Monday, December 13, 2010

RWANDA/BRUXELLES: Manifestations contre Kagame à Bruxelles

Il est possible que plusieurs d’entre nous n’aient pas eu le temps d’auditionner l’enregistrement de la manifestation organisée contre Paul Kagame à Bruxelles le samedi 4 décembre 2010 et le lundi 6 du même mois. Les journalistes alternatifs congolais Cheik Fita et Fabien Kusuanika ont abattu un travail de qualité. (Il peut être auditionné sur leurs blogs respectifs.) Ce travail nous intéresse dans la mesure où il lance, dans une certaine mesure, les jalons d’une lutte panafricaine contre l’impunité et le soutien occidental (européen) aux criminels de guerre en Afrique (à partir de la région des Grands Lacs). Quand le collectif européen rejoint les manifestations organisées par des associations rwandaises avec «leurs amis» Congolais, il lui confère une dimension mondiale.

Pourquoi les Rwandais et les Congolais ont-ils organisé ces manifestations?

Une Rwandaise répond : « Je demande la justice ; que la justice soit faite. Parce que le président de la République du Rwanda est un assassin. Il a tué personnellement mes parents, il a tué les Congolais, il a tué les Burundais, il a tué les Espagnols. Le monde regarde et ne dit rien. Je demande que la justice soit faite. Qu’il soit arrêté immédiatement et que la Belgique ne puisse plus l’accueillir ici. Parce que sinon la Belgique serait complice alors. La Belgique regarde, on pleure et la Belgique regarde.» (Nous soulignons) Si une partie (officielle) de la Belgique se tait, une autre, minoritaire (et de la base) est debout. Elle bouge. Elle parle. Elle justifie sa participation à cette manifestation. Elle dit : « Qu’on arrête de soutenir les régimes qui sont venus au pouvoir par le sang, qu’on soutienne les pouvoirs qui sont venus au pouvoir par la démocratie. C’est tout ce qu’on demande.» (Nous soulignons)

Mais pourquoi est-ce que certains officiels occidentaux continuent à trouver Paul Kagame fréquentable et évitent son arrestation immédiate ?

Une Belge justifiant sa participation à la manifestation du 4 décembre donne son explication à cet état des choses. Elle dit : « Je suis là pour que les gens se bougent. Qu’on soit tous ensemble contre cet assassin. C’est tout. Un assassin ça ne doit plus être protégé ; ça doit être arrêté, c’est tout. C’est du n’importe quoi nos gouvernements. Ils sont tous endormis. Ils sont tous malades. Il faut les soigner. Il faut leur envoyer beaucoup d’amour et les soigner. Ils sont tous malades. Des psychopathes. »

Il est vrai que les Rwandais et les Congolais impliqués dans la lutte contre l’impunité dans les Grands Lacs participent depuis tout un temps ensemble aux conférences organisées sur cette question en Belgique, sans qu’ils crient tout haut leur désir de travailler ensemble. Les deux dernières manifestations ont explicité ce désir. Fabien Kusuanika questionnant ses compatriotes sur leur participation à ces manifestations a eu ces réponses (que nous paraphrasons). Un Congolais dit : « En tant que Congolais, nous sommes là pour soutenir nos frères Hutus qui sont nombreux ici, pour dénoncer les crimes de Kagame. La plupart sont des Hutus. Mais si vous regardez très bien, tous ceux qui sont contre les crimes commis dans les Grands Lacs par Kagame et Kabila sont présents.» Un autre ajoute : « Le Rwanda comme le Congo ont souffert et continuent de souffrir à cause d’un homme appelé Paul Kagame. Nous sommes venus d’une même voix avec nos frères Rwandais pour manifester notre colère, notre indignation. Nous ne pouvons pas comprendre qu’en ce 20ème (21ème ? ) siècle qu’un génocidaire puisse fouler le sol d’un pays démocratique, un Etat où règne la justice, la Belgique. Sa place ne se trouve pas ici mais à la Cour Pénale Internationale.»

Pour une Congolaise, la présence des Congolais à la manifestation n’est pas un soutien offert à leurs voisins mais une participation à lutte commune menée par les victimes des criminels de guerre régnant dans la région des Grands Lacs.

