italie plaide pour attendre jusqu'en novembre et la fin des contrats de fourniture de brut syrien en cours, avant de mettre en oeuvre les sanctions.
Les compagnies pétrolières européennes, Shell et Total en tête, poursuivent leurs activités comme si de rien n'était. Le pari est que le régime de Bashar Al Assad tiendra, analyse Reuters. Total continue à extraire le brut syrien, ce qui n'empêche pas le pdg du groupe, Christophe de Margerie, de se féliciter de ne plus livrer « le moindre baril » à Damas.
Un embargo pétrolier européen serait certainement efficace, puisque le vieux continent absorbe la quasi totalité des exportations syriennes.
Source: Le Monde, du 02/09/2011
Libye : 35% du pétrole pour la France ?
Le Conseil national de transition (CNT) libyen a promis d'attribuer à la France 35% du pétrole brut de la Libye en échange de la reconnaissance par Paris de sa légitimité, rapporte jeudi Libération.
Le quotidien reproduit cette lettre du CNT, rédigée en arabe et adressée selon lui au cabinet de l'émir du Qatar, avec copie au secrétaire général de la Ligue arabe.
Daté du 3 avril, soit moins de trois semaines après l'adoption à l'Onu de la résolution 1973 ouvrant la voie à une intervention militaire de l'Otan contre le régime de Mouammar Kadhafi, le document évoque un accord "attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil", selon la traduction de Libération.
Source: Atlas Info.fr, Jeudi 1 Septembre 2011 modifié le Jeudi 1 Septembre 2011 - 09:29
Thursday, September 1, 2011
Libya crisis: Colonel Gaddafi says he will fight on
Libya's fugitive ex-leader Col Muammar Gaddafi says he will continue to fight his enemies, in a message carried by a loyalist TV channel.
The Syrian-based al-Rai channel broadcast excerpts of a written message from the colonel.He said his enemies were divided and he vowed a long fight, saying, "Let Libya be engulfed in flames".
Meanwhile, senior diplomats are meeting in Paris for a major international conference on Libya's future.
Col Gaddafi has not been seen in public for months, and it is not know where he is hiding.
Screen captions on the al-Rai channel quoted him as saying: "We will not surrender. We are not women and we are going to keep on fighting."
And in another message, he said: "Let there be a long fight and let Libya be engulfed in flames."
Algeria refuge
Al-Rai, based in Damascus, has repeatedly broadcast propaganda messages from the Gaddafis.
Continue reading the main story
NTC: Diplomacy and finance
- Key countries yet to recognise NTC government: Algeria; Brazil; China; India; Iran; Kenya; Pakistan; Saudi Arabia; South Africa; Venezuela; Zimbabwe
- Assets released: US - $1.5bn; UK - $1.5bn in dinar bank notes; France - $2.16bn
- Major assets still frozen: Canada - $2.4bn; France - $11bn; Germany - $7bn; Italy - $8bn; UK - $19bn; US - $34bn
On Wednesday, it broadcast an audio message from the colonel's son Saif al-Islam, who also pledged to fight on.
But another son, Saadi, said in a message played on a different channel that he was negotiating with the rebels to avoid bloodshed.Correspondents say the Gaddafi inner circle appears to be divided, as forces loyal to the transitional government (NTC) close in on the last remaining towns and cities loyal to him.
Earlier in the week Col Gaddafi's wife, two of his sons and his daughter fled to neighbouring Algeria.
And Algerian media reported that Col Gaddafi had also tried to seek refuge there.
According to a report in El Watan newspaper, the colonel tried to speak to Algerian President Abdelaziz Bouteflika from the desert town of Ghadamis, just on the Libyan side of the border, but the Algerian leader refused to take the telephone call.
Anti-Gaddafi forces have encircled the city of Sirte - the colonel's birthplace and the home of his tribe.
They had threatened to launch a full military assault for Saturday, but officials say they will allow loyalists another week to negotiate a peaceful settlement.
The NTC controls most of the country, after a dramatic assault on Tripoli last week in which the capital fell after an operation co-ordinated with Nato airstrikes.
Assets unfrozen
Meanwhile in Paris, members of the NTC are due to meet senior international diplomats at the summit, hosted by French President Nicolas Sarkozy and British Prime Minister David Cameron.
The NTC is likely to ask Western diplomats for their continued help in security matters, as well as their advice on a future transition to democracy.
Delegates are expected to discuss plans for the transition to democracy, for reconstruction and issues such as enhancing the training of police.
The NTC is expected to press for a further unfreezing of assets, but its delegates will also stress that it does not want any lessening of Nato support as it tries to quell the remaining loyalist pockets.
The EU announced on Thursday that it had lifted sanctions on 28 entities - including oil firms and port authorities - to help the NTC get the economy moving again. The decision will take effect on Friday.
The UK, US and France have unfrozen more than $5bn (£3bn) in Libyan assets this week, and other countries are making similar moves.
On the diplomatic front, Russia is the latest nation to agree to recognise the NTC as Libya's legitimate government.
About 60 countries are attending the "Friends of Libya" forum in Paris on Thursday afternoon, along with UN Secretary-General Ban Ki-moon.
The meeting comes on the 42nd anniversary of Col Gaddafi's emergence as the leader of the coup that overthrew King Idris.
Source: BBC News, 1 September 2011 Last updated at 15:17 GMT
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