Sommé d’expliquer l’objectif poursuivi par les manifestations, l’un des organisateurs, Monsieur Kayumba, dit : « Notre objectif est simple. C’est de dire non à l’UE, dire non à la Belgique qui invite ce criminel de guerre Kagame qui a déjà à son passif entre 6 et 8 millions de morts ; dans un pays de droit. On est venu ici dire que ça ne doit pas se faire. Cette personne doit être arrêtée. On doit en finir avec l’impunité. Avec nos amis Congolais, on s’est mis ensemble… Ce n’est qu’un début de collaboration avec les Congolais. Il n’y a personne d’autre qui pourra arrêter ce que Kagame fait que nous-mêmes. On va y arriver quoi qu’il arrive. »

Quant à la participation des Tutsis à ce genre de manifestations, Monsieur Kayumba, un Hutu, s’explique : « Il y a énormément des Tutsi qui soutiennent ce genre d’initiatives. Ce sont des gens qui ne veulent pas se montrer parce que Kagame tient en otage nos familles. Tout ce qui se fait ici s’enregistre. Ce sont nos familles qui le paient au pays. A part ceux qui se disent : « on va braver cet homme il n’y a rien à faire. On va sacrifier nos familles, il faut que ça s’arrête. » »

L’amitié, la fraternité et la collaboration (dans la vigilance) nées entre Rwandais et Congolais autour d’une même lutte ardue pour débarrasser l’Afrique des Grands Lacs des criminels de guerre pourraient constituer le ciment d’un panafricanisme d’un genre nouveau. Quand M. Kayumba affirme : « Il n’y a personne d’autre qui pourra arrêter ce que Kagame fait que nous-mêmes. On va y arriver quoi qu’il arrive », il se livre, à notre avis, à une confession de foi capable de soutenir la culture de la résistance dans la lutte livrée contre Kagame, ses parrains et ses Chevaux de Troie dans la région des Grands Lacs. Il appelle à une responsabilisation de « nous-mêmes » en connaissance de cause.

Comment expliquer que les cris des victimes des assassinats de Kagame ne soient pas entendus dans les Etats de droit occidentaux et que l’assassin y soit reçu en ami ?

Quand une amie Belge répond : « Nos gouvernants, des psychopathes à qui il faut envoyer beaucoup d’amour et qu’il faut soigner», elle fait penser au titre d’un livre publié en 1976 par Pierre Accoce et le Dr Pierre Rentchnick et intitulé Ces malades qui nous gouvernent .

Arrivons-nous à penser, un seul instant, que nous pourrions être gouvernés mondialement par « des malades » ? Des malades de sclérocardie, c’est-à-dire de la sclérose du cœur causée par le triomphe de la cupidité ? Que peuvent des cœurs sclérosés ? Pas grand-chose ! Ils ont perdu le sens du vrai, du beau, du juste, du fraternel au nom de la realpolitik qui n’est rien d’autre que leur soumission aux oligarques capitalistes.

Le panafricanisme d’un genre nouveau fondé sur un sens critique de l’amitié, de la fraternité er de la collaboration devrait travailler contre certaines fausses croyances dont celles liées à l’universalité de la justice dite internationale. Quand un compatriote, au cours de la manifestation du 4 décembre 2010, crie que Kagame doit être arrêté et transféré à la Cour Pénale Internationale de la Haye , il induit les manifestants en erreur. Pour cause. Le Rwanda de Kagame, sur un conseil des USA de George W. Bush, n’est pas signataire au Statut de Rome instituant cette Cour. C’est d’un. De deux, cette Cour est financée par certains parrains de Kagame. (Lire notre article intitulé Charles Onana dans les coulisses de la démocratie et de la justice internationale sur Congoone). De trois, le TPIR institué pour jugés tous les crimes commis au Rwanda n’a jamais jugé ceux commis par le FPR de Kagame par respect des instructions reçues de ses bailleurs de fonds. Pour tout prendre, les instances juridiques dites internationales sont instrumentalisées par leurs bailleurs de fonds pour des raisons politiques, économiques, géopolitiques et géostratégiques. Donc, le panafricanisme du genre nouveau devrait penser à la réhabilitation d’une justice juste dans les pays des Grands Lacs. Cela suppose un renversement de la vapeur : une rupture avec les pouvoirs criminels soutenus par les vampires du monde et leurs réseaux maffieux pour une institution des Etats respectueux de la dignité humaine, de la liberté et de l’égalité. Telle devrait être l’une des issues de la lutte contre Paul Kagame et ses Chevaux de Troie. Quoi qu’il arrive ! Ce renversement de vapeur pourrait induire un renversement des rapports de force avec « les parrains ». Telle est le chemin de croix sur laquelle doivent s’engager résolument les minorités organisées rwandaises et congolaises pour une autre Afrique des Grands Lacs. Et comme l’a si bien dit M. Kayumba : « La lutte est et sera ardue ! » Elle aura besoin de ces minorités du collectif européen convaincues qu’ « un criminel, ça ne se protège pas, ça se fait arrêter. C’est tout.»
Author: J.-P. Mbelu
Source: Congoindépendant 2003-2010, du 8-12-2010 

